La Chine inaugure le « premier » centre de données sous-marin au monde alimenté par l'éolien offshore. L'installation de 24 mégawatts abrite 2 000 serveurs et utilise l'eau de mer pour le refroidissement passif
La Chine annonce la mise en service du premier centre de données sous-marin au monde alimenté par l'énergie éolienne offshore. Située au large de Shanghai, cette installation de 24 mégawatts utilise l'eau de mer pour un refroidissement passif, permettant d'atteindre une efficacité énergétique supérieure aux standards industriels. Le complexe héberge environ 2 000 serveurs dédiés aux calculs intensifs de l'IA et des réseaux 5G. Ce projet vise à réduire l'empreinte carbone et la consommation électrique massive des infrastructures numériques. Cela dit les experts soulignent des défis techniques liés à la corrosion saline et à la maintenance des installations.
L'essor du cloud et de l'IA redonne vie aux projets de centres de données sous-marins. Les initiatives antérieures avaient échoué face à des défis que les promoteurs n'ont pas su surmonter. L'un des exemples connus est l'expérience réalisée par Microsoft et Naval Group au large de l'Écosse. Elle consistait à tester des centres de données sous-marins alimentés par des énergies marines et refroidis via l'eau de mer. Mais l'expérience n'a pas été concluante.
La Chine a récemment mis en service « le tout premier centre de données sous-marin au monde alimenté par l'énergie éolienne offshore ». Achevé en octobre 2025 après des essais initiaux, ce projet d'une valeur de 226 millions de dollars se situe au large de la zone spéciale de Lingang à Shanghai.
Cette installation d'une capacité de 24 mégawatts abrite près de 2 000 serveurs destinés à traiter les charges de travail liées à l'IA, à l'annotation de données massives et aux infrastructures 5G. La Chine évoque une avancée majeure. Ce développement a été réalisé grâce à un partenariat direct entre le gouvernement chinois, des télécoms comme China Telecom, et HiCloud Technology, un entrepreneur privé spécialisé dans ces infrastructures.
Le refroidissement passif et l'efficacité énergétique
L'installation abrite des clusters de GPU fournis par China Telecom et LinkWise. Contrairement aux centres terrestres qui dépendent de climatiseurs industriels gourmands en énergie, elle utilise l'eau de mer comme un immense puits de chaleur passif. Les serveurs sont enfermés dans des modules résistants à la pression et déployés à 35 mètres de profondeur, permettant ainsi aux températures stables de l'océan d'absorber continuellement la chaleur.
Couplé à une alimentation directe par des parcs éoliens offshore voisins, ce système permet au centre d'atteindre un indicateur d'efficacité énergétique (PUE) inférieur à 1,15, un score bien meilleur que la moyenne de l'industrie qui se situe souvent au-dessus de 1,5. Selon les experts, cette méthode permet de répondre à la demande électrique explosive de l'IA tout en réduisant considérablement les besoins en énergie liés au refroidissement.
Le refroidissement est devenu un obstacle majeur pour les mégas centres de données modernes dédiés aux cas d'utilisation de l'IA, où les baies de GPU à haute densité peuvent consommer des centaines de kilowatts, transformant la quasi-totalité de cette énergie en chaleur. La conception sous-marine utilise l'eau de mer environnante comme dissipateur thermique passif, ce qui réduit considérablement les besoins en énergie pour le refroidissement.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, la consommation électrique mondiale des centres de données devrait plus que doubler d'ici 2030, l'intelligence artificielle devenant le principal moteur de cette croissance. L'installation sous-marine abrite 192 baies de serveurs réparties sur quatre niveaux. La phase pilote fonctionne actuellement à une puissance de 2,3 mégawatts, tandis que le centre de données devrait atteindre 24 MW lorsqu'il sera achevé.
Une fois pleinement opérationnelle, cette installation permettrait d’économiser 61 millions de kilowattheures d’électricité par an tout en réduisant les émissions de carbone. Elle réduit également l’empreinte foncière, ne nécessitant qu’une fraction de l’espace requis pour des installations terrestres comparables.
Défis techniques liés aux centres de données sous-maris
Alors que l’expansion de l’IA entraîne une croissance explosive de la consommation d’électricité à l’échelle mondiale, les pays et les hyperscaleurs explorent de plus en plus des approches non conventionnelles pour répondre à la fois aux contraintes liées à la disponibilité énergétique et à la gestion thermique. Ce projet s’inscrit aussi dans la volonté de la Chine d’intégrer directement les énergies renouvelables dans les infrastructures numériques.
L'exploitation sous-marine présente toutefois des défis d'ingénierie et opérationnels majeurs, notamment la corrosion due à l'eau salée, l'étanchéité à la pression à long terme et la fiabilité des câbles. Le remplacement du matériel étant extrêmement complexe sous l'eau, les opérateurs s'appuient fortement sur des conceptions modulaires, des systèmes de surveillance à distance et une redondance de l'infrastructure pour minimiser l'intervention humaine.
En cas de panne matérielle interne, l'isolement de ces unités et la complexité d'accès dans des eaux potentiellement agitées pourraient rendre les réparations extrêmement coûteuses et lentes, un point important qui remet en cause la fiabilité à long terme d'une flotte dispersée à travers tout le globe.
Par ailleurs, l'initiative fait suite au projet de centre de données sous-marin de Microsoft. Le projet Natick de Microsoft était perçu comme un catalyseur de croissance économique, mais aussi comme un consommateur de ressources mondiales. Lancé en 2016 en Écosse, le projet Natick était destiné à aider à façonner une autre perspective dans la gestion du cloud pour mieux servir les utilisateurs dans les zones proches de cours d'eau.
Microsoft voyait dans le déploiement de serveurs en eaux profondes une solution au refroidissement, aux énergies renouvelables, et à une empreinte environnementale moindre. Le projet Natick avait prouvé que les installations sous-marines pouvaient réduire le taux de défaillance du matériel. Cependant, Microsoft a mis fin au projet en 2024. Les rapports suggèrent que l’approche de centre de données sous la mer s’avère plus coûteuse.
Le projet Panthalassa soutenu par le milliardaire Peter Thiel
Le 4 mai 2026, la startup Panthalassa, basée dans l'Oregon, aux États-Unis, a annoncé une levée de fonds de 140 millions de dollars menée par Peter Thiel. Ce financement permettra à la startup d'achever la construction de son site de production pilote près de Portland. Panthalassa développe une technologie avancée qui associe l'énergie des vagues générée par d'énormes sphères flottantes à un système informatique basé sur l'IA sur site.
Les systèmes transmettent les données via des satellites en orbite basse. Cette initiative s'inscrit dans une tendance plus large où la Silicon Valley explore des frontières exotiques pour répondre à la demande exponentielle en puissance de calcul pour l'IA, qui dépasse largement les capacités disponibles.
Garth Sheldon-Coulson, cofondateur et PDG de Panthalassa, a expliqué dans un communiqué : « nous avons construit une plateforme technologique qui opère dans les régions du globe où les vagues sont les plus riches en énergie, loin des côtes, et qui transforme cette ressource en énergie propre et fiable. Nous sommes désormais prêts à construire des usines, à déployer des flottes et à fournir une nouvelle source d’énergie durable pour l’humanité ».
Bien que les sources mettent en avant les avantages de cette technologie, l'implication de Peter Thiel soulève des questions liées à ses intérêts passés pour le Seasteading. Le Seasteading est un projet visant à créer des communautés autonomes dans les eaux internationales hors de toute juridiction souveraine. Certains accusent Peter Thiel de vouloir échapper aux réglementations environnementales ou aux lois sur la protection des données nationales.
Par ailleurs, le déploiement massif de structures d'acier de 85 mètres dans des écosystèmes marins vierges pourrait perturber les habitats ou les routes migratoires d'une manière qui n'est pas encore totalement documentée, en dépit des affirmations de l'entreprise et en l'absence d'études indépendantes.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
Source : CGTN
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