L'IA fait son entrée à Princeton, où 30 % des étudiants trichent. Le corps enseignant de Princeton impose la surveillance des examens en présentiel à partir du 1er juillet
mettant fin à 133 ans de tradition

L'université de Princeton fait face à une crise de l'intégrité académique. Près de 30 % des étudiants admettent avoir eu recours à la tricherie lors des examens, principalement en utilisant l'IA. Le code d'honneur historique, fondé sur la surveillance entre pairs plutôt que sur celle des enseignants, s'érode, car les étudiants rechignent à dénoncer leurs camarades. La facilité d'accès aux outils d'IA sur smartphone permet une tricherie discrète. Pour contrer ce phénomène, l'établissement a voté le retour de la surveillance des examens par le corps enseignant dès juillet 2026. Cette situation illustre comment l'IA nuit à l'apprentissage réel et facilite la tricherie.

Depuis 1893, les étudiants de Princeton respectent un code d’honneur lors de leurs examens. Depuis son instauration, « la surveillance par les enseignants était explicitement interdite », car le système reposait sur un pacte de confiance où les étudiants s'engageaient à ne pas tricher et à signaler les éventuelles fraudes de leurs camarades. Mais l'essor de l'IA a ébranlé cette tradition vieille de 133 ans au point que l'université a voté sa modification.

L'Université de Princeton va obliger ses professeurs à surveiller les examens en présentiel à partir du 1er juillet. Désormais, tous les examens en présentiel seront surveillés, une décision prise après « des mois de délibération » sur la manière de lutter contre la tricherie et l’utilisation croissante des outils d'IA par les étudiants. Selon le Daily Princetonian, il s'agit du « changement le plus important apporté au système d’honneur depuis sa création ».

L'effondrement de la culture de la dénonciation à l'ère de l'IA

Ce changement de politique est principalement motivé par l'émergence de l'IA générative et l'accès facile aux téléphones portables pendant les épreuves. Ces technologies ont considérablement abaissé la barrière de la triche tout en la rendant plus discrète et difficile à observer. Une enquête de 2025 a révélé qu'environ 29,9 % des étudiants de dernière année admettaient avoir triché, une proportion qui grimpe à 40,8 % chez les étudiants en ingénierie.

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Ces chiffres varient selon les filières. Selon le rapport, les étudiants en licence de sciences de l’ingénierie ont admis avoir triché dans 40,8 % des cas, contre « seulement » 26,4 % des étudiants en licence de lettres. Et d'après les données de l'étude, la plupart de ces tricheries sont le fait de l'IA générative.

« Les étudiants de premier cycle et le corps enseignant sont réalistes et comprennent que la présence d’un surveillant lors des examens n’éliminera pas la tricherie », indique la proposition qui a été votée. « Cependant, ils estiment que cela aura un effet dissuasif important et que la présence d’un témoin supplémentaire dans la salle réduira la pression sur les étudiants pour qu’ils signalent tout problème pendant qu’ils passent eux-mêmes leurs examens ».

L'ancien système est également devenu inefficace, car les étudiants refusent de plus en plus de signaler les infractions de leurs pairs. L'enquête de 2025 indique que près de 45 % des étudiants de dernière année ont été témoins de violations du code d'honneur sans les dénoncer. Cette loi du silence est aggravée par les réseaux sociaux, des étudiants craignant de subir du harcèlement en ligne ou d'être ostracisés par leur groupe social s'ils se manifestent.

Le nouveau rôle d'observateur pour les enseignants

Jill Dolan, professeure d’anglais et de théâtre, a déclaré au Daily Princetonian : « je trouve cela regrettable, mais c’est nécessaire. Je comprends toutefois pourquoi cette mesure a été adoptée. Je pense que nous avons besoin de nouvelles pratiques à notre époque, mais cela marque tout de même un tournant ». Sur les réseaux sociaux, certains ont déploré l’évolution de la culture au sein de l’université, qualifiant cette décision de « triste » pour l'école.

Elad Hazan, professeur d’informatique à Princeton et directeur et cofondateur de Google AI Princeton, a déclaré qu'il faut enseignant la responsabilité aux étudiants. Il a écrit : « ce serait un jour triste si Princeton remplaçait la tradition de confiance du Code d’honneur par une surveillance pour tous les examens en présentiel. Nous ne devrions pas abandonner nos étudiants, mais continuer à leur enseigner la confiance et la responsabilité ».

Malgré le retour des professeurs dans les salles d'examen, ces derniers auront pour consigne de ne pas intervenir directement pour interrompre une triche en cours. Leur rôle consistera à agir comme des témoins supplémentaires : ils observeront, prendront des notes et soumettront un rapport au comité d'honneur. Ce comité, géré par des étudiants, continuera de mener des audiences confidentielles dont la sanction maximale peut aller jusqu'à l'expulsion.

Selon les experts, l'IA pourrait accentuer la baisse du niveau des apprenants. Par exemple, les États-Unis ont déjà pris beaucoup de retard en mathématiques, à tel point que l'université de Californie à San Diego a lancé un cours de rattrapage, car de nombreux nouveaux étudiants ne maîtrisaient pas les mathématiques du niveau collège. Certains étudiants se tournent vers les chatbots pour terminer leurs cours sans apprendre eux-mêmes la matière.

Il existe déjà de plus en plus de preuves que le recours à l'IA peut nuire aux capacités de réflexion critique, une aptitude que l'on souhaite développer chez les enfants, du moins pendant les heures de classe. Selon des études, les gens se déchargent des tâches cognitives les plus difficiles et s'appuient sur l'IA comme raccourci lorsqu'elle est disponible, ce qui finit par nuire à leur capacité à accomplir ces tâches lorsqu'ils ne disposent pas de cet outil.

Les universités restreignent souvent l'utilisation de l'IA

Certaines écoles interdisent purement et simplement l'utilisation de l'IA ou la soumettent à des restrictions. Les étudiants ont été parmi les premiers à adopter ChatGPT après son lancement à la fin de l'année 2022, constatant rapidement qu'ils pouvaient terminer leurs dissertations et leurs devoirs en quelques secondes. Depuis lors, de nombreux enseignants s'efforcent d'identifier et de sanctionner l'utilisation de l'IA par leurs élèves dans le cadre du travail.


Aujourd'hui, la situation s'est quelque peu inversée. Les étudiants se rendent sur des sites tels que « Rate My Professors » pour se plaindre de l'utilisation ou de la surutilisation de l'IA par leurs enseignants. En outre, ils estiment que l'utilisation de l'IA par leurs enseignants porte atteinte aux frais qu'ils paient pour recevoir un enseignement de qualité dispensé par des experts humains plutôt que par une technologie qu'ils pourraient utiliser gratuitement.

En raison des plaintes des enseignants et des étudiants, certains responsables scolaires ont pris des mesures. Selon la politique de l'université Northeastern en matière d'IA, tout enseignant ou étudiant doit « fournir une attribution appropriée lorsqu'il utilise un système d'IA pour générer un contenu qui est inclus dans une publication savante, ou soumis à toute personne, publication ou autre organisation qui exige l'attribution de la paternité du contenu ».

La politique de l'université Northeastern contient également cette déclaration : « les personnes qui utilisent la technologie doivent vérifier régulièrement l'exactitude et l'adéquation des résultats du système d'IA à l'objectif, et réviser/mettre à jour les résultats le cas échéant ».

Dès janvier 2023, la prestigieuse université parisienne Sciences Po a banni l’usage de ChatGPT et des outils assimilés, invoquant les risques de « fraude et plagiat ». Dans un courriel adressé à tous, la direction a rappelé que « sans référence explicite, les étudiants ont interdiction d’utiliser ce logiciel pour tout travail écrit ou présentation », hors activités encadrées par un enseignant. Des sanctions jusqu’à l’exclusion ont même été envisagées en cas d’entorse​.

Sources : proposition sur le retour de la surveillance des examens (PDF), rapport d'étude

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