Bluesky, un rival de X (ex-Twitter) basé sur un protocole décentralisé, est maintenant accessible à tous
mais de nombreuses questions subsistent quant à son modèle économique et à sa viabilité

Bluesky a annoncé mardi la disponibilité générale de sa plateforme de médias sociaux après une phase bêta privée de plusieurs mois. Désormais, tout le monde peut voir les messages publiés à la fois sur le Web et dans l'application Bluesky, s'inscrire ou se connecter. Financé par Jack Dorsey Bluesky, cofondateur de Twitter, Bluesky est une application décentralisée de microblogging présentée comme une alternative au réseau social X d'Elon Musk. Mais beaucoup sont sceptiques quant à sa capacité à concurrencer X. Bluesky est basé sur une infrastructure décentralisée appelée "AT Protocol" qui permet à des développeurs externes de contribuer à l'évolution du projet.

Le réseau social décentralisé Bluesky est maintenant accessible à tous

Bluesky a passé environ une année en bêta privée. Auparavant, les utilisateurs pouvaient s'inscrire et se connecter à Bluesky uniquement sur invitation de l'équipe de développement, mais cette période est maintenant révolue. Dans un billet de blogue publié mardi, le PDG Jay Graber note qu'il n'est plus nécessaire d'avoir un compte et de se connecter pour pouvoir voir les messages sur la plateforme, à la fois sur le Web et dans l'application mobile Bluesky. (Environ 3 millions de personnes se sont inscrites pendant la phase de test.) Bluesky s'ouvre au public avec un nouveau logo, un papillon, et annonce ses plans.

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Bluesky a déclaré l'année dernière que son objectif est de bâtir un nouveau type de réseau social. Pour cela, l'entreprise a développé son propre protocole décentralisé appelé AT Protocol. Cette technologie permet aux utilisateurs de porter librement et facilement leurs comptes de médias sociaux sur différentes plateformes sociales - y compris les abonnés - plutôt que d'être enfermés dans des expériences cloisonnées sur une plateforme appartenant à "une seule entreprise". C'est un concept qui se popularise davantage dans le monde des plateformes de médias sociaux et semble séduire de nombreux utilisateurs.

Le code de Bluesky est entièrement ouvert, ce qui permet aux personnes extérieures à l'entreprise de savoir ce qui est construit et comment. Les développeurs peuvent même écrire leur propre code sur le protocole AT, de sorte qu'ils peuvent créer n'importe quoi, d'un algorithme personnalisé à une nouvelle plateforme. Graber a déclaré : « ce que la décentralisation vous apporte, c'est la possibilité d'essayer plusieurs choses en parallèle, et donc de ne pas limiter le changement à une seule organisation. La façon dont nous avons construit Bluesky permet en fait à n'importe qui d'insérer un changement dans le produit ».

Cette configuration donne aux utilisateurs plus de possibilités de contrôler et d'organiser leur expérience des médias sociaux. Sur une plateforme centralisée comme Instagram, par exemple, les utilisateurs se sont révoltés contre les changements d'algorithme qu'ils n'aimaient pas. Cela dit, il n'y a pas grand-chose qu'ils puissent faire pour revenir en arrière ou améliorer une mise à jour d'application indésirable. Des plateformes de médias sociaux décentralisées comme Bluesky et Mastodon, le réseau social open source et décentralisé qui existe depuis 2016, tentent de changer la donne avec leur nouvelle approche.

Bluesky a encore un long chemin à parcourir, mais il a déjà défié les pronostics - dans une chronologie légèrement modifiée, il n'existerait peut-être même pas encore. Dans la vision de Dorsey, Twitter aurait finalement migré vers le protocole AT, mais il a fini par quitter son poste de PDG. Puis, quelques mois plus tard, Elon Musk est intervenu et a changé les priorités et les valeurs de la plateforme. Graber n'aurait pas pu anticiper ce rebondissement, mais un an avant l'acquisition, elle a, par hasard, détaché Bluesky de Twitter pour en faire sa propre société d'utilité publique.

Bluesky est donc un projet qui faisait partie de Twitter et qui est maintenant en concurrence avec X (ex-Twitter) d'Elon Musk. Et si vous êtes impatient de voir comment tout cela va se dérouler, c'est une bonne chose que la plateforme ait été ouverte au public. Bluesky est disponible sur Android et iOS.

Comprendre le protocole AT développé par Bluesky et ses caractéristiques

Selon les explications de l'équipe Bluesky, le protocole AT est un nouveau réseau social fédéré. Il intègre les idées des dernières technologies décentralisées dans un réseau simple, rapide et ouvert. Qu'est-ce qu'un réseau "fédéré" ? C'est un moyen pour les serveurs de communiquer entre eux, comme le courrier électronique. Au lieu qu'un seul site gère le réseau, vous pouvez avoir plusieurs sites. Cela signifie que vous avez le choix du fournisseur et que les particuliers et les entreprises peuvent s'autohéberger s'ils le souhaitent. Selon l'équipe, voici ci-dessus ce qui rend le protocole AT unique :

  • portabilité des comptes : selon l'équipe, l'identité en ligne d'une personne ne devrait pas être détenue par des sociétés qui n'ont aucun compte à rendre à leurs utilisateurs. Avec le protocole AT, vous pouvez transférer votre compte d'un fournisseur à un autre sans perdre aucune de vos données ou de votre graphe social ;
  • choix de l'algorithme : les algorithmes dictent ce que nous voyons et ce que nous pouvons atteindre. Nous devons contrôler nos algorithmes si nous voulons avoir confiance dans nos espaces en ligne. Le protocole AT comprend un mode d'algorithme ouvert afin que les utilisateurs puissent mieux contrôler leur expérience ;
  • interopérabilité : Bluesky estime que le monde a besoin d'un marché diversifié de services connectés pour garantir une concurrence saine. L'interopérabilité doit être considérée comme une seconde nature sur le Web. Le protocole AT comprend un framework d'interopérabilité basé sur des schémas, appelé Lexicon, qui aide à résoudre les problèmes de coordination ;
  • performances : Bluesky estime que de nombreux protocoles novateurs ne tiennent pas compte des performances, ce qui se traduit par de longs temps de chargement avant que vous puissiez voir votre chronologie. « Nous ne considérons pas les performances comme facultatives, et nous avons donc fait de la rapidité de chargement à grande échelle une priorité », affirme l'équipe.


Cela dit, le lancement public de Bluesky a suscité des réactions mitigées. Certains ne sont pas enthousiastes et parient contre le succès du jeune réseau social. « Il s'agit simplement de Mastodon avec une petite couche de Web3. Bluesky souffre des mêmes problèmes que Mastodon et il y a encore plusieurs zones d'ombre concernant leur modèle économique. Il est peu probable que Bluesky arrive à concurrencer X ou Mastodon sur le long terme, car il est juste un réseau social de plus et les gens préfèrent utiliser ce à quoi ils sont habitués. Nous avons eu un exemple concret avec Threads », souligne un critique.

« J'y suis depuis quelques mois. Il ressemble au Twitter de 2014 en ce sens qu'il n'y a pas de gifs ni de vidéos, vous y verrez donc de très bonnes blagues. Un certain nombre de personnes que je suivais sur Twitter y sont présentes, mais semblent avoir perdu l'habitude de poster des messages et sont plus silencieuses maintenant. Et lorsque je regarde l'onglet "découverte", je ne vois pas grand-chose d'intéressant pour moi. Pour moi, X (ex-Twitter) restera probablement le site de microblogage le plus utilisé jusqu'à ce qu'un nouvel arrivant introduise un réel changement de rupture », a écrit un autre critique.

Bluesky est-il une alternative viable à X d'Elon Musk et à Mastodon ?

Le développement de l'écosystème tiers aidera Bluesky à continuer à prospérer en fournissant une plateforme où les développeurs peuvent tirer profit de la création de flux personnalisé. Graber a déclaré que Bluesky compte plus de 25 000 flux personnalisés, dont certains existent uniquement pour ravir les utilisateurs, comme l'un des favoris de Graber, conçu pour produire des photos attrayantes de mousse. Bluesky met en avant les flux personnalisés pour attirer les développeurs tiers, qui créeront de nouvelles expériences et des applications personnalisées capables d'attirer de nouveaux utilisateurs.

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L'année dernière, les développeurs qui concevaient des flux personnalisés sur Twitter ont été brusquement empêchés de développer certains des bots amusants et services publics préférés des utilisateurs de Twitter lorsque Musk a commencé à faire payer l'accès à l'API de Twitter. Cette décision a entraîné la disparition de milliers de flux personnalisés et de plusieurs clients tiers qui ont contribué au développement de Twitter au fils des ans. Bluesky a déclaré que cela ne se produirait pas sur sa plateforme, promettant que les influenceurs et les créateurs seraient également protégés contre les perturbations.

Graber a déclaré que Bluesky s'attend à gagner de l'argent en prenant une part des bénéfices des développeurs et fera payer les utilisateurs pour des fonctionnalités supplémentaires. Bluesky propose déjà une option permettant aux utilisateurs d'acheter des domaines - qui servent de noms d'utilisateur - directement à partir de l'application. Cependant, certains critiques pensent que ce modèle économique n'est pas viable et s'attendent à ce que la plateforme vende des données personnelles à l'avenir, du moins lorsqu'elle aura épuisé l'argent du capital-risque. Voici un résumé des zones d'ombres :

  • incertitude en matière de monétisation : les plans exacts de Bluesky pour gagner de l'argent ne sont pas clairs. Cette ambiguïté soulève des questions quant à sa viabilité à long terme et à la manière dont cela pourrait affecter l'expérience des utilisateurs à l'avenir. On peut également craindre que Bluesky ne dérive vers la centralisation au fur et à mesure de sa croissance et de son évolution, en particulier si le profit prend le pas sur sa mission initiale. Cela pourrait saper les principes mêmes sur lesquels il a été construit ;
  • décentralisation limitée dans la pratique : alors que Bluesky se présente comme une plateforme décentralisée, il est actuellement le seul réseau social à utiliser le protocole AT. Cela limite le véritable potentiel et les avantages de la décentralisation. Certains utilisateurs s'interrogent également sur les véritables intentions de Bluesky et critiquent son caractère lucratif. Ils estiment que Bluesky n'est peut-être pas véritablement engagé dans la décentralisation ;
  • défis liés à la modération du contenu : la flexibilité dans la modération du contenu, bien qu'elle soit une force, peut aussi être une épée à double tranchant. Des serveurs différents avec des politiques de modération différentes peuvent conduire à des expériences incohérentes pour les utilisateurs et à des refuges potentiels pour les contenus nuisibles ;
  • potentiel de chambres d'écho : la possibilité pour les utilisateurs de personnaliser leurs flux de contenu et leurs politiques de modération peut conduire à la création de chambres d'écho, où les utilisateurs n'interagissent qu'avec des personnes partageant les mêmes idées, ce qui limite l'exposition à des points de vue divers ;
  • problèmes de croissance : Bluesky est encore en train de résoudre des problèmes techniques et opérationnels en tant que plateforme relativement nouvelle. Les utilisateurs peuvent rencontrer des bogues, des temps d'arrêt ou d'autres problèmes au fur et à mesure de l'évolution de la plateforme.


Les plateformes décentralisées sont-elles l'avenir des réseaux sociaux ?

Bien que les plateformes décentralisées partagent des objectifs similaires, elles utilisent des protocoles différents, ce qui rend leur collaboration difficile. Alors que certaines communautés ont trouvé leur place sur Mastodon, d'autres ont été dissuadées par le processus d'intégration et la terminologie technique du réseau qui prêtent à confusion. C'est là que la stratégie de Bluesky diverge : il se base sur une apparence simplifiée et une nouvelle approche de la modération. « La philosophie de Bluesky a toujours été de proposer une bonne interface utilisateur et une bonne expérience », a déclaré la PDG Graber.

« Les utilisateurs ne sont pas seulement intéressés par la décentralisation et les idées abstraites. Ils veulent s'amuser et passer un bon moment ici », a-t-elle ajouté. L'engagement de Bluesky en faveur d'une expérience utilisateur intuitive ne signifie pas qu'il ralentit sur le plan technique. Bluesky a annoncé mardi qu'il introduirait une version expérimentale de "la fédération ouverte dans le courant du mois. À la suite de cela, les développeurs pourront construire leurs propres serveurs séparés, comme c'est le cas sur la plateforme rivale Mastodon. En effet, Mastodon qui possède des milliers d'instances différentes.

Comme c'est le cas avec Mastodon, les utilisateurs de Bluesky pourront choisir le serveur qu'ils souhaitent utiliser, et s'ils changent d'avis, ils pourront migrer vers un autre serveur sans perdre tous leurs messages, leurs followers et leurs listes de followers. Une prochaine mise à jour devrait permettre aux utilisateurs individuels ou aux organisations de créer leurs propres services de modération de contenu, auxquels d'autres utilisateurs pourront s'abonner. Ainsi, une organisation de vérification des faits peut gérer un service d'étiquetage et marquer les messages comme étant "trompeurs", "des infox", etc.

Graber a expliqué : « ensuite, les utilisateurs qui font confiance à cette organisation peuvent s'abonner à leurs étiquettes. Lorsque l'utilisateur fait défiler l'application, les étiquettes publiées par l'organisme de vérification des faits sont visibles sur l'article lui-même ». Tout cela semble formidable, mais la question se posera inévitablement : que se passe-t-il si un mauvais acteur crée un service de modération ou un serveur qui a des conséquences néfastes tangibles ? C'est un grand défi que ces plateformes décentralisées devront relever. La modération de contenu est désormais un défi majeur pour X et ses rivaux.

À en croire Graber, Bluesky travaille à répondre à ces préoccupations. « Les analogies ici se résument à la façon dont fonctionne le Web. Alors, que fait-on lorsque des gens construisent des choses sur le Web qui pourraient être dangereuses ? Il y a divers niveaux d'intervention. Tout d'abord, il ne faut pas en faire la promotion, ne pas l'envoyer à un plus grand nombre de spectateurs. Ensuite, on peut s'en déconnecter, ne pas créer de liens avec lui. Il faut donc le rendre moins facile à découvrir », a déclaré Graber.

Selon les analystes, il s'agit davantage d'une approche non interventionniste, qui s'appuie également sur les utilisateurs pour tirer parti des outils de modération personnalisables de Bluesky afin de déterminer ce que la sécurité en ligne signifie pour eux. Mais c'est peut-être une lourde responsabilité à confier à l'utilisateur individuel. Dans les cas extrêmes, comme la diffusion de matériel pédopornographique, l'équipe responsable du protocole AT interviendra pour éliminer complètement le matériel incriminé.

Sources : Bluesky, le protocole AT

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