Les gens préfèrent avoir des centrales nucléaires dans leur région plutôt que des centres de données dédiés à l'IA, une perception alimentée par les inquiétudes liées à la consommation d'eau et d'électricité
L'essor des outils d'intelligence artificielle (IA) ces dernières années a conduit les entreprises à installer d'énormes centres de données partout dans le monde. Bien qu'ils soient conçus pour aider les modèles d'IA à fonctionner de manière optimale, une perception négative des centres de données s'est discrètement développée, alimentée par des inquiétudes concernant leur consommation massive d'eau et d'électricité. Selon une nouvelle enquête, 71 % des Américains s'opposent aux centres de données d'IA pour des raisons environnementales. Ces résultats sont particulièrement significatifs étant donné que seulement 53 % des personnes interrogées s'opposaient à la construction d'une centrale nucléaire dans leur région.
Un centre de données est une installation destinée à héberger des systèmes informatiques et les composants associés, tels que les systèmes de télécommunications et de stockage. Les centres de données constituent une infrastructure essentielle pour le stockage et le traitement de l'information ; ils soutiennent le système financier mondial, les services cloud, l'apprentissage automatique et l'intelligence artificielle (IA).
La croissance rapide des infrastructures de centres de données a suscité des débats réglementaires dans de nombreuses juridictions concernant les incitations fiscales, les impacts sur le réseau électrique, la consommation d'eau et la compatibilité avec les engagements climatiques nationaux et régionaux. La croissance rapide du secteur entraîne également une pression sur les réseaux électriques et une augmentation des coûts de l'électricité pour les consommateurs. Cela a à son tour suscité une opposition croissante aux nouveaux centres de données de la part des populations locales.
Selon de récents rapports, jusqu'à 69 collectivités locales bloquent les nouvelles constructions de centre de données, dont quatre ont adopté des mesures définitives. Les habitants dénoncent la hausse des prix de l'électricité, les avantages fiscaux excessifs et la menace que l'IA fait peser sur l'emploi. Face à ces blocages politiques et sociaux croissants, de grands projets sont désormais annulés ou suspendus dans plusieurs États. Cette résistance généralisée pousse certains experts à envisager le transfert de ces infrastructures vers l'espace orbital. De son côté le milliardaire Kevin O'Leary estime que les opposants aux projets de centre de données sont des payés pour le faire.
Selon un sondage récemment publié par Gallup, 71 % des Américains sont plutôt ou fortement opposés à la construction de centres de données d'IA dans leur région, principalement en raison de leur impact environnemental. Ces résultats sont particulièrement significatifs étant donné que seulement 53 % des personnes interrogées s'opposaient à la construction d'une centrale nucléaire dans leur région.
« Depuis que Gallup a posé pour la première fois la question sur les centrales nucléaires en 2001, le pic d'opposition a été de 63 % », souligne le sondage, ajoutant que 46 % des personnes interrogées étaient très préoccupées par l'impact environnemental des centres de données d'IA. Les centres de données d'IA reposent sur des systèmes de refroidissement pouvant consommer des millions de litres d'eau, en particulier dans les régions chaudes. Cela a soulevé des questions quant à la durabilité, notamment dans les zones déjà confrontées à un stress hydrique.
En avril, une étude qui n'a pas encore fait l'objet d'une évaluation par les pairs a souligné qu'outre leur consommation massive d'eau et d'électricité, ces centres de données créent également des « îlots de chaleur », réchauffant les terres environnantes de deux degrés Celsius en moyenne, ce qui rend la vie plus difficile pour plus de 340 millions de personnes. « Nous estimons que la température à la surface du sol augmente en moyenne de 2 degrés Celsius après la mise en service d’un centre de données d’IA, créant ainsi des microclimats locaux, que nous appelons l’effet d’îlot de chaleur des données », souligne l’étude, ajoutant que dans les cas extrêmes, cette augmentation peut atteindre 9 degrés Celsius.
L'augmentation de température provoquée par ces centres de données d'IA a affecté des zones situées jusqu'à 9,9 km de distance, selon les conclusions de la recherche, touchant plus de 340 millions de personnes. Selon des scientifiques de l’Université de Californie, on estime que chaque requête IA de 100 mots consomme environ une bouteille d’eau (soit 519 millilitres). Auparavant, l’Environmental and Energy Study Institute (EESI) avait déclaré que les centres de données de taille moyenne peuvent consommer jusqu’à environ 110 millions de gallons d’eau par an à des fins de refroidissement, ce qui équivaut à la consommation annuelle d’eau d’environ 1 000 foyers.
Une situation qui provoque des tensions autour des centres de données. En Utah, la colère des populations est montée d'un cran après l'approbation récente de Stratos, un méga centre de données dont la superficie doublerait celle de Manhattan. Ce projet colossal, soutenu par l'investisseur Kevin O’Leary, suscite une vive opposition locale en raison de ses besoins énergétiques et hydrauliques démesurés. Les critiques s'inquiètent de la survie de l'écosystème déjà fragile du Grand Lac Salé et de l'augmentation prévisible de la pollution thermique, déclarant « la consommation d'eau et d'énergie à une telle échelle est irresponsable ». La rébellion s'organise en dépit des promesses de création d'emplois et de souveraineté technologique.
Voici un extrait du rapport de Gallup :
Les Américains s'opposent à l'implantation de centres de données dédiés à l'IA dans leur région
Sept Américains sur dix s'opposent à la construction de centres de données dédiés à l'intelligence artificielle dans leur région, dont près de la moitié (48 %) y sont fermement opposés. À peine un quart d'entre eux sont favorables à ces projets, dont 7 % y sont très favorables.
Ces résultats, issus d'un sondage Gallup réalisé du 2 au 18 mars, marquent la première fois que Gallup interroge les Américains sur la construction de centres de données, un sujet qui a suscité une vive opposition de la part des habitants dans de nombreuses régions du pays. Ces centres de données abritent du matériel informatique qui alimente les technologies d'IA utilisées par les entreprises, les universités et d'autres institutions. Ces centres occupent de vastes superficies, nécessitent d’énormes quantités d’électricité pour fonctionner et ont besoin de beaucoup d’eau pour refroidir les équipements, ce qui soulève des inquiétudes quant à leur impact sur l’environnement et sur les factures d’électricité locales.
La question sur les centres de données reprend la formulation utilisée par Gallup pour interroger les gens sur la construction de centrales nucléaires locales. Dans ce même sondage de mars, 53 % des Américains se disent opposés à la construction d’une centrale nucléaire dans leur région, un chiffre bien inférieur aux 71 % opposés à la construction de centres de données. Depuis que Gallup a posé pour la première fois la question sur les centrales nucléaires en 2001, le pic d'opposition a été de 63 %.
Une opposition liée aux préoccupations environnementales et à la qualité de vie
Le sondage de mars a demandé aux personnes interrogées d'évaluer leur niveau de préoccupation concernant l'impact environnemental des centres de données d'IA. Quarante-six pour cent se disent très inquiets et 24 % assez inquiets, ce qui reflète largement les degrés d'opposition à la construction de centres de données.
Afin de mieux comprendre les raisons pour lesquelles les gens sont favorables ou opposés à la construction de centres de données dans leur région, Gallup a posé une question ouverte lors d’un sondage en ligne réalisé en avril à l’aide du Gallup Panel. Les Américains favorables à la construction d’un centre de données dans leur région invoquent principalement les avantages économiques potentiels. Les opposants aux centres de données ont des raisons plus variées pour justifier leur position, mais ils se concentrent principalement sur des préoccupations environnementales.
La moitié des opposants mentionnent l'utilisation excessive de ressources par les centres de données, dont 18 % citent respectivement leur consommation d'eau et d'énergie. Seize pour cent évoquent des préoccupations environnementales liées à la pollution, notamment la pollution sonore, atmosphérique et de l'eau.
Environ un opposant sur cinq s'inquiète de l'impact sur la qualité de vie locale, notamment l'augmentation de la population, l'augmentation du trafic et le fait de préférer que le terrain soit utilisé à d'autres fins. Une proportion similaire mentionne des conséquences économiques potentiellement négatives, notamment des factures de services publics plus élevées, une augmentation du coût de la vie et le coût de construction des centres de données (qui pourrait impliquer l'utilisation de fonds publics).
La plupart des opposants restants expriment des préoccupations générales ou spécifiques concernant l'intelligence artificielle.
Par ailleurs, les deux tiers des personnes favorables à la construction de centres de données dans leur région invoquent les avantages économiques, dont 55 % mentionnent spécifiquement la création d'emplois. D'autres évoquent l'augmentation des recettes fiscales (13 %), le développement du logement et des infrastructures, ainsi que des avantages économiques généraux.
Une proportion plus faible des partisans des centres de données mentionne les avantages potentiels de l'IA pour la technologie ou pour eux-mêmes, à titre personnel.
Source : Rapport de Gallup
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