L'Iran aurait transféré via Binance 1,7 milliard de dollars en cryptomonnaies pour financer le régime et ses alliés militaires malgré les sanctions internationales
Binance aurait ignoré les alertes internes

Un nouveau rapport lève le voile sur l'un des mécanismes de financement du Corps des gardiens de la révolution iranienne (CGRI). Il indique que Binance aurait servi de canal financier pour le régime iranien malgré les sanctions internationales. Selon des rapports internes et des données de la blockchain, des millions de dollars auraient transité par Binance, facilitant notamment le financement du CGRI et de ses alliés militaires. Binance, la plus grande bourse de cryptomonnaies au monde, accumule les démêlés judiciaires pour blanchiment de capitaux. La plateforme avait auparavant plaidé coupable d'avoir enfreint les sanctions contre l'Iran.

Le Bitcoin est une monnaie numérique décentralisée créée en 2009 par un personnage mystérieux surnommé Satoshi Nakamoto, dont la véritable identité échappe à tous jusqu'à ce jour. Le bitcoin permettant des transactions sans intermédiaire bancaire grâce à la technologie blockchain. Son pseudonymat et sa rapidité en font un outil financier révolutionnaire, mais aussi une cible pour des usages illicites et le contournement des sanctions.

Le bitcoin, l'ether et d'autres cryptomonnaies sont utilisés par des criminels pour blanchir des capitaux, en brouillant la traçabilité des fonds via des techniques comme le mixing. Les régulateurs mondiaux tentent d'y répondre en imposant des obligations de vérification d'identité aux plateformes d'échange.

Selon un rapport récent du Wall Street Journal, face aux tensions avec les États-Unis, le régime iranien aurait mis en place un réseau de paiement secret reposant sur Binance afin de maintenir le financement de ses forces militaires et du CGRI. Le rapport indique que le magnat iranien Babak Zanjani a effectué des transactions en cryptomonnaies d’une valeur d’environ 850 millions de dollars pour le compte du CGRI via la bourse controversée Binance.

Le rôle central de Binance dans le financement de l'Iran

Au cœur de ce système se trouve Babak Zanjani, qui se présente lui-même comme un « opérateur antisancions ». (Babak Zanjani est frappé par des sanctions américaines.) Via sa société Zedcex, les fonds issus des acheteurs chinois de pétrole iranien transitaient par des banques en Turquie, puis par le compte Binance d'une filiale basée à Dubaï. Ce compte d'entreprise a enregistré à lui seul environ 830 millions de dollars de transactions en 2024 et 2025.


L'argent était ensuite redirigé vers des portefeuilles numériques liés au CGRI pour payer des fournisseurs, acheter des armes ou être converti en monnaie locale sur des plateformes iraniennes. L'opération était hautement coordonnée, impliquant divers comptes gérés par des proches de Babak Zanjani et accessibles depuis les mêmes appareils. Parallèlement à Babak Zanjani, d'autres individus auraient également mené d'autres opérations financières.

Dans le cas des opérations menées par Babak Zanjani, les experts estiment que sur les 850 millions de dollars générés par son réseau, environ 425 millions ont directement transité par Binance pour financer l'armée iranienne. D'autres transferts colossaux ont été identifiés, dont 260 millions de dollars de transactions directes en 2024 et 2025 entre des comptes Binance et des entités iraniennes sanctionnées ou liées au financement du terrorisme.

De plus, les enquêteurs ont relevé que la banque centrale d'Iran a réussi à transférer 107 millions de dollars vers Binance en 2025. Au total, ce sont environ 1,7 milliard de dollars qui auraient circulé via Binance vers un réseau de financement de l'État iranien. Ces fonds auraient permis de financer des milices alliées au Moyen-Orient, telles que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis. Les transactions se seraient poursuivies jusqu'en décembre 2025.

Binance a déclaré qu'il semble que la grande majorité de ces transactions n'aient aucun lien avec la plateforme Binance. Un porte-parole de l'entreprise a ajouté que Binance n'autorisait aucune transaction avec des personnes ou des portefeuilles soumis à des sanctions, et qu'elle prenait les mesures appropriées lorsqu'elle découvrait des comptes sanctionnés. Binance a toutefois refusé de répondre aux questions sur les transactions spécifiques en cause.

Défaillances internes et réactions face aux accusations

D'anciens employés de la conformité ont signalé que les dirigeants avaient dressé des obstacles internes pour empêcher la surveillance de certains comptes sensibles. De son côté, Binance nie catégoriquement avoir autorisé des transactions directes avec des entités sanctionnées et conteste l'exactitude de ces montants. Un porte-parole a également déclaré que l'entreprise applique une politique de tolérance zéro envers les activités illicites.

Plus tôt cette année, Binance a poursuivi le Wall Street Journal pour diffamation à la suite d'articles précédents sur un présumé blanchiment d'argent lié à l'Iran. Le sénateur démocrate Richard Blumenthal a récemment ouvert une enquête sur d'éventuelles violations des sanctions concernant Binance.

Ces violations ont été révélées par les enquêteurs internes de la société. « Binance semble avoir ignoré les avertissements visant à empêcher les manœuvres de blanchiment d'argent iraniennes sur sa plateforme d'échange de cryptomonnaies », a écrit le sénateur Richard Blumenthal. La plateforme iranienne Nobitex a été associée à la blockchain BNB Chain développée par Binance, ainsi qu’à une autre blockchain appelée Tron, créée par Justin Sun.

Justin Sun et Binance sont tous deux des soutiens de la société de cryptomonnaies de Donald Trump, World Liberty Financial. En 2023, Changpeng Zhao, cofondateur de Binance, a été incarcéré pour des accusations de blanchiment d'argent liées aux sanctions contre l'Iran, mais il a été gracié l'année dernière par Donald Trump. Binance a accepté de payer une amende de 4,3 milliards de dollars et de reconnaître avoir enfreint les sanctions américaines.

Binance aurait détecté ces activités, mais le compte principal de Babak Zanjani a continué à fonctionner pendant 15 mois et était toujours ouvert en janvier 2026. « Les enquêteurs de Binance ont estimé que ces comptes constituaient un réseau de blanchiment d’argent destiné à financer le régime », indique le rapport du Wall Street Journal. En 2023, l'entreprise aurait également fait l'objet d'une enquête pour violation des sanctions contre la Russie.

Les cryptomonnaies peinent à tenir leurs promesses initiales

La première idée reçue lorsqu’on aborde l’univers des cryptomonnaies est celle de l’ouverture sur un système financier prétendument décentralisé. En d’autres termes, la possibilité de s’affranchir des banques. En pratique, une part significative des infrastructures, des flux de liquidité et du pouvoir de décision reste concentrée entre quelques acteurs dominants, qu’il s’agisse de plateformes d’échange, de développeurs ou d’intermédiaires techniques.

Cette concentration limite la portée réelle de la décentralisation souvent mise en avant dans le discours promotionnel. Elle expose également l’écosystème à des risques systémiques comparables à ceux de la finance traditionnelle, tout en réduisant la résilience et la transparence supposées du modèle.

En dépit des illusions et des discours des promoteurs, plusieurs intervenants sur ce marché finissent par se rendre compte que cette sphère ressemble plus à un casino en ligne où prévalent spéculation et compétition, entraînant la perte d’argent des participants plutôt qu’une amélioration du système financier. C’est ce que rapporte Ken Chang de son vécu en tant qu’intervenant de la filière dans laquelle il déclare sans détour avoir perdu 8 ans.

Son analyse montre que les cryptomonnaies peinent à tenir leurs promesses initiales parmi lesquelles on retrouve leur utilisation en tant que monnaie numérique décentralisée mondiale, leur stabilité en tant que réserve de valeur et leur capacité à fonctionner sans nécessiter de réglementation importante.

Selon le rapport de Ken Chang, ingénieur logiciel, la lenteur des transactions et leur coût comptent parmi les facteurs qui rendent les cryptomonnaies peu pratiques pour les petites transactions quotidiennes, surtout comparé aux systèmes de paiement traditionnels comme Visa. La forte volatilité des prix vient s’ajouter au facteur précédent pour disqualifier les cryptomonnaies comme moyen d’échange généralisé et comme réserve de valeur fiable.

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