
Envoyé par
fcharton2
A la base je ne suis pas fondamentalement opposé à la loi Gayssot, faire de la Shoah un évènement exceptionnel, auquel on voue en Europe une sorte de "culte mémoriel" ne me choque pas (à ceux qui ne comprennent pas pourquoi, je recommande la lecture de "la destruction des juifs d'Europe" de Hilberg, et le visionnage de Shoah de Lanzmann, on comprend alors le caractère hors norme, et exceptionnel de l'évènement). Et dans ce contexte, limiter les chambres à gaz comme sujet d'étude scientifique ne me choque pas outre mesure.
Maintenant, si on veut insister sur le caractère exceptionnel de l'Holocauste, il ne faut pas s'en réclamer à chaque fois qu'on expulse trois immigrés, ou traiter de nazi tout opposant politique, ou d'antisémite toute personne qui critiquerait la politique actuelle de l'Etat d'Israel.
Il faut aussi garder au caractère exceptionnel de la loi Gayssot... son caractère exceptionnel. Quand on décide de lui ajouter tout un tas d'autre crimes "contre l'humanité" (c'est l'esprit de la loi Taubira), puis qu'on se sert du précédent pour déclarer tabous tout un tas de sujets, la loi Gayssot perd tout son sens.
Bref, je crois qu'on aurait dû sacraliser le génocide juif, mais que c'était trop dur pour nos politiques et nos militants. Il est quand même bien pratique, pendant le débat sur le mariage homo, de rappeler que comme les homos ont été persécutés par Hitler, alors les homophobes sont tous des gros nazis pas beaux, et comme les opposants sont des homophobes... et nos braves députés et militants d'arborer leur triangle rose, genre je suis une victime (ben non, pomme, t'étais pas né).
Et c'est dans cette faille que s'engouffrent les Dieudonné de tout poil: comme on invoque les nazis à tout bout de champ, et que chaque minorité voudrait sa loi mémorielle et sa protection légale, les blagues sur les juifs deviennent des provocations comme les autres.
C'est en banalisant les références à la Shoah que nos médias et nos politiques ont manqué au "devoir de mémoire" qu'ils aiment tant nous rappeler.
Francois
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