Les lecteurs de plaques d'immatriculation peuvent désormais suivre votre téléphone grâce à une nouvelle technologie de surveillance qui transforme les caméras routières en outils de pistage plus performants
« C’est pire que les caméras de surveillance Flock, c’est de la surveillance de masse en gestation », s’indignent des observateurs à propos de cette nouvelle technologie. En effet, la technologie dénommée SignalTrace a pour but d’étendre les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation en permettant une collecte de données utilisateur non plus uniquement depuis une plaque d’immatriculation de véhicule, mais en sus, depuis toute onde radioélectrique émise depuis un dispositif IoT ou un terminal mobile.
Que disent les créateurs de SignalTrace ? Que cette technologie ne permet pas de pister les hommes
SignalTrace, d’après ce qui ressort des notes techniques mises à disposition par le fabricant dénommé Leonardo, étend les fonctionnalités des lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation aux fins de reconnaissance et de corrélation des signatures électroniques issues de signaux sans fil diffusés publiquement afin de révéler des schémas, des relations et des tendances susceptibles de passer inaperçus.
La même documentation souligne que SignalTrace est une technologie de détection spécialisée qui capte de manière passive les émissions électroniques publiques, notamment le Bluetooth, le Wi-Fi, la RFID et d'autres signaux sans fil pris en charge, pour créer des signatures électroniques anonymes analysables sur la durée.
D’après Leonardo, SignalTrace ne se focalise pas sur l’identification des individus ou l’accès à des appareils personnels, mais plutôt sur la reconnaissance des signatures électroniques récurrentes et leurs localisations observées, offrant ainsi aux organisations une nouvelle source de connaissance de l'environnement. Ces données peuvent être analysées de manière indépendante ou corrélées avec d'autres données opérationnelles.
Leonardo ajoute que SignalTrace ne dépend pas de la reconnaissance automatique des plaques d'immatriculation pour son fonctionnement ; le système peut en sus être déployé comme technologie de détection autonome ou intégré à d'autres systèmes de capteurs dans divers environnements opérationnels.
Ce qu’on peut déjà souligner dans le cadre d’une analyse indépendante est que les données issues de SignalTrace peuvent être associées à des observations de véhicules, fournissant aux forces de l’ordre un contexte supplémentaire utile pour identifier des associations répétées, détecter l'apparition de signatures électroniques avec différents véhicules, ou soutenir des enquêtes impliquant des plaques d'immatriculation altérées ou frauduleuses
En gros, la proposition de valeur de SignalTrace repose sur la génération d’un identifiant numérique dit anonyme, mais le problème avec ce type de données informatiques est que l’histoire regorge de cas où les forces de l’ordre en ont fait usage pour remonter à des individus
L’un des récents exemples et les plus illustratifs en la matière est le cas de l’arrestation par le FBI d’un membre présumé du groupe criminel « scattered spider » grâce à un identifiant unique généré par Windows 11.
Cela a été possible en raison de ce que Peter Stokes faisait usage d’un ordinateur tournant sous Windows 11. L’équipe constitué d’éléments de Microsoft et du FBI s’est donc appuyée sur le Global Device Identifier (GDID) de Windows qui est un code d'identification unique attribué par le géant technologique à une installation spécifique du système d'exploitation. Contrairement aux composants physiques, cet identifiant logiciel (qui agit comme une empreinte numérique) permet de lier une machine aux services cloud et à la télémétrie Microsoft.
L’équipe constitué d’éléments de Microsoft et du FBI a obtenu le GDID à partir de l'ordinateur du présumé criminel qui a servi à créer un compte sur l'outil de piratage ngrok. Bien que le compte ait été créé à partir d'une adresse IP VPN se terminant par .168, les registres de Microsoft indiquent que ce même GDID (6755467234350028) a accédé à la page d'inscription de ngrok exactement au moment où le compte a été créé, ce qui a permis d'établir un lien entre ce piratage et ses comptes personnels sur les réseaux sociaux.
Les enquêteurs ont utilisé ce GDID pour suivre et recouper toutes les informations de télémétrie associées à cet appareil en particulier. En établissant des corrélations entre le GDID et les adresses IP, les connexions à des comptes personnels (tels que Facebook ou Snapchat) et d’autres données relatives à l’activité sur Internet, le FBI a pu constituer une solide chaîne de preuves reliant directement le suspect aux activités criminelles.
Aux USA, les directives fédérales en matière de protection de la vie privée ne limitent pas les informations d'identification aux noms. L'Institut national des normes et des technologies (NIST) définit les informations personnelles identifiables comme des données permettant de distinguer ou de retracer l'identité d'une personne, soit seules, soit lorsqu'elles sont associées à des informations pouvant être reliées entre elles. La question essentielle est de savoir si ces données permettent d'identifier une personne en particulier et de la suivre au fil du temps.👉 Accrochez-vous bien, on va franchir une nouvelle étape dans la dystopie Orwelienne qu'est la France de 2026. A partager autour de vous.
— Christophe Boutry (@Ced_haurus) June 28, 2026
Tes AirPods vont bientôt parler aux radars ! Qui vont également aspirer toutes les ondes sur leur chemin pour l'associer à ton…
Les recherches sur les données de mobilité – c'est-à-dire les enregistrements collectés à partir des appareils mobiles des individus et indiquant les lieux où ils se sont rendus – permettent de mieux comprendre ce risque. Une étude publiée dans la revue Scientific Reports a analysé 15 mois d'enregistrements portant sur 1,5 million de personnes.
Quatre points de repère (heure et lieu) ont suffi pour identifier de manière unique 95 % des personnes figurant dans l'ensemble de données. Bien que cette étude n'ait pas testé SignalTrace, elle montre pourquoi des déplacements répétés peuvent rendre identifiable un enregistrement censé être anonyme.
Il y a même aussi que SignalTrace en tant qu’espèce d’extension des caméras Flock doit permettre de reproduire les mêmes violations des droits des populations, c’est-à-dire, servir aux forces de l’ordre d’outil de harcèlement🇺🇸🇮🇹 SignalTrace est un système américain de l'italien Leonardo qui équipe les lecteurs de plaques d’immatriculation de capteurs Bluetooth, Wi-Fi et RFID pour détecter les objets connectés autour des véhicules.
— Alex Xplore (@AlexXplore) June 23, 2026
📡 Le système crée une empreinte électronique unique en associant… pic.twitter.com/5384JIFnbN
Les détracteurs des caméras Flock craignent que cela permette aux agents de police de suivre des véhicules sans mandat, ouvrant ainsi la voie à toute une série d’abus de pouvoir potentiels. Selon une enquête menée par le Washington Post, au moins 50 policiers ont été accusés d’avoir utilisé le système Flock à mauvais escient, la plupart d’entre eux pour espionner les allées et venues de leurs partenaires amoureux ou de leurs ex.
Dans d’autres cas, des policiers ont utilisé Flock pour suivre des femmes ayant subi un avortement — pratique illégale dans plusieurs États américains. Certains ont illégalement transmis des données issues du système à des agents des services d’immigration. Le PDG de Flock, Garrett Langley, a qualifié certains opposants de « terroristes », attisant ainsi la polémique. « Il existe véritablement un incroyable mouvement populaire contre Flock », a déclaré Chad Marlow, conseiller politique principal de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), qualifiant son essor de « stupéfiant ».
Ce mouvement bénéficie d’un soutien tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique, notamment de la part des libertariens. L’ancien présentateur de Fox News et figure de proue du conservatisme, Tucker Carlson, a qualifié les vandales d’« Américains honnêtes et patriotes » qui ne font que « prendre les choses en main ». Partout dans le pays, des groupes locaux font pression sur leurs élus pour qu’ils prennent leurs distances avec Flock.
En août 2025, d'après l'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), une organisation de défense des droits civiques, la société de surveillance Flock a étendu son système national de suivi des plaques d'immatriculation en utilisant l'IA pour signaler à la police toute personne dont elle estime les déplacements « suspects ». Selon l'ACLU, cette évolution marque une escalade inquiétante, car la police passe du simple accès aux données sur les déplacements des véhicules à l'identification et au signalement proactifs d'individus sur la base d'évaluations algorithmiques de leurs déplacements.
Sources : Page de produit SignalTrace, Fiche technique SignalTrace, Publication de recherche sur les données de mobilité
Et vous ?
Pour ou contre la pose à grande échelle de tels dispositifs ?
Partagez-vous les avis selon lesquels l’existence même de tels dispositifs illustre beaucoup plus le degré de surveillance de masse auquel nous sommes exposés via les dispositifs technologiques qui nous entourent ?
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