Peter Thiel soutient une startup évaluée à un milliard de dollars et spécialisée dans les centres de données sous-marins alimentés par l'énergie des vagues
mais sa viabilité à long terme reste incertaine

Le milliardaire Peter Thiel mène un investissement de 140 millions de dollars dans Panthalassa. Cette startup américaine innovante prévoit d'utiliser l'énergie des vagues pour alimenter des centres de données flottants. Refroidies directement par l'eau de mer, ces unités autonomes représentent une nouvelle frontière pour répondre à la demande énergétique colossale de l'IA de manière durable. Ce projet ambitieux s'appuie sur des matériaux abondants et une connectivité par satellite pour créer un réseau de calcul mondial situé en haute mer. Cependant, il rappelle le projet Natick de Microsoft qui a fini par être abandonné en raison de son coût exorbitant.

Le 4 mai 2026, la startup Panthalassa, basée dans l'Oregon, aux États-Unis, a annoncé une levée de fonds de 140 millions de dollars menée par Peter Thiel. Ce nouveau financement permettra à la startup d'achever la construction de son site de production pilote près de Portland. Panthalassa développe une technologie avancée qui associe l'énergie des vagues générée par d'énormes sphères flottantes à un système informatique basé sur l'IA sur site.

Les systèmes transmettent les données via des satellites en orbite basse. Cette initiative s'inscrit dans une tendance plus large où la Silicon Valley explore des frontières exotiques pour répondre à la demande exponentielle en puissance de calcul pour l'IA, qui dépasse largement les capacités disponibles.

Garth Sheldon-Coulson, cofondateur et PDG de Panthalassa, a expliqué dans un communiqué : « nous avons construit une plateforme technologique qui opère dans les régions du globe où les vagues sont les plus riches en énergie, loin des côtes, et qui transforme cette ressource en énergie propre et fiable. Nous sommes désormais prêts à construire des usines, à déployer des flottes et à fournir une nouvelle source d’énergie durable pour l’humanité ».

Technologie et infrastructure des unités marines de Panthalassa

L'énergie houlomotrice était restée jusqu'à présent largement en retrait dans le secteur américain des énergies propres. Son exploitation nécessitait des technologies avancées, mais l'émergence de l'IA semble avoir accéléré les développements dans ce domaine. Le projet de Panthalassa a attiré d'autres investisseurs de renom, dont Marc Benioff de Salesforce et les cofondateurs de PayPal et Google, valorisant la société à près d'un milliard de dollars.


Le concept de Panthalassa repose sur des structures appelées nœuds qui atteignent environ 85 mètres de long, soit presque aussi hautes que Big Ben, la tour horloge du palais de Westminster, ou le Flatiron Building. La majeure partie de cette structure en acier massif est immergée sous l'eau et contient un compartiment hermétiquement scellé abritant les serveurs qui hébergent les systèmes d'IA, lesquels sont refroidis directement par l'eau de mer.

Pour générer de l'électricité, le système exploite le mouvement d'oscillation des vagues pour forcer l'eau à travers une turbine interne qui alimente les puces informatiques. Ces unités ont la particularité de pouvoir se déplacer de manière autonome vers leur destination en utilisant la forme de leur coque pour se propulser grâce aux vagues, sans nécessiter de moteur traditionnel. Ce projet pourrait révolutionner l'industrie de l'IA s'il s'avère concluant.

Contrairement aux initiatives précédentes d'énergie marine, Panthalassa utilise l'électricité directement sur place plutôt que de la transmettre vers le rivage. Cette approche permet de déployer les centres de données dans des zones reculées de l'océan, loin des routes maritimes et des juridictions côtières. La communication avec les utilisateurs et le traitement des requêtes s'effectuent via le réseau Internet par satellite Starlink de SpaceX d'Elon Musk.

Selon les dirigeants de Panthalassa, « les vagues constituent une source d'énergie abondante, durable et prévisible ». Panthalassa affirme que les vagues agissent comme une batterie pour la lumière du soleil et permettent une capture d'énergie continuellement, même lorsque le vent s'arrête.

Une conception robuste avec une durabilité environnementale

Selon les responsables de Panthalassa, la conception des nœuds privilégie la simplicité et la robustesse pour résister aux conditions hostiles de l'océan, en évitant l'utilisation de charnières, de volets ou de boîtes de vitesses susceptibles de tomber en panne. La startup utilise des matériaux abondants sur Terre, principalement de l'acier, ce qui facilite une fabrication rapide et à grande échelle tout en garantissant des chaînes d'approvisionnement solides.

Sur le plan écologique, l'entreprise affirme que son système n'émet aucune émission et que la recirculation interne de l'eau ainsi que l'absence de moteurs minimisent l'impact sur la vie marine. L'équipe est composée d'anciens ingénieurs de haut niveau provenant de sociétés telles que SpaceX, Tesla, la NASA et Apple.

Bien que les sources mettent en avant les avantages de cette technologie, l'implication de Peter Thiel soulève des questions liées à ses intérêts passés pour le Seasteading. Le Seasteading est un projet visant à créer des communautés autonomes dans les eaux internationales hors de toute juridiction souveraine. Certains accusent Peter Thiel de vouloir échapper aux réglementations environnementales ou aux lois sur la protection des données nationales.

Par ailleurs, le déploiement massif de structures d'acier de 85 mètres dans des écosystèmes marins vierges pourrait perturber les habitats ou les routes migratoires d'une manière qui n'est pas encore totalement documentée, en dépit des affirmations de l'entreprise et en l'absence d'études indépendantes.

Limites techniques et logistiques de l'initiative de Panthalassa

Une limite majeure du projet réside dans sa dépendance totale à la connectivité satellitaire pour le transfert de données massives. Bien que le réseau Starlink soit utilisé, certains critiques affirment que la latence et la bande passante pourraient ne pas égaler les performances des centres de données terrestres reliés par fibre optique, ce qui pourrait limiter l'usage de ces nœuds à certains types de calculs d'IA moins sensibles au temps de réponse.

De plus, la maintenance de serveurs informatiques sophistiqués situés dans des conteneurs hermétiques en plein océan représente un défi logistique colossal. En cas de panne matérielle interne, l'isolement de ces unités et la complexité d'accès dans des eaux potentiellement agitées pourraient rendre les réparations extrêmement coûteuses et lentes, remettant en cause la fiabilité à long terme d'une flotte dispersée à travers tout le globe.

Pour d'autres, le projet pourrait connaître le même sort que le projet de centre de données sous-marin de Microsoft. Le projet Natick de Microsoft était perçu comme un catalyseur de croissance économique, mais également comme un consommateur de ressources mondiales. Lancé en 2016 en Écosse, il était destiné à aider à façonner une autre perspective dans la gestion du cloud pour mieux servir les utilisateurs dans les zones proches de cours d'eau.

Microsoft voyait dans le déploiement en eaux profondes une solution au refroidissement, aux énergies renouvelables, et à une empreinte environnementale moindre. Cependant, Microsoft a mis fin au projet en 2024. Les rapports suggèrent que l’approche de centre de données sous la mer s’avère plus coûteuse.

Calendrier de production et de déploiement de ces « nœuds »

Panthalassa utilisera ces fonds pour achever la construction de son site de production pilote, situé près de Portland, dans l'Oregon. Ce site fabriquera des nœuds océaniques à grande échelle en acier. Ces unités sont conçues pour être produites en série dans des usines côtières. Panthalassa a déclaré avoir consacré près d'une décennie au développement de ses systèmes de base, notamment la propulsion, l'autonomie et la production d'énergie.

Il a également mis en place une infrastructure informatique en mer. Des prototypes ont permis de valider ces capacités en conditions océaniques réelles. Les modèles précédents, Ocean-1 et Ocean-2, ont été déployés lors de phases de test. D'autres systèmes ont été testés entre 2021 et 2024. Ces essais ont confirmé la stabilité des performances en mer. Ils ont également permis d'apporter des améliorations à la conception des futurs systèmes.

L'entreprise prévoit de déployer des unités de son nouveau modèle Ocean-3 en 2026. Le premier déploiement pilote aura lieu dans le nord de l'océan Pacifique. Ces unités testeront l'inférence IA à grande échelle. Elles permettront également d'affiner les processus de fabrication avant le lancement commercial.

Le déploiement commercial est prévu pour 2027. Panthalassa vise à développer des flottes de nœuds océaniques. Chaque unité devrait fonctionner de manière autonome pendant de longues durées. L'entreprise affirme que cette approche permet une expansion mondiale sans contraintes terrestres.

La demande énergétique de l'IA continue de croître rapidement

La demande mondiale en électricité et en puissance de calcul continue d’augmenter. Les centres de données sont soumis à une pression croissante. Les limites de capacité du réseau électrique deviennent de plus en plus évidentes. La consommation d’eau pour le refroidissement constitue également une préoccupation grandissante. Pour couronner le tout, les retards dans la chaîne d’approvisionnement freinent l’expansion des infrastructures d'IA.

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Les délais d’obtention des permis ralentissent également les nouveaux projets. Ces défis font grimper les coûts pour les opérateurs. Ils limitent également la rapidité avec laquelle la capacité peut augmenter sur terre. Panthalassa affirme que son système contourne ces contraintes. Les nœuds en mer ne nécessitent pas d'accès au réseau électrique traditionnel. Ils réduisent la dépendance vis-à-vis des systèmes de refroidissement terrestres.

L'entreprise affirme que cela améliore l'évolutivité. Les investisseurs voient dans ce modèle une opportunité à long terme. Mais de nombreux critiques affirment que le concept de Panthalassa n'est pas une solution durable à long terme, notamment en raison des défis majeurs en matière de logistique qu'il pose.

La bulle de l'IA repose sur un mirage et des mensonges

Edward Zitron estime que « beaucoup de nouvelles technologies intégrant l’IA ne sont que des itérations d’outils déjà existants, habillés de marketing extravagant ». Ces produits sont présentés comme révolutionnaires alors qu’ils ne font rien de fondamentalement nouveau. L’industrie se concentre sur l’image et le battage médiatique plutôt que sur la création de valeur réelle. Il critique le modèle de capital-risque et de l’investissement dans l’IA.

Edward Zitron est auteur, podcasteur et spécialiste des relations publiques anglais. Il est connu pour ses analystes critiques sur le secteur technologique, notamment l'essor de l'IA générative. Il dénonce le battage médiatique intense autour des entreprises spécialisées dans l'IA générative. D'après lui, le secteur de l'IA utilise les médias pour dissimuler une croissance des infrastructures beaucoup plus lente que ce qui est annoncé officiellement.

« Toute la bulle IA repose sur un vague sentiment d'inévitabilité : l'idée que si tout le monde croit suffisamment fort que rien de tout cela ne peut jamais, jamais mal tourner, alors à un moment donné, tous les problèmes évidents finiront par disparaître », a écrit Edward Zitron dans une nouvelle analyse.

Edward Zitron affirme que le marché actuel de l'IA présente des signes inquiétants de surchauffe, rappelant la bulle Internet de la fin des années 1990, mais à une échelle encore plus grande. Les investissements massifs dans des startups souvent dépourvues de modèle économique viable alimentent une spéculation excessive, où la perception de croissance prime sur la création de valeur réelle. Les conséquences à terme pourraient être dévastatrices.

L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données

Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.

Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.

Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».

Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.

Conclusion

La technologie de l'énergie houlomotrice suscite un intérêt croissant à l'échelle mondiale. Elle explique comment le mouvement des vagues peut être converti en électricité utilisable. Panthalassa s'appuie sur ce concept avec des systèmes informatiques intégrés. Le projet dévoilé par Panthalassa incarne la convergence entre la quête d'énergies propres et la course à la puissance de calcul, positionnant l'océan comme un nouveau pilier énergétique mondial.

L'objectif d'un déploiement commercial dès l'année prochaine signale que l'exploitation des vagues comme « batterie solaire » permanente n'est plus une simple vision de science-fiction, mais une réponse industrielle imminente à l'épuisement des capacités des centres de données conventionnels.

Cependant, la viabilité à long terme de ce modèle reste suspendue à sa capacité à surmonter l’hostilité de l’environnement marin, où la maintenance de ces structures massives sans connexion physique au continent représentera un défi logistique permanent. De plus, la dépendance à Starlink pour le traitement des données et les incertitudes liées à l'impact réel de telles flottes dans des eaux vierges constituent des freins majeurs à sa généralisation.

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