« Un mal sans pareil » : Les habitants du Michigan s’opposent à un projet de centre de données soutenu par de grands magnats
Dans un contexte de balbutiements de l’intelligence artificielle
Ce projet à 7 milliards de dollars, soutenu par des puissants comme Trump ou des grands noms de la filière technologique inquiète beaucoup les habitants locaux. Motifs : potentielle explosion de leurs factures d’énergie, pollution de l’eau et défiguration de leur contrée paisible. Ce n’est pas seulement une histoire locale : c’est aussi un combat plus large entre les citoyens modestes et l’élite politique et économique qui semble imposer ses choix. Le projet a même obtenu un demi-milliard en subventions fédérales, ce qui le rend encore plus controversé.
Le projet fait partie d'une initiative plus large appelée Stargate comprenant cinq centres de données, qui a bénéficié de 500 milliards de dollars de subventions fédérales de l'administration Trump. Les promoteurs affirment que le centre de données, développé par Related Digital et utilisé par OpenAI et Oracle, est essentiel pour l'infrastructure d'IA et créerait quelques centaines d'emplois.
Le centre de données de Saline fait partie d'une douzaine de propositions similaires dans le Michigan qui rencontrent une forte opposition locale, car les municipalités se sentent mal équipées pour lutter contre les grandes entreprises technologiques.
La résistance des résidents s'organise, avec des manifestations et des pressions exercées sur les régulateurs environnementaux de l'État pour qu'ils suspendent les permis nécessaires pour les zones humides. Les critiques qualifient le projet d'« unique et maléfique » en raison des risques environnementaux et du manque de transparence de la part des entreprises et du gouvernement.
Les habitants des régions où des centres de données sont implantés se plaignent de ne pouvoir « boire de l’eau » en raison de la pollution, d’augmentation de factures d’électricité et d’autres aspects environnementaux.
À Mansfield, en Géorgie, aux États-Unis, les habitants se plaignent de l'impact critique d'un centre de données de Meta sur leur environnement. Un récent rapport de la BBC relate la façon dont le quotidien de Beverly Morris, une habitante de la ville, est devenu difficile depuis l'installation du centre de données.
Depuis les travaux de construction du centre de données de Meta, la source d’eau privée de Beverly Morris est devenue trouble, chargée en sédiments, et donc impropre à la consommation. Elle ne peut plus boire l’eau du robinet, mais l'utilise pour d'autres usages. Beverly Morris doit désormais s’approvisionner en eau en bouteille ou transporter manuellement de l’eau propre. Le centre de données de Meta se situe à 400 mètres de son porche.
« Je ne peux pas vivre dans ma maison si la moitié de celle-ci fonctionne et que je n'ai pas d'eau. Je ne peux pas boire l'eau », a-t-elle déclaré. Elle explique qu'elle a dû réparer la plomberie de sa cuisine pour rétablir la pression de l'eau. Mais l'eau qui sort du robinet contient encore des résidus. « J'ai peur de boire l'eau, mais je continue à cuisiner et à me brosser les dents avec. Cela m'inquiète-t-il ? Oui », a-t-elle au journal britannique.
Une avocate de Microsoft a déclaré que « personne ne souhaite vraiment avoir un centre de données dans son jardin ». Ces commentaires ont été formulés par Lyndi Stone, avocate principale chez Microsoft, lors d'un webinaire organisé par le cabinet d'avocats Norton Rose Fulbright intitulé « Centres de données : construction, contrats et dette ».
Stone a déclaré que « alors que les centres de données étaient auparavant construits loin des communautés, des quartiers et des zones plus urbaines, à mesure qu'ils s'installent dans ces zones, vous avez des voisins près de chez vous, et personne ne veut vraiment d'un centre de données dans son jardin ». « Je ne veux pas d'un centre de données dans mon jardin », a-t-elle ajouté.
Bien qu'elle représente Microsoft, qui poursuit actuellement une expansion agressive de la capacité de ses centres de données aux États-Unis et dans le monde, les commentaires de Stone font directement écho aux préoccupations exprimées par de nombreuses communautés rurales en réponse aux projets de centres de données qui, dans de nombreux cas, sont souvent financés et soutenus par Microsoft.
Ces préoccupations portent essentiellement sur quelques points clés : l'augmentation des factures d'électricité, l'impact sur l'environnement et le caractère du quartier, ainsi que les questions de procédure liées à la signature d'accords de confidentialité et à la rapidité avec laquelle les procédures de planification sont menées. En conséquence, les propositions sont souvent rejetées d'emblée ou retirées.
Lesdits centres de données servent à alimenter les infrastructures d’une intelligence artificielle qui amplifie la désinformation en ligne‘Uniquely evil’: Michigan residents fight against huge data center backed by top tycoons | Tom Perkins, The Guardian
— Owen Gregorian (@OwenGregorian) December 19, 2025
Locals band together in David v Goliath fight against facility they say would jack up bills, increase pollution and destroy area’s character
A who’s who of the… pic.twitter.com/v1wiRPuJk3
Aucun secteur ne semble plus échapper au raz-de-marée de contenus produits en ligne par l’intelligence artificielle. Même l’univers de l’édition scientifique boit la tasse. La prolifération de références à des articles factices menace désormais de saper la légitimité de la recherche académique. La prolifération des contenus douteux est la résultante d’un phénomène appelé « hallucinations » dans l’univers de l’intelligence artificielle. Depuis 2022, ce terme est devenu le mot-clé qui résume les limites de l’IA générative. Derrière ce vocabulaire presque rassurant, se cache une réalité beaucoup plus problématique : les modèles de langage inventent des faits, produisent de fausses citations, ou bâtissent des raisonnements qui semblent logiques mais qui s’effondrent à la moindre vérification.
Même chez OpenAI on admet désormais que ce n’est pas un bogue. C’est un effet direct de la manière dont ces systèmes sont entraînés : prédire la suite la plus probable d’un texte en fonction des milliards d’exemples ingérés. L’objectif n’est pas d’atteindre la vérité factuelle, mais de maximiser la vraisemblance statistique. Autrement dit, la fluidité du discours est un produit d’optimisation, pas la véracité.
En droite ligne avec cet état de choses, des rapports font état de ce qu'un important document sur la réforme de l'éducation préparé pour la province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador contient au moins 15 fausses citations générées par une intelligence artificielle.
Le fait est que les LLM IA auront toujours des hallucinations et l'on devrait donc s’attendre à une aggravation de la situation actuelle marquée par la désinformation.
L’un des effets les plus inquiétants de la domination croissante de l’IA sur le Web est la détérioration progressive de la qualité du contenu en ligne. Ce phénomène repose sur un effet de boucle : les chatbots produisent du texte en s’appuyant sur de vastes ensembles de données extraites du Web. Jusqu’à récemment, ces données provenaient en grande partie de contenus rédigés par des humains : journalistes, chercheurs, blogueurs, experts de tous horizons.
Aujourd'hui, une portion croissante du contenu en ligne est elle-même générée par d'autres intelligences artificielles. Cela conduit à un problème connu sous le nom de « model collapse » (effondrement du modèle). En résumé, les nouveaux modèles d’IA s’entraînent sur du contenu produit par des modèles de la génération précédente, eux-mêmes formés sur d'autres contenus synthétiques. Ce recyclage progressif appauvrit la diversité, la nuance et l'originalité de l'information.
Les erreurs peuvent s’amplifier à chaque génération, les biais se renforcer, et le contenu devient moins fiable, moins contextualisé et souvent déconnecté de toute vérification humaine ou source primaire identifiable. Ce problème vient s'ajouter à la baisse considérable du trafic des sites Web d'information.
Enfin, si les chatbots d'IA deviennent les principales sources d’information consultées, sans accès direct aux documents originaux, les internautes pourraient progressivement perdre l’habitude de confronter les sources, de lire dans le contexte, ou d’interpréter de façon critique les données. Le Web se transformerait alors en une interface de réponses simplifiées, certes pratiques, mais de plus en plus superficielles. Le Web tel qu'on le connaît pourrait disparaître.
Et vous ?
Partagez-vous le point de vue de l'avocate de Microsoft qui estime que personne ne veut vraiment d'un centre de données dans son jardin ?
Est-ce que faire une telle déclaration revient à trahir son client ? Dans quelle mesure ?
Les data centers peuvent-ils vraiment devenir « neutres en carbone » alors qu’ils reposent sur une consommation électrique toujours croissante ?
L’industrie du cloud doit-elle être régulée comme les industries polluantes classiques, avec quotas d’énergie et taxes écologiques ?
Les gouvernements doivent-ils continuer à subventionner les géants du cloud au nom du développement économique, malgré l’impact écologique ?
Voir aussi :
L'IA pourrait engloutir un quart de l'électricité produite aux États-Unis d'ici 2030 si elle ne se défait pas de sa grande dépendance à l'égard de l'énergie, affirme un cadre d'Arm Holdings
Entre innovation et responsabilité écologique : l'IA générative nécessite d'énormes quantités d'énergie et d'eau, mais le réseau américain vieillissant n'est pas en mesure de supporter la charge
Les entreprises ont tellement besoin de centres de données qu'elles les louent avant même qu'ils ne soient construits. La construction de centres de données atteint une hausse historique de 46 %






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