Et pour tous les cas où il n'y a pas d'inspiration propriétaire ?
Par ailleurs il y aurait sûrement exactement la même chose dans le sens inverse, du libre au propriétaire, si les propriétaires n'avaient pas la possibilité d'user directement ce qui a été fait en libre.
Et comment construisent-ils leurs bases éducatives sans avoir accès aux logiques internes ? Comment peuvent-ils se tenir à jour de l'évolution technologique si celle-ci est privée ?
L'usage du libre en éducation n'est pas seulement idéologique.
C'était un exemple ciblé sur les formats de données, parce que vous disiez qu'un format Open-source propriétaire pourrait convenir, alors que techniquement ce serait un choix très peu pertinent.
Je pense sinon que vous surestimez les différences entre le milieu universitaire et le milieu de l'entreprise, qui sont d'ailleurs évidemment perméables ("car bien n'y ont rarement mis les pieds sauf en stage", sauf ceux qui collaborent quotidiennement avec eux, montent des entreprises etc. Ce que vous décrivez est une vue de l'esprit très loin des réalités). Et ce que vous décrivez comme le "monde de l'entreprise" n'est pas une réalité technique, mais la résultante de choix politiques.
Quand un laboratoire monte un logiciel et le propose à la communauté, c'est techniquement assez proche de ce que fait une entreprise. C'est le modèle économique et les contraintes associées qui sont différentes (malgré l'usage de propriété intellectuelle privée restant assez répandu dans le milieu universitaire).
Ils usent bien des mêmes outils juridiques. Ainsi on peut le comprendre comme un abandon de ses droits, mais c'est uniquement l'usage économique qui est abandonné. Sinon c'est bien la protection de sa volonté qui est mise en place : le libre partage et la libre réutilisation par tous de ces créations. Car sans cela, au sein d'un monde usant de propriété intellectuelle, ses productions pourraient bien être approprié par d'autres.
Bref c'est plutôt l'usage de cette protection, de ses droits dans une direction, plutôt qu'un abandon complet de ses droits.
Je dirais même que c'est moins un "abandon" que de céder ces droits à une entreprise : si tu quittes l'entreprise, tu perds le droit d'utiliser ton propre travail. Tu noteras que dans les deux cas, le choix est irrévocable.
D'ailleurs la nécessité de se protéger des logiques d'appropriation est une conséquence de la logique propriétaire (qui pourrait t'empêcher d'user de ton propre travail sinon ?). Par ce système généralisé, le même poids juridique est apposé aux entreprises et aux bénévoles/employés du libre. Ce poids, de plus en plus conséquent, se retrouve sur l'ensemble de la société qui doit en payer les coûts (une source universitaire indiquait que 25% du budget recherche de R&D aux États Unis étaient utilisés pour les dépôts de brevet et coûts juridiques). Bref le coût et les contraintes qu'il impose sont bien concrets, quand à l'incitation à l'innovation elle n'est pas prouvée et est majoritairement supposée.
C'est en effet une critique du mode de fonctionnement de nos sociétés. Mais on pourrait être moins extrême dans sa description, et dire que la défense de la propriété intellectuelle s'inscrit dans une démarche conservatrice, quand sa critique s'inscrit dans une démarche de critique constructive "progressiste" (je n'aime pas ce terme je le trouve prétentieux).
Et justement au niveau de ses volontés, si pour la propriété privée matérielle et l'organisation de l'ensemble de la société, ces idées sont difficiles à mettre en place et pourraient avoir des conséquences catastrophiques, cela relève du bon sens dans l'immatériel (le fait de ne pas perdre ce que tu partages, si ce n'est des applications purement économiques, fluidifie grandement le processus). Partager sans limite l'immatériel pour avoir autant une base commune de connaissances pour pouvoir se comprendre, qu'une base commune afin de tous pouvoir produire du matériel, cela fait totalement sens. Que jusqu'aux idées et à l'intelligence, tout soit privé, cela démontre d'un individualisme sans limite.
Bien sûr, et je suis très content pour eux. Mais ils sont sujets à beaucoup de risques : rachat de leur entreprise par de grand groupe, modification des intentions ou applications, choix douteux de la hiérarchie, ou même tout simplement conflit humains : dès lors qu'il y aura le moindre soucis, qui pourraient amener à leur départ de l'entreprise, de leur gré ou non, ils perdront tous leurs droits vis à vis de ce qu'ils ont créé. Ils ne pourront plus réutiliser ce qu'ils ont pourtant fait dans d'autres contextes ou pour d'autres applications.
Le fait que ses droits soient concentrés au niveau de l'entreprise pose question.
Et du fait qu'il ne possède pas son propre travail, selon moi il n'a pas "un tas de possibilités qui vont s'ouvrir à lui" mais plutôt deux choix : rester dans l'entreprise ou perdre tout le fruit du travail intellectuel réalisé en son sein (et je ne parle pas que des revenus associés, mais bien de la création en elle même).
Mais ce dont vous parliez ici c'est de la liberté associé à l'argent. C'est ici le serpent qui se mord la queue : il a justement besoin d'argent pour être libre, parce que tout est privé. Au niveau du purement immatériel, il aurait accès à tout sans argent s'il n'y avait pas de propriété intellectuelle. Mais comme tout est payant, il doit privatiser à son tour pour avoir les moyens d'avoir accès, et seulement à une partie. (D'où la maxime : "quand tout sera privé, on sera privé de tout").
Le libre c'est une liberté inconditionnelle, dans le sens conditionné ni à l'argent ni à l'autorisation. Notez aussi que cela contribue tout autant à la prospérité que le propriétaire : les outils ainsi développés permettent l'organisation, la production, l'innovation. C'est une autre modalité de participation plus à la société (plus juste selon moi, parce que plus transparente et moins intéressée).
Par ailleurs les créateurs auront toujours besoin d'argent : je ne propose pas de ne plus les payer, mais au contraire de ne payer qu'eux, et de ne plus payer les rentes et les autres surcoûts (au sein d'entreprises pourquoi pas).
Le renversement complet du système économique n'est pas nécessairement souhaité par la communauté du libre. Il y a un côté homme de paille à vouloir prêter la position la plus extrême à ce que l'on critique. Il y a aussi d'autres formes d'équilibre possibles (le propriétaire et les entreprises ont énormément financé et participé au libre). Par exemple, une fois les coûts de production amortis et un retour sur investissement transparent acquis, passer le projet en libre permissif et continuer l'innovation de manière itérative de la sorte.
Même pour la copie, on peut souhaiter ne lus payer certains produits pour de bonnes raisons sans vouloir la disparition de l'entreprise qui les a créé.
Cependant en effet, une abolition de la propriété intellectuelle serait une modification profonde de nos modes de productions intellectuels et un renversement des modèles économiques qui dépendent de cette privatisation. À noter que la volonté n'est pas de saboter le propriétaire, mais d'offrir des alternatives, autant pour des raisons techniques que politiques. Il n'y a pas de volonté de nuire.
Quand on voit la manière dont le libre croit en société, je pense que les volontés des individus sont en train d'évoluer justement.
Et justement, d'où le fait de bien poser les termes du débat :
1 - Comment peut on accepter de vivre dans une société où la copie et le partage sont perçus comme du vol ?
2 - A-t-on conscience, qu'accepter une logique de privatisation des connaissances c'est accepter de reduire nos libertés d'accès ? Que c'est aussi accepter la decorélation du coût de recherche/production d'une connaissance, du prix que la société la paye ?
3 - La propriété intellectuelle présuppose et encourage un intéressement individuel : est-ce vraiment souhaitable ?
4 - Nos connaissances façonnent nos compréhensions du monde : il faudrait que les difficultés d'acquisition de l'intellectuel soient purement intellectuelles (c'est déjà un frein conséquent, il est difficile de comprendre ceux qui ne réfléchissent pas comme nous, etc.). Il ne faudrait pas ajouter des barrières économiques.
Les connaissances sont le 1er facteur de modification du monde (comment résoudre un problème qu'on ne comprends pas ?). Elles se construisent par le partage : partageons-les.





Répondre avec citation








Partager