L'Australie pourrait introduire des peines de prisons aux cadres dirigeants des médias sociaux,
qui ne suppriment pas rapidement les contenus violents

Fin mars, à Christchurch en Nouvelle-Zélande a eu lieu une fusillade dans 2 mosquées au cours de laquelle plus de 40 personnes ont trouvé la mort. Il se trouve que 2 des victimes de cette fusillade faisaient partie de la communauté des partenaires Microsoft. Une équipe de Microsoft qui s'y était rendue en visite le lendemain de la fusillade, a pu apprécier la gravité de ce qui s'est passé et la société dans son ensemble a examiné la manière dont ses divers services étaient utilisés pour diffuser la vidéo de la fusillade sur la toile.

Les vidéos de la fusillade se sont rapidement répandues sur Internet. Microsoft, dans l'optique de stopper la propagation de ces vidéos, a procédé à des améliorations des outils existants pour identifier et classifier les contenus violents extrémistes ainsi qu'à des modifications du processus permettant aux utilisateurs de signaler ces contenus. La société a affirmé qu'une collaboration entre les entreprises du secteur technologique, les gouvernements et les organisations non gouvernementales permettrait de franchir des étapes plus importantes dans le processus d'éradication de ce genre de vidéos sur internet. Microsoft a également expliqué les 3 domaines fondamentaux sur lesquels les acteurs impliqués dans cette collaboration devront se concentrer afin que celle-ci soit plus efficace.

Du côté des gouvernements, l'Australie pourrait devenir le premier pays au monde à introduire des peines de prison et des amendes de plusieurs millions de dollars aux géants des médias sociaux qui n'enlèvent pas rapidement les contenus violents.

Pendant ce qui devrait être la dernière semaine du parlement avant les élections fédérales, le gouvernement cherche à introduire deux nouvelles infractions dans le code pénal.

Le fait de ne pas retirer rapidement du matériel violent et odieux pourrait constituer un délit pour les plateformes de médias sociaux qui seraient tenues d’informer la police fédérale australienne si elles se rendent compte que leur service diffuse un comportement violent odieux en Australie.

La rapidité de la suppression serait déterminée par un jury

Manquer à supprimer ces contenus dans le délai déterminé par le jury serait punissable d’une peine de trois ans de prison pour les dirigeants australiens ou étrangers et d’une amende pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaires annuel global de la plateforme.

Les lois proposées couvriraient « la diffusion ou le streaming du terrorisme, des meurtres, des tentatives de meurtre, des actes de torture, des viols et des enlèvements sur les réseaux sociaux », a annoncé le gouvernement ce week-end.

Les plateformes de médias sociaux seraient également tenues d'informer la police fédérale australienne si elles apprenaient que leur site avait été utilisé pour diffuser des crimes violents. En l'absence de notification, des amendes maximales de 840 000 dollars australiens pour les entreprises et de 168 000 dollars australiens pour les particuliers peuvent être imposées.

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« Les grandes entreprises de médias sociaux ont la responsabilité de prendre toutes les mesures possibles pour que leurs produits technologiques ne soient pas exploités par des terroristes meurtriers », a déclaré le Premier ministre Scott Morrison au cours du week-end.

Morrison a ajouté qu'un nouveau groupe de travail, dont les membres seront issus du gouvernement fédéral et des entreprises de médias sociaux, sera créé pour « refuser aux terroristes la possibilité d'utiliser les médias sociaux dans le cadre de leur haine et de leur violence ».

« Ces réponses constitueront la base d'une approche modèle que l'Australie peut adopter pour faire en sorte que nos partenaires mondiaux associent les entreprises de médias sociaux à notre réseau collectif de responsabilité et de responsabilisation. Nous travaillons déjà à cette fin avec nos partenaires du G20 et des Five Eyes, y compris la Nouvelle-Zélande ».

Le Criminal Code Amendment (Unlawful Showing of Abhorrent Violent Material) Bill 2019 serait inspiré des dispositions existantes exigeant que les sites informent la police s'ils étaient utilisés pour accéder à de la pornographie mettant en scène des enfants, a déclaré le procureur général, Christian Porter.

Les lois donneront également au commissaire à la sécurité électronique le pouvoir d'émettre des avis qui porteront ce type de matériel à l'attention des sociétés de médias sociaux.

Dès qu’elles recevront un tel avis, il sera considéré que les sociétés ont pris connaissance du matériel et le compte à rebours va commencer à se déclencher pour que la plateforme d’hébergement supprime le matériel ou fasse face à des pénalités.

Les lois veilleront toujours à ce que les médias d'information puissent rendre compte de manière appropriée des événements d'intérêt public, sans montrer le contenu violent de la violence.

Pour Porter,

Citation Envoyé par Porter
Les médias traditionnels qui diffusent ce type de matériel mettraient leur licence en péril et il n'y a aucune raison pour que les plateformes de médias sociaux soient traitées différemment. Ces entreprises ont une responsabilité sociale et elles ont clairement échoué dans leur réponse à Christchurch.
Et Morrison de renchérir en avançant que

Citation Envoyé par Morrison
Nous devons prendre de nombreuses mesures pour assurer la sécurité des Australiens à la suite des attaques terroristes de Christchurch, et notre gouvernement s'acquitte de sa tâche. Le premier de ces objectifs est de reconnaître la manière dont les terroristes arment les plateformes de médias sociaux. Les grandes entreprises de médias sociaux ont la responsabilité de prendre toutes les mesures possibles pour que leurs produits technologiques ne soient pas exploités par des terroristes meurtriers.
L'industrie n'est pas restée de marbre après Christchurch

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Chris Sonderby, vice-président et avocat général adjoint, avait expliqué concernant la vidéo de cette attaque que

  • La vidéo a été visionnée moins de 200 fois au cours de la diffusion en direct. Aucun utilisateur n'a signalé la vidéo lors de la diffusion en direct. En incluant les vues pendant la diffusion en direct, la vidéo a été visionnée environ 4000 fois au total avant d’être retirée de Facebook.
  • Le premier rapport d'utilisateur sur la vidéo d'origine est arrivé 29 minutes après le début de la vidéo et 12 minutes après la fin de la diffusion en direct.
  • Avant que nous ayons été alertés par la vidéo, un utilisateur de 8chan a posté un lien vers une copie de la vidéo sur un site de partage de fichiers.
  • Nous avons désigné les deux fusillades comme des attaques terroristes, ce qui signifie que tout éloge, soutien et représentation des événements enfreint les normes de notre communauté et n'est pas autorisé sur Facebook.
  • Nous avons supprimé les comptes personnels du suspect identifié de Facebook et Instagram, et nous identifions et supprimons activement tous les comptes imposteurs qui font surface.
  • Nous avons supprimé la vidéo d'origine Facebook Live et l'avons hachée de sorte que les autres partages visuellement similaires à cette vidéo soient ensuite détectés et automatiquement supprimés de Facebook et Instagram.
  • Certaines variantes telles que les enregistrements d'écran étaient plus difficiles à détecter. Nous avons donc étendu notre gamme de systèmes à d'autres systèmes de détection, notamment l'utilisation de la technologie audio.
  • Au cours des premières 24 heures, nous avons retiré environ 1,5 million de vidéos de l'attaque dans le monde. Plus de 1,2 million de ces vidéos ont été bloquées lors du téléchargement et n'ont donc pas pu être visionnées sur nos services.

Notons également que plusieurs sites Web, dont Voat, ZeroHedge, Archive.is, LiveLeak et d’autres, ont été bloqués en Australie et en Nouvelle-Zélande, en violation directe des libertés civiles que les citoyens sont supposés avoir. Le plus important de ces fournisseurs d’accès à Internet, Telstra, a publié un billet de blog dans lequel il défendait son action de censure, reconnaissant même que la liberté de parole avait été sacrifiée par décision de la société :

Citation Envoyé par Telstra
Nous avons décidé de bloquer temporairement un certain nombre de sites Web qui continuent de contenir des images de l’attaque terroriste de vendredi à Christchurch. Nous comprenons que cela puisse causer des inconvénients à certains utilisateurs légitimes de ces sites, mais il s’agit de circonstances extraordinaires qui ont nécessité une réponse extraordinaire.

Nous sommes conscients qu'il est nécessaire de veiller à ce que la liberté d'expression soit soigneusement équilibrée par rapport à la protection de la communauté - mais, comme ces sites continuent à héberger des contenus troublants, nous estimons qu'il est judicieux de les bloquer.

Ce sont des événements choquants et l'idée que ces images puissent en quelque sorte être utilisées pour inciter ou soutenir la haine est une pensée écœurante. Nous continuerons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider et soutenir une communauté diversifiée et inclusive.
Des internautes sont tout de même curieux de constater que ces mesures se sont appliquées à certains sites et non à d'autres. Comme Matt Barrie qui note que

1984 vient de frapper l'Australie. @zerohedge bloqué !! (mais pas @InfoWarsChannel), @liveleak bloqué (mais pas @youtube), @4chan bloqué par @Telstra. Également des rapports de @VodafoneAU de @zerohedge. Quoi d'autre a été censuré par nos maîtres du gouvernement ? Perdons-nous des points de crédit social? #auspol
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Source : The Guardian, Facebook

Et vous ?

Censurer ou pas censurer ? Telle est la question

Voir aussi :

Les FAI en Australie ont commencé à censurer Internet, bloquant des sites Web pour avoir hébergé des images de l'attaque terroriste à Christchurch
Microsoft appelle à un plan de modération sectoriel après la fusillade de la Nouvelle-Zélande et explique comment le mettre en place