La police passe au crible les réseaux sociaux pour identifier les publications hostiles aux centres de données dédiés à l'IA et surveiller les opposants
violant ainsi les libertés civiles
La police de Philadelphie surveille activement les réseaux sociaux pour identifier les critiques des centres de données. Les autorités considèrent les discours d'opposition et le militantisme citoyen comme des signes précurseurs potentiels d'extrémisme violent et de terrorisme domestique. En d'autres termes, les autorités assimilent « des activités protégées » par la Constitution américaine à des risques sécuritaires. Ce qui souligne les défis croissants liés aux centres de données. Des groupes de défense des libertés civiles dénoncent ce flicage, craignant qu'il ne serve à criminaliser la dissidence politique légitime sous couvert de lutte antiterroriste.
De nombreux hyperscaleurs spécialisés dans l'IA aux États-Unis se précipitent pour construire des centres de données à travers le pays, dans leur course pour devenir la force dominante dans le domaine de l'IA. Mais cet investissement effréné dans les centres de données entraîne des pénuries de diverses ressources. Le débat autour des infrastructures d’IA s’intensifie, car les habitants s’inquiètent de leur impact sur l’environnement et leur portefeuille.
Une rébellion grandissante s'organise à travers les États-Unis contre la construction de centres de données destinés à l'IA. Cette opposition, qui transcende les clivages politiques, s'intensifie de manière spectaculaire, menant à l'annulation de grands projets de plusieurs milliards de dollars. Selon de récents rapports, jusqu'à 69 collectivités locales bloquent les nouvelles constructions de centre de données, dont quatre ont adopté des mesures définitives.
Cependant, un rapport confidentiel obtenu par The Intercept révèle que la police de Philadelphie surveille activement les citoyens qui expriment leur opposition aux centres de données d'IA sur les réseaux sociaux. Le document a suscité un tollé, les critiques s'interrogeant sur la légitimité d'une telle surveillance.
Des autorités déploient la surveillance policière des critiques de l'IA
Le rapport en question révèle que la police considère « les activités perturbatrices » relevant du Premier Amendement de la Constitution américaine (qui garantit la liberté d'expression) comme des indicateurs de risques associés à des « extrémistes violents nationaux ». Ce qui justifierait la surveillance de masse. Cette surveillance s'inscrit dans une tendance plus large où les centres de fusion du renseignement ciblent des mouvements sociaux pacifiques.
Le Delaware Valley Intelligence Center (DVIC), un centre de fusion des renseignements situé à Philadelphie, a diffusé un bulletin alertant sur une menace grandissante contre les infrastructures de la région. Ce centre de fusion estime que des extrémistes, qui vont des suprémacistes blancs aux anarchistes, pourraient cibler physiquement et cybernétiquement trois nouveaux projets de centres de données prévus dans les environs de Philadelphie.
« Les extrémistes violents nationaux (DVEs) sont susceptibles de s’intéresser aux centres de données d’IA, ce qui représente une menace physique et cybernétique pour les infrastructures de la région de Philadelphie », indique l'alerte publiée en décembre. Elle porte la mention « à usage officiel uniquement » et a été diffusée via le réseau national des centres de fusion regroupant les services de police au niveau des États, au niveau local et au niveau fédéral.
Mais les preuves avancées par le DVIC dans son rapport s'appuient principalement sur des commentaires hyperboliques sur Internet, des mèmes partagés sur Facebook, et même des références humoristiques à des œuvres de science-fiction, comme l'évocation d'un soulèvement anti-ordinateurs tiré du roman Dune.
Quelques préoccupations soulevées par cette surveillance de masse
Ces rapports s'inscrivent dans le contexte d'une véritable montée en puissance de la contestation populaire contre les centres de données. Cette opposition dépasse largement le simple mélange de groupes d'extrême droite et d'extrême gauche identifiés dans le rapport du centre de fusion de Philadelphie. Selon un sondage publié récemment par Gallup, 7 Américains sur 10 s'opposent à l'implantation de centres de données à proximité de leurs domiciles.
Le rapport du centre de fusion présente cette vague d'indignation comme un premier pas potentiel vers la violence, et recommande aux services de police locaux compétents pour les quelque 16 centres de données situés près de Philadelphie de rester vigilants face aux messages de colère publiés en ligne.
Cette surveillance a suscité l'inquiétude des défenseurs des libertés fondamentales. Paul Hetznecker, un avocat spécialisé dans les droits civiques, s'est alarmé de voir les sceptiques de l'IA être assimilés à des terroristes. Il dénonce une tentative dangereuse des forces de l'ordre d'exagérer des menaces infondées afin de criminaliser des revendications politiques légitimes et des actions protégées par le Premier Amendement de la Constitution américaine.
Cette pratique n'est pas nouvelle pour les centres de fusion, qui ont un long historique de surveillance injustifiée visant des mouvements sociaux légaux, comme les militants écologistes ou les manifestants de Black Lives Matter. Par ailleurs, notons que cette opposition locale n'est pas l'apanage de groupes marginaux, comme le prouvent le récent sondage de Gallup et la multiplication rapide des mouvements de contestation de centres de données.
Réaction des autorités au tollé suscité par la publication du rapport
Malgré la nature souvent parodique de ces publications, les analystes semblent prendre très au sérieux des discussions en ligne évoquant des actes de vandalisme, de piratage, voire l'utilisation d'explosifs et de matières nucléaires ou chimiques. « Waouh, une véritable contradiction constitutionnelle… Quelle surprise pour les États-Unis ! », a écrit un critique. « Pendant un instant, j’ai vraiment cru que les flics parlaient d’eux-mêmes », a écrit un autre.
« Ce sont là des préoccupations politiques légitimes et largement partagées, soulevées par les communautés locales. Ce rapport particulier reflète une tentative très dangereuse de présenter cette activité protégée par le Premier amendement, une activité fondamentale pour notre démocratie, comme autre chose, comme quelque chose de plus dangereux, comme un terreau fertile pour quelque chose de plus sinistre », a déclaré Paul Hetznecker.
En réponse aux questions envoyées par e-mail au département de police de Philadelphie et au Delaware Valley Intelligence Center, un porte-parole a répondu par un communiqué affirmant que « le centre reconnaît et respecte les droits des individus à exprimer légalement leurs opinions, à mener des actions de plaidoyer pacifiques et à participer à des activités protégées par le Premier amendement ». Cependant, le centre est accusé de violer cette loi.
« Ces bulletins couvrent un large éventail de sujets et sont conçus pour fournir une connaissance de la situation, et non pour qualifier une activité légale ou un discours protégé par la Constitution de comportement criminel », a déclaré le sergent Eric Gripp, porte-parole du département de police de Philadelphie.
Impact économique de ces projets et menace pour l'emploi local
La colère des citoyens s'enracine principalement dans les répercussions financières de ces installations massives. Les populations locales refusent de subir des hausses de tarifs d'électricité et de financer des allègements fiscaux pour des géants technologiques sans en tirer de bénéfices directs. Dans le Michigan, par exemple, le fournisseur d'énergie DTE a tenté de conditionner le gel de ses futures hausses de tarifs à l'ouverture d'un centre de données.
Cette méthode a été assimilée à une « demande de rançon » par les autorités locales. Goldman Sachs avertit que la demande liée aux infrastructures d'IA fait augmenter les coûts de l'électricité, des composants électroniques et des logiciels, ce qui va stimuler l'inflation au cours des prochaines années.
À cette pression économique s'ajoute une menace existentielle pour les travailleurs. Les centres de données servent à entraîner des modèles d'IA avancés conçus pour remplacer à terme les employés de bureau. Des entreprises de la tech suppriment déjà des milliers de postes pour investir dans l'IA, à l'image d'Oracle ou encore de Meta, qui surveille informatiquement ses employés pour entraîner des agents d'IA capables de reproduire leur travail.
Les citoyens se retrouvent ainsi dans la position paradoxale de devoir subventionner, via leurs impôts et leurs factures énergétiques, les outils qui élimineront leurs propres emplois. Face à cette hostilité, l'industrie technologique pourrait bientôt se tourner vers l'espace pour accueillir ses centres de données. Selon la théorie de « l'IA orbitale », le placement de fermes de serveurs en orbite terrestre basse devient une option de plus en plus pertinente.
L'essor des centres de données crée des pénuries de composants
Le monde est actuellement confronté à une pénurie massive de puces de mémoire et de stockage. Les centres de données consomment des quantités colossales de composants électroniques, au point de provoquer des tensions sévères sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Une crise similaire menace désormais les CPU, dont le besoin s'intensifie à mesure que les charges de travail d'inférence des grands modèles de langage se multiplient.
Par ailleurs, les prix de gros de l'électricité ont grimpé en flèche jusqu'à 267 % en cinq ans sous l'effet de la demande des centres de données. Cette pression généralisée sur les ressources matérielles et énergétiques complique d'autant plus les projets d'expansion des hyperscaleurs, qui se retrouvent coincés entre des communautés locales hostiles, des infrastructures électriques saturées et des composants de plus en plus difficiles à obtenir.
Selon certains observateurs, cette dynamique de rejet rappelle fortement l'expansion des chemins de fer à la fin du dix-neuvième siècle. À l'époque, cette technologie transformatrice, dominée par de grandes entreprises et largement subventionnée, avait été imposée aux communautés locales avec très peu de concertation, déclenchant le désespoir économique des travailleurs, des émeutes et la destruction de centaines d'infrastructures ferroviaires.
L'écrivain Samuel Butler avait d'ailleurs anticipé ce type de conflit il y a 150 ans dans son roman dystopique Erewhon, où une société décide de détruire toutes ses machines par crainte qu'elles ne finissent par l'asservir. Aujourd'hui, les campus de centres de données font figure de nouvelles gares ferroviaires de l'ère technologique, suscitant l'angoisse et un rejet massif similaires face à des systèmes perçus comme incontrôlables.
L'ampleur du désastre sanitaire lié aux centres de données
Une étude a quantifié ces impacts en dollars via des indicateurs comme le coût social du carbone, mesurant le préjudice économique de chaque tonne de CO2 émise. Il en résulte que le coût réel des centres de données dépasse largement leur prix d'achat. Il ne s'agit pas d'argent, mais de la santé des personnes vivant à proximité. En 2025, les dommages environnementaux causés par les centres de données ont coûté 25 milliards de dollars à l'économie.
Environ 3,7 milliards sont directement liés aux activités d'IA menées dans ces centres. Selon le rapport de l'étude, ce coût représente une externalité, c'est-à-dire une conséquence indirecte de l'activité économique qui impose des coûts à des tiers n'étant pas directement impliqués dans l'activité initiale.
Ces chiffres ne correspondent pas à des dépenses médicales directes ou à des impôts, mais reflètent la valeur économique attribuée à la réduction de l'espérance de vie et aux décès prématurés causés par l'impact environnemental de ces installations. L'auteur indique : « en ce qui concerne la consommation électrique des centres de données, les coûts externes liés à la production d’électricité sont supportés par les consommation exposés aux PM2,5 ».
Nicholas Muller fait référence aux particules fines inhalables qui peuvent présenter de graves risques pour la santé des communautés locales, notamment des maladies pulmonaires, des troubles cardiaques et, dans certains cas, des taux plus élevés de mortalité prématurée. « L'impact des gaz à effet de serre, quant à lui, se manifeste sur le long terme et représente donc une externalité supportée par les générations futures », a expliqué l'auteur.
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