Deux études récentes suggèrent que les smartphones auraient contribué à la baisse du taux de natalité en réduisant les interactions sociales en face à face et la fréquence des rapports sexuels
Deux nouvelles études établissent un lien entre les smartphones et la baisse du taux de fécondité. Les études suggèrent que le taux de fécondité a fortement chuté vers 2008 chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans dans les pays à revenu élevé. Les nouvelles études suggèrent donc que les smartphones ont pu contribuer à la baisse de la fécondité principalement par le biais de changements dans les comportements sociaux, en particulier une réduction des interactions en personne et des changements dans l'activité sexuelle.
En 2022, des chercheurs ont suggéré que la population mondiale diminuera au cours des 40 prochaines années en raison de la baisse des taux de natalité : « L'évolution de la taille de la population et de la structure par âge pourrait avoir de profondes répercussions économiques, sociales et géopolitiques dans de nombreux pays ». La cause évoquée pour ce déclin de la population n'est pas un virus, une guerre ou une catastrophe naturelle, mais plutôt une augmentation du niveau de vie. Les gens sont en meilleure santé, plus riches, mieux éduqués, vivent plus longtemps et ont moins d'enfants. Des solutions possibles pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qui en découle résideraient dans l'automatisation, la robotique et la numérisation.
Récemment, de nouvelles études établissent un lien entre les smartphones et la baisse du taux de fécondité. Les études suggèrent que le taux de fécondité a fortement chuté vers 2008 chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans dans les pays à revenu élevé. L'augmentation de l'utilisation des smartphones entre 2007 et 2024 a été associée à une baisse des taux de fécondité chez les femmes en âge de procréer à l'échelle mondiale au cours de la même période.
Dans une étude intitulée « The Collapse of Teen Fertility in the Digital Era » (L'effondrement de la fécondité chez les adolescents à l'ère numérique), les économistes Nathan Hudson et Hernan Moscoso Boedo de l'université de Cincinnati ont examiné le « fait frappant » d'une forte baisse de la fécondité chez les adolescents dans 128 pays à partir de 2007. Publiée en avril, cette étude suggère que la généralisation des smartphones pourrait avoir déclenché un « point de basculement », les adolescents étant passés d’interactions en face à face à une communication par téléphone.
Elle note que cette tendance s’observe dans des pays présentant des contextes sociaux, économiques et politiques différents. Elle constate également que, parallèlement à l’essor des technologies numériques, les interactions sociales en personne ont fortement diminué — un changement que les auteurs associent à des évolutions en matière de fécondité chez les adolescents, d’activité sexuelle, de santé mentale, de taux de suicide et de criminalité.
L'étude suggère que le taux de fécondité a fortement chuté vers 2008 chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans dans les pays à revenu élevé, qu'il a légèrement baissé chez celles âgées de 20 à 24 ans, et qu'il n'a guère évolué chez les 25 ans et plus, qui représentent environ 80 % de la population en âge de procréer. Les auteurs affirment que les taux de natalité chez les adolescentes ont baissé à mesure que les prix des smartphones diminuaient. Aux États-Unis, le taux de natalité chez les filles âgées de 15 à 19 ans a baissé de 71 % ; de 43 % chez celles âgées de 20 à 24 ans ; de 23 % chez celles âgées de 25 à 29 ans ; de 1 % chez celles âgées de 30 à 34 ans ; et de 9 % chez celles âgées de 35 à 39 ans au cours de la période étudiée.
Ces résultats suggèrent que cette baisse n’est pas due à un report de la maternité ou à une augmentation des avortements, mais à une diminution des conceptions liée à la réduction des interactions sociales en présentiel chez les adolescents. « Aux États-Unis, les variations de relief et de couverture haut débit et 4G ont un effet causal sur la fécondité des adolescentes, et les journaux de temps montrent que les interactions sociales en présentiel chez les adolescents ont pratiquement diminué de moitié tandis que les loisirs numériques ont pratiquement triplé », ont déclaré les auteurs.
Une deuxième étude menée par les économistes Caitlin K. Myers et Ezekiel Hooper, intitulée « Is the iPhone Birth Control? Causal Evidence from AT&T’s 2007–2011 Carrier Monopoly » (L'iPhone est-il un moyen de contraception ? Preuves causales tirées du monopole de l'opérateur AT&T entre 2007 et 2011), suggère également que l'introduction de l'iPhone pourrait expliquer une baisse substantielle de la fécondité au cours de cette période, principalement par la réduction des interactions en face à face.
L’étude s’appuie sur la couverture haut débit mobile d’AT&T, les registres des naissances du Centre national des statistiques de santé (NCHS) et des données au niveau des comtés classées par âge, origine ethnique, niveau d’éducation, situation matrimoniale et nombre d’enfants. « Les naissances aux États-Unis sont en chute libre », ont déclaré les auteurs, soulignant que les naissances étaient restées stables entre 65 et 70 pour 1 000 entre 1980 et 2007 avant de chuter brutalement à partir de 2007, une tendance qui s’est poursuivie tout au long de la reprise après la Grande Récession, pendant la période de la COVID-19 et jusqu’aux années 2020.
« Le déclin s’est poursuivi tout au long de la longue expansion économique de 2010 à 2019, puis pendant la crise du COVID et ses conséquences, avec des baisses visibles dans le même sous-groupe », indique l’étude. Les taux de natalité ont chuté de 70 % chez les adolescentes et de 47 % chez les 20-24 ans, mais n’ont baissé que de 7 % chez les 30-34 ans, tandis que les taux chez les 35-39 ans ont en réalité augmenté de 14 %.
Les résultats ont identifié l’iPhone — lancé en 2007 — et les réseaux sociaux comme des « chocs exogènes qui ont modifié des aspects majeurs du travail et de la vie sociale au sein des cohortes », notamment une réduction du temps consacré aux rendez-vous amoureux, à la consommation d’alcool et à la conduite automobile ; une moindre participation à l’emploi rémunéré ; un nombre réduit de partenaires sexuels ; et une inactivité sexuelle accrue chez les jeunes adultes.
Les auteurs estiment que l’iPhone pourrait avoir contribué à une baisse de 21 à 31 % des naissances chez les adolescentes entre 2007 et 2011, d’environ 14 à 40 % chez les femmes âgées de 20 à 24 ans, et de 21 à 25 % chez les femmes âgées de 25 à 29 ans. Ils estiment que, sur les 6,2 naissances pour 1 000 femmes, environ 2,1 à 3,2 naissances pour 1 000 sont probablement attribuables à l'iPhone au cours de cette période, ce qui reflète une baisse du taux de fécondité général.
Pourtant, un rapport de 2022 a révélé les téléphones mobiles basiques ont connu une certaine résurgence. Selon le rapport, de nombreuses personnes en ont assez de la surcharge ou de la dépendance numérique et se sont tourné vers des appareils plus simples. D'autres y ont pensé, mais hésitent à franchir le pas. Après tout, pour certains, les smartphones sont le seul type de téléphone qu'ils aient jamais connu.
Même si de plus en plus de consommateurs cèdent à la tendance des "dumbphones" pour un quotidien moins connecté, elle n'a pas amélioré les interactions sociales en face à face. Les nouvelles études suggèrent donc que les smartphones ont pu contribuer à la baisse de la fécondité principalement par le biais de changements dans les comportements sociaux, en particulier une réduction des interactions en personne et des changements dans l'activité sexuelle.
Sources : "The Collapse of Teen Fertility in the Digital Era", "Is the iPhone Birth Control? Causal Evidence from AT&T’s 2007–2011 Carrier Monopoly"
Et vous ?
Pensez-vous que ces études sont crédibles ou pertinentes ?
Quel est votre avis sur le sujet ?
Voir aussi :
Des futurologues prédisent que les robots sexuels pilotés par l'IA remplaceront les relations humaines, mais les critiques mettent en garde contre les dangers potentiels, dont la dépendance
Les jeunes femmes désertent les applications de rencontres désormais ringardes pour trouver enfin le compagnon parfait tant recherché sous la forme d'une IA, mais s'exposent à de nombreux risques
L'appel à l'aide de la génération Z : près d'un jeune sur deux au Royaume-Uni préférerait un monde sans internet, selon une étude. Ils dénoncent les usages toxiques et addictifs d'une partie du numérique











Pensez-vous que ces études sont crédibles ou pertinentes ?
Répondre avec citation
Partager