Voir le flux RSS

autran

Recruter des professeurs de mathématiques

Noter ce billet
par , 12/02/2018 à 18h58 (351 Affichages)
Je profite de la publication du rapport Villani sur l’enseignement des mathématiques pour proposer une piste de réflexion qui permettrait de sortir d’une impasse purement française : l’éducation nationale ne parvient pas à recruter de professeurs de mathématiques.
Ce billet n’a pas vocation à rappeler les 21 mesures (de bon sens) que propose notre médaillé Fields. D’autres médias français se sont déjà livrés à cet exercice dans le détail.
Néanmoins on constate que la notoriété (légitime) de notre mathématicien lui permet de faire évoluer les mentalités du plus pléthorique et préhistorique des ministères de l’état. Alors profitons de cette dynamique pour proposer des mesures modernes.

La problématique semble simple, les « matheux » français ne veulent pas devenir professeur de mathématiques. Les 2 principaux freins au recrutement sont :
  • La rémunération faible d’un professeur de mathématiques (Physique..)
  • Le manque de valorisation des mathématiques et des matières scientifiques, en particulier au collège.

Depuis 20 ans l’éducation nationale s’entête sur la rémunération des professeurs de mathématiques sans jamais remettre en cause son modèle basé sur le fonctionnariat. La problématique est pourtant simple, on propose aujourd’hui à des jeunes diplômés de devenir fonctionnaires (de travailler beaucoup moins que dans le privé) donc de coûter cher au contribuable mais de gagner peu. Alors que ces mêmes diplômés ne rêvent que de travailler plus et de gagner plus, mais ne souhaitent pas devenir fonctionnaires. La meilleure preuve en est qu’ils partent tous dans le privé pour des emplois d’ingénieurs ou développeurs. Pourquoi imposer cette idée que pour être un bon (voire un grand) professeur il faut impérativement être fonctionnaire. Non, Enseignement n’est pas un synonyme de fonction publique !
Une solution serait de faire appel à des sociétés de services intellectuels qui dispenseraient des enseignements de mathématiques dans les collèges et lycées.
Ce modèle est viable et fonctionne depuis des décennies dans l’informatique. Nombreux sont les ministères et collectivités territoriales qui font appel à des SSII pour développer et opérer leurs systèmes d’information. Ce système permettrait de mieux rémunérer les enseignants externalisés dans la mesure ou l’état ne serait pas dans l’obligation de leur financer 3 mois et demi de vacances ni une retraite de la fonction publique.
Bien entendu, les programmes seraient respectés puisqu’ils constituaient le cahier des charges contractuels entre les SSI et le ministère de l’éducation. Ce processus serait même vertueux au point de promouvoir le corps des inspecteurs au rang d’assistance à maîtrise d’ouvrage pour vérifier la bonne réalisation de la prestation et la conformité aux programmes nationaux.
Cette solution permettrait également d’adresser le dévalorisation des mathématiques (surtout au collège) qui exclu de l’équipe enseignante bon nombre de professeurs de mathématiques. En faisant simplement disparaître le problème. En effet, de cette façon les enseignants scientifiques ne cohabitent plus sous le même statut avec les professeurs de Musique - Dessin - Education Manuelle et Technique..)

Et vous, qu'elles solutions pour recruter des prof de maths ?

Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Viadeo Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Twitter Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Google Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Facebook Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Digg Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Delicious Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog MySpace Envoyer le billet « Recruter des professeurs de mathématiques » dans le blog Yahoo

Catégories
Sans catégorie

Commentaires

  1. Avatar de CinePhil
    • |
    • permalink
    En voilà une idée qu'elle est pas mal !
    Libérons l'école !
  2. Avatar de thorfin89
    • |
    • permalink
    Je suis enseignant et je suis de formation scientifique. J'ai été un bon élève en maths.
    Aujourd'hui j'occupe une fonction de direction dans laquelle je suis amené à encadrer, voire recruter des profs.

    Je vais relever certains de vos propos :

    Le manque de valorisation des mathématiques et des matières scientifiques
    En France tout passe par les maths Pour être médecin il faut être bon en maths, d'ailleurs en première année de PACES, les étudiants sont aussi inscrits en licence de maths pour parer un éventuel échec. Pour être informaticien, il faut être matheux. Je me souviens du jour où on m'a demandé de m'occuper du réseau informatique de mon Lycée, on m'a mis sous la coupe d'un collègue de maths, incapable de gérer quoi que ce soit et surtout incapable de lire le moindre document en anglais.

    Les maths au lycée ne sont pas ludiques, elles ne servent qu'à la sélection. Dans la filière S, on ne pousse que les bons élèves. Pire, on met les bons élèves en S, les autres ailleurs.

    Vous ne pouvez pas dire que les maths on mauvaise réputation. Sinon, que dire des enseignements technologiques ou professionnels ?

    de travailler beaucoup moins que dans le privé
    Là je crois entendre mon frère, enfin mon frère d'avant son licenciement pour raisons économiques. Aujourd'hui il est contractuel dans un collège et réalise enfin combien le métier de prof envahi tout l'espace privé et surtout le temps nécessaire à la préparation des cours, aux corrections, à la formation personnelle (toujours en auto-formation bien sûr) pour rester à niveau.

    Il se peut que vous fassiez référence au secteur privé de l'enseignement, alors là... bonjour les salaires minables, les modules de formations à l'enfilade à raison de 39h par semaine. Ça marche sur l'apprentissage, car contrairement à toutes les idées reçues, les apprentis sont souvent de bons élèves triés sur le volet par les entreprises (j'ai aussi des apprentis).

    Non, ce qui freine le recrutement des profs de maths, c'est l'ambition et l'ambition ne peut pas passer que par un statut ou un salaire, même si je pense aussi que ce sont des freins au recrutement. Ce qui freine le recrutement des profs de maths c'est la formation bien trop élitiste. On ne peut pas être un bon prof quand on est élitiste, en tout cas pas prof dans le publique où la mission est de faire réussir le plus grand nombre.

    Pour finir sur le métier de prof en général, il faut revoir la notion de fonctionnariat, et savoir que pour être prof en France, il faut passer un concours qui, en cas de réussite, vous éloigne à coup sûr de la famille pour aller rejoindre la banlieue parisienne dans les secteurs les plus difficiles où il conviendrait de mettre des personnes expérimentées.
    Oui on a besoin de profs de maths, mais des gens qui ont envie de partager, d'enseigner et de faire réussir les autres. Ça on ne l'apprend pas dans la filière S et encore moins en CPGE où en licence de maths... On ne peut pas rentrer dans l'enseignement pour la paye ou les vacances.

    Je pourrais en écrire des pages... en même temps je suis fatigué de lutter contre les clichés et les lieux communs.

    Bonne journée tout de même, je retourne à mon travail, en plein milieu de mes vacances d'hiver
  3. Avatar de autran
    • |
    • permalink
    Bonjour thorfin89

    Je n’aurais jamais imaginé pouvoir dialoguer avec une autorité du ministère de l’éducation nationale. Ça doit être la magie DVP.
    Alors je saisi l’occasion de poursuivre l’échange.

    Tout d’abord, lorsque j’évoque cette mauvaise image en France des mathématiques, je ne jette pas spécialement l’opprobre sur l’école mais sur la société en général et la France en particulier.
    En effet, qui gouverne la France : des hommes et des femmes politiques qui sont issus des IEP et autres formations à dominante lettre. De leur propre aveux, ils sont nombreux et nombreuses à avouer ne pas être très doués en calcul mental et préférer lire de grands auteurs, aller au théâtre, ou s’essayer à la peinture moderne. Ce constat ne se limite pas à l’exécutif, le pouvoir judiciaire lui même est totalement entre les mains des lettreux. Les journalistes grands manipulateurs de l’histoire sont aussi à 99% issus des filières lettres. Alors oui, nous sommes sous le dictat des lettres ! Et l’exemple vient d’en haut.

    Il n’est donc en rien étonnant qu’il en soit de même à l’école. Mais interrogeons nous, en est il de même à l’école ? Nos écoliers sont tous soumis au même examen : brevet des collèges. Pour cet examen toutes les matières ont le même coefficient. La parité est-elle respectée :
    • Math : 1
    • Francais hist-géo anglais culture-gé : 4

    Les activités extra scolaires conduite dans le temps scolaire sont elles orientées vers les maths ou au contraire vers le théâtre les expositions de peinture la visite d’un tribunal d’une église d’un monument.. ?
    Même au sein du corps enseignant, les mathématiques sont vus comme une punition. Je me rappelle d’une prof principale (hist-géo) en 5eme, qui n’ayant pas apprécié le portrait que j’avais fait d’elle, m’avait imposé en punition de faire un exercice pris au hasard dans le bouquin de maths. A la surprise générale elle se révéla incapable de manipuler basiquement des nombres négatifs et en guise de correction a fini par lâcher « je comprends que personne n’aime cette matière ».

    Je voudrais aussi insister sur l’orientation purement pragmatique de mon article. Le constat est simple: Nous n’avons pas assez de profs pour enseigner les maths à l’école et l’éducation nationale, sur son modèle actuel, ne parvient pas à recruter. Je ne jalouse en rien les enseignants de l’éducation nationale qui font un travail remarquable et je ne souhaite pas réduire les vacances des enseignants (sauf à augmenter leurs salaires). Mais je persiste dire qu’il y a de l’espace pour une externalisation de la fonction « enseignement des mathématiques » sans aucun antagonisme avec le corps enseignant fonctionnaire.

    Dans l'attente de vous lire

    cdlt,