Des ados portent des lunettes connectées pendant qu’ils harcèlent des filles. Les vidéos montrant des individus utilisant les Ray-Ban de Meta pour filmer à leur insu des personnes se multiplient en ligne
La reconnaissance faciale a toujours fait l’objet de controverse car elle pose de graves risques pour la vie privée, menace l'anonymat dans l'espace public, présente des biais discriminatoires et permet une surveillance de masse par les États ou les entreprises. Les Ray-Ban de Meta c’est de la reconnaissance faciale mobile (c’est-à-dire accrochée au nez de tous ceux qui portent ces lunettes) et en cela constituent un vecteur additionnel de diffusion des inconvénients de la reconnaissance faciale. C’est ce que confirme la multiplication de plaintes de femmes qui retrouvent des vidéos d’elles sur Internet postées par leurs harceleurs.
Beth avait 17 ans lorsqu’elle s’est faite harcelé par un individu, filmée à son insu par ce dernier et a ensuite découvert une vidéo de l’interaction en ligne
« J’étais vraiment effrayée. J’étais proche des larmes lorsqu’il est parti. Je suis rentrée chez moi et j’ai fondu en larmes devant mes parents », rapporte d’elle de la suite de son interaction avec un individu qui l’a approchée, l’a harcelée, filmée à son insu à l’aide de ses Ray-Ban et ensuite posté la vidéo en ligne.
Le « harceleur » anime une page instagram sur laquelle on retrouve d’autres vidéos sur la façon d’aborder une femme. C’est sa façon d’appâter les individus intéressés par une formation en la matière.
Tallua Omioaju a de même reçu de la part de proches une vidéo d’elle, avec déjà 200 000 vues sur les réseaux sociaux, postée par un individu qui l’a filmée à son insu à l’aide de lunettes connectées
Certains rapports font état de ce que des adolescents s’en servent pendant qu’ils harcèlent. Des vidéos montrent des élèves utilisant les Ray-Ban de Meta pour filmer leurs camarades de classe et le personnel
Une enquête menée a révélé l’existence d’un grand nombre de vidéos enregistrées dans des collèges et lycées à l’aide de lunettes connectées — presque toujours les Ray-Ban de Meta et partagées sur les réseaux sociaux TikTok et Instagram. Ces enregistrements ont lieu dans les couloirs, les cantines et les salles de classe, et montrent des interactions avec d’autres élèves ainsi qu’avec le personnel et les enseignants.
La plupart des comportements filmés relèvent clairement du harcèlement et de l’intimidation. Ces vidéos sont souvent tournées à l’insu des personnes concernées et sans leur consentement, puis mises en ligne pour les humilier davantage. La plupart des vidéos filmées avec des lunettes connectées ont été enregistrées par des adolescents de sexe masculin et leur comportement inapproprié visait très majoritairement des filles.
Dans certains extraits, ni les camarades de classe des garçons ni les enseignants ne semblent se rendre compte qu’ils sont filmés. Dans d’autres, ils s’en rendent compte et expriment leur frustration et leur détresse, indiquant clairement qu’ils ne souhaitent pas apparaître dans la vidéo.
Dans une vidéo, un élève s’est même filmé en train de glisser son smartphone dans l’une des pochettes que les établissements scolaires utilisent pour confisquer les téléphones pendant les cours — ce qui suggère que les lunettes connectées sont utilisées par les élèves dans des espaces où les enseignants cherchent à limiter l’utilisation des appareils électroniques.
D’autres élèves ont continué à filmer alors même que les enseignants les surprenaient en train de filmer en classe, dans des interactions qu’ils ont également publiées en ligne.
En réalité, les lunettes connectés permettent à l'entreprise derrière (Meta et autres) d'espionner tout la vie de celui qui les porte, porteur pouvant lui-même violer la vie privée de ceux qu'il regarde en les filmant à leur insu.Teen Boys Are Using Meta Glasses to Harass and Bully Girls at School | Maggie Harrison Dupré Senior, Futurism
— Owen Gregorian (@OwenGregorian) August 22, 2026
A TikTok video shows a teenage girl walking through the front doors of a large high school. It’s filmed point-of-view style using smart glasses, and a hashtag in the… pic.twitter.com/QFjyt5xFhO
Une enquête soulève un angle bien plus préoccupant encore : le contenu capturé par les lunettes est régulièrement visionné par des travailleurs humains, en sous-traitance, chargés d'annoter les données pour entraîner les modèles d'IA de Meta. Ces annotateurs ont accès à des images qui peuvent inclure des scènes très intimes — des personnes se déshabillant, des situations médicales, des moments captés dans des espaces que leurs occupants croyaient protégés.
Ce n'est pas une pratique isolée dans le secteur. Amazon, Apple et Google ont tous été épinglés pour des pratiques similaires avec leurs assistants vocaux. Mais dans le cas des lunettes connectées, la dimension visuelle ajoute une couche de vulnérabilité inédite. Un enregistrement vocal accidentel déclenché par une fausse reconnaissance du mot-clé est déjà problématique ; une image captée dans une salle de bain ou un cabinet médical l'est bien davantage.
En avril 2025, Meta a révisé sa politique de confidentialité pour les Ray-Ban Meta, en activant par défaut les fonctionnalités d'IA incluant la caméra. L'entreprise assure que les photos et vidéos restent stockées localement sur le téléphone de l'utilisateur et ne servent à l'entraînement de l'IA qu'en cas de partage explicite vers les services cloud. Mais les enregistrements vocaux déclenchés par « Hey Meta » sont, eux, stockés dans le cloud par défaut et peuvent être conservés jusqu'à un an.
Les algorithmes d'annotation génèrent des erreurs — et c'est là qu'intervient le regard humain des sous-traitants, parfois sans que les frontières entre consentement et exploitation des données ne soient clairement établies.
Meta a confirmé à la BBC qu'il partageait « parfois » avec des sous-traitants le contenu que les utilisateurs partagent avec son chatbot Meta AI, afin qu'ils l'examinent « dans le but d'améliorer l'expérience des utilisateurs », comme le font de nombreuses autres entreprises. « Ces données sont d'abord filtrées afin de protéger la vie privée des personnes », indique le communiqué de Meta, citant comme exemple le floutage des visages sur les images.
La politique de confidentialité de Meta pour les appareils portables stipule que les photos et vidéos prises avec ses lunettes Ray-Ban sont envoyées à Meta « lorsque vous activez le traitement cloud, interagissez avec le service Meta AI sur vos lunettes ou téléchargez vos médias vers certains services fournis par Meta (comme Facebook). Vous pouvez modifier vos choix concernant le traitement cloud de vos médias à tout moment dans les paramètres ».
La politique de confidentialité de Meta stipule également que les vidéos et les fichiers audio provenant des diffusions en direct enregistrées avec les lunettes connectées Ray-Ban sont envoyés à Meta, tout comme les transcriptions textuelles et les enregistrements vocaux créés par le chatbot de l'entreprise.
« Nous utilisons l'apprentissage automatique et des évaluateurs formés pour traiter ces données afin d'améliorer, de dépanner et de former nos produits. Nous partageons ces informations avec des fournisseurs et prestataires de services tiers afin d'améliorer nos produits. Vous pouvez accéder aux enregistrements et aux transcriptions associées et les supprimer dans l'application Meta AI », indique la politique de confidentialité de Meta sur les lunettes.
Une riposte s'organise contre les lunettes connectées
L'Electronic Frontier Foundation (EFF) a publié une déclaration concernant les lunettes connectées, mettant en garde toute personne ayant le moindre souci de confidentialité numérique contre leur achat. Et il ne s'agit pas seulement de groupes de défense ; des interdictions pures et simples se profilent, notamment de la part d’une compagnie de croisière populaire et du College Board, qui classe ces lunettes intelligentes parmi les outils de tricherie.
Si la contestation n'a pas encore atteint son paroxysme, elle s'oriente clairement dans cette direction, et Meta, pour sa part, n'a même pas pris acte de ces préoccupations, sans parler de tenter d'y répondre de manière constructive. D'un côté, cela n'a rien de surprenant. Meta est une entreprise qui s'est fait un nom en s'appropriant les données des utilisateurs, souvent au détriment des personnes qui ont rendu ses services précieux au départ.
D'un autre côté, cela semble d'une certaine manière encore plus irrespectueux que d'habitude. Meta parie peut-être sur le fait que la réputation de ses lunettes connectées, considérées comme une menace pour la vie privée, finira par s'estomper, et que les consommateurs continueront à utiliser ses produits comme d'habitude. Cela a largement fonctionné avec Facebook et Instagram ; pourquoi les lunettes connectées seraient-elles donc différentes ?
Mais les Ray-Ban ne sont pas des réseaux sociaux, et le fait est que les lunettes connectées restent un objet que très peu de gens possèdent et dont encore moins de gens ressentent le besoin. Du point de vue des consommateurs, les lunettes connectées sont vulnérables et faciles à écarter. Si les gens décidaient demain qu’ils ne voulaient pas acheter une paire fabriquée par Meta ou par une autre marque, les ventes s'effondreraient rapidement.
Et vous ?
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Pensez-y deux fois avant d'acheter ou d'utiliser les Ray-Ban de Meta : si vous envisagez d'acheter des lunettes connectées, vous ne serez pas le seul à pouvoir voir et entendre vos enregistrements, selon l'EFF






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