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    Chroniqueur Actualités

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    Par défaut Palantir, DOGE, Thiel : quand la Silicon Valley cesse de prétendre être neutre et assume ouvertement
    « La prochaine guerre, tout le monde doit en partager le coût » : Palantir Technologies, qui pilote l'IA militaire américaine,
    publie un manifeste belliciste, et les réseaux s'enflamment

    Palantir Technologies n'a pas attendu la fin des combats en Iran pour prendre position. En publiant ce week-end sur X un résumé de l'idéologie de son PDG Alex Karp, la société spécialisée dans les logiciels de surveillance et de ciblage militaire a plaidé ouvertement pour que nul n'échappe au risque de la prochaine guerre, au moment précis où Washington réforme en silence son système d'enregistrement au service sélectif. Une coïncidence que peu d'observateurs sont prêts à croire.

    L'entrée en matière se voulait presque anodine. « Parce qu'on nous pose souvent la question », a écrit Palantir Technologies sur X ce week-end, avant de dérouler un texte d'un millier de mots résumant les grandes lignes de The Technological Republic, l'ouvrage co-signé en 2025 par le PDG Alex Karp et Nicholas Zamiska, directeur des affaires institutionnelles de l'entreprise. Le livre se présente lui-même comme « l'amorce d'une théorie » justifiant la raison d'être de Palantir (un critique avait estimé qu'il ne s'agit « non pas un livre, mais du matériel commercial d'entreprise »).

    Peu importe la forme : le fond, lui, est sans équivoque. Les 22 points couvrent un spectre idéologique vertigineux, du rôle « moral » de la Silicon Valley dans la défense nationale à la nécessité de « résister au pluralisme de façade » (qui prétend accueillir toutes les cultures et toutes les valeurs sans jamais en hiérarchiser aucune, au point de perdre toute substance identitaire. C'est une critique conservatrice classique du multiculturalisme libéral), en passant par l'affirmation que « la puissance dure de ce siècle sera construite sur des logiciels », que l'ère atomique touche à sa fin au profit d'une « nouvelle dissuasion fondée sur l'IA », ou encore que « le désarmement d'après-guerre de l'Allemagne et du Japon doit être défait » et que « le pacifisme japonais menace de modifier l'équilibre des puissances en Asie ».

    C'est le point 6, toutefois, qui a mis le feu aux poudres : « Le service national devrait être un devoir universel. Nous devrions, en tant que société, envisager sérieusement d'abandonner l'armée de métier et de n'engager la prochaine guerre que si tout le monde en partage le risque et le coût. » La formulation est délibérément large ; Palantir ne réclame pas explicitement la conscription militaire, mais remet en cause le principe même d'une armée professionnelle où une minorité de volontaires porte seule le fardeau des conflits.

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    Le contexte : une guerre et une réforme de la conscription

    Cette sortie n'intervient pas dans un vacuum. Elle s'inscrit dans le contexte du conflit avec l'Iran, désormais dans sa huitième semaine, qui a débuté le 28 février par des frappes américano-israéliennes déclenchant une escalade régionale marquée par des échanges de missiles, des accrochages navals et un blocus américain des ports iraniens. Donald Trump a multiplié les avertissements, menaçant à plusieurs reprises de « détruire l'ensemble du pays » si Téhéran refusait de négocier.

    Parallèlement, la mécanique administrative de la conscription s'est remise en mouvement côté américain. Le Selective Service System a soumis le 30 mars une règle visant à enregistrer automatiquement les hommes éligibles dans le vivier de la conscription d'ici décembre 2026, conformément à une autorisation du Congrès inscrite dans le National Defense Authorization Act pour l'exercice fiscal 2026. Les hommes de 18 à 25 ans seront ainsi inscrits d'office, sans démarche individuelle de leur part. L'objectif affiché est de pallier la baisse du taux d'enregistrement volontaire et d'améliorer l'efficacité du système en cas d'activation d'une conscription réelle.

    Aucune proposition législative allant dans le sens d'un service national obligatoire pour tous n'est en cours d'examen au Congrès. Mais la simultanéité entre cette réforme administrative et le manifeste de Palantir n'a pas échappé aux observateurs : rarement une entreprise privée s'était exprimée de façon aussi explicite sur les choix militaires fondamentaux d'une nation, au moment précis où ces choix commençaient à se reposer concrètement.

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    Palantir : un prestataire devenu acteur politique

    Pour mesurer la portée de ce post, il faut comprendre qui est réellement Palantir. Fondée en 2003, la société développe des plateformes d'analyse de données massives à destination des gouvernements, agences de renseignement, armées et grandes entreprises. Son portefeuille comprend trois produits structurants : Gotham, dédié au renseignement militaire et à la lutte antiterroriste ; Foundry, orienté vers la gestion des données d'entreprise ; et Apollo, le système de déploiement logiciel sur réseaux sécurisés et distribués.

    La société a décroché des contrats majeurs avec le Pentagone, dont une participation au programme Project Maven, ce projet d'IA appliquée au ciblage militaire et à la surveillance qui avait provoqué une fronde interne spectaculaire chez Google en 2018. Palantir, elle, l'avait accepté sans la moindre hésitation.

    Depuis l'entrée en fonctions de Donald Trump pour son second mandat, le portefeuille de contrats fédéraux de Palantir a connu une croissance explosive, atteignant 970 millions de dollars en 2025, soit presque le double de l'année précédente. La société a franchi pour la première fois le seuil du milliard de dollars de chiffre d'affaires trimestriel. Parmi ces contrats figure notamment un accord de 30 millions de dollars avec ICE pour concevoir un système baptisé « ImmigrationOS », destiné à optimiser les procédures d'expulsion et à sélectionner des cibles d'arrestation.

    Des élus démocrates ont récemment adressé une lettre à ICE et au Department of Homeland Security pour exiger des informations sur l'utilisation des outils de Palantir dans la stratégie de déportation massive de l'administration Trump. La société, qui a toujours rejeté les accusations de surveillance de masse, se retrouve au cœur d'un débat croissant sur la frontière entre outil technologique et instrument de politique publique.

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    « La guerre est maintenant définie par le logiciel »

    Le directeur technique de Palantir a lui-même déclaré en mars 2026 voir dans le conflit iranien « le premier grand conflit piloté par l'IA », une formule triomphaliste qui a été relevée avec malaise par les organisations de défense des droits humains, compte tenu des accusations persistantes contre la société concernant son rôle dans des systèmes de ciblage utilisés à Gaza.

    Dans son manifeste sur X, Palantir affirme que « la question n'est pas de savoir si des armes dotées d'IA seront construites, mais qui les construira et dans quel but », ajoutant que « nos adversaires ne s'arrêteront pas pour s'adonner à des débats théâtraux sur les mérites des technologies à applications militaires critiques ». L'argument est connu, c'est celui qui a servi à justifier Project Manhattan, puis la course aux armements nucléaires. Appliqué à l'IA, il sert ici à court-circuiter tout débat éthique au nom de l'urgence stratégique.

    Des commentateurs dans la presse spécialisée et les milieux des droits numériques ont mis en évidence la contradiction entre les discours publics de Palantir sur « l'IA éthique dans les systèmes d'aide à la décision militaire » et son ton triomphateur concernant des campagnes de frappe à haute cadence assistées par IA, y voyant la preuve que la vitesse et la « productivité » sont prioritaires sur la protection des civils.

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    Un texte aux accents idéologiques assumés

    Au-delà du seul point sur le partage du risque de guerre, l'intégralité du document mérite une lecture attentive. Le texte affirme que « certaines cultures ont produit des avancées décisives, tandis que d'autres restent dysfonctionnelles et régressives », critique la résistance de l'Occident à « définir les cultures nationales au nom de l'inclusivité » et appelle à « résister à la tentation creuse d'un pluralisme de façade ». Il défend les milliardaires « qui tentent de construire là où le marché a échoué à agir », une référence à peine voilée à Elon Musk, et dénonce « l'intolérance des élites envers la croyance religieuse ».

    Eliot Higgins, fondateur de Bellingcat, a réagi en soulignant que ces 22 points ne « flottent pas dans l'espace philosophique » : ils constituent l'idéologie publique d'une société dont le modèle économique dépend précisément de la politique qu'elle défend. « Il est aussi utile d'être clair sur qui tient ce discours », a-t-il ajouté. « Palantir vend des logiciels opérationnels à des agences de défense, de renseignement, d'immigration et de police. »

    Un analyste a formulé une synthèse plus large : le post de Palantir représente « le tournant nationaliste » de la Big Tech, qui agit désormais explicitement comme agent d'un État-nation, ce qui valide rétrospectivement l'approche de souveraineté numérique défendue par la Chine, la Russie ou la Turquie. « On ne peut plus accuser un État d'être autoritaire simplement parce qu'il restreint ou interdit un logiciel. Les libertés de l'internet mondial, autrefois soutenues par le Département d'État américain, sont mortes. »

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    La réaction : indignation, analyse froide et ironie

    Le backlash a été immédiat, sur X comme sur Reddit. L'analyste géopolitique Simon Dixon a averti que « le Premier et le Second Amendement ne règleront pas ce que Palantir vous prépare », estimant que la société avait « testé en version bêta un État de surveillance totale et une technologie d'arrestation préventive au Royaume-Uni et à Gaza » avec l'intention de les déployer à l'échelle mondiale.

    Whitney Baker, directrice des investissements chez Totem Macro, a formulé une critique plus structurée : le manifeste « confond fondamentalement le capitalisme méritocratique avec un impérialisme non méritocratique ». Pour elle, « l'un est démocratique, par consentement ; l'autre est autoritaire, par la force. Ce ne sont pas les mêmes choses », et soutenir des guerres par choix politique « n'est pas une responsabilité morale » pour les citoyens d'un gouvernement qui mène ces conflits dans son propre intérêt.

    Engadget a été plus direct encore, titrant que Palantir avait « publié un manifeste qui ressemble aux divagations d'un méchant de bande dessinée », pointant la bizarrerie d'un texte qui passe sans transition de la question du partage du risque de guerre à la défense des milliardaires en passant par le reproche fait à la Silicon Valley de s'être contentée de produire des iPhone plutôt que de servir la nation.

    En effet, Palantir déclare dans son point 2 : «Nous devons nous rebeller contre la tyrannie des applications. L'iPhone est-il notre plus grande réalisation en tant que civilisation ? L'objet a changé nos vies, mais il limite peut-être aussi notre sens du possible. » L'idée est que la Silicon Valley s'est contentée de produire des gadgets de consommation (applications, smartphones) alors qu'elle devrait viser plus haut, notamment en matière de défense et de « grand réci t» national. C'est une critique interne à la tech, il ne s'agit pas d'une critique de l'iPhone en tant que produit.

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    Un conflit d'intérêts structurel

    Ce qui rend l'épisode véritablement inédit, c'est moins la teneur des opinions exprimées (Alex Karp a toujours cultivé le personnage du provocateur intellectuel) que le fait qu'une société cotée en bourse, liée par des contrats de près d'un milliard de dollars à l'État fédéral, publie un manifeste politique en bonne et due forme au moment précis où les institutions débattent de la réforme du système de conscription.

    La question que posent les critiques est celle du conflit d'intérêts structurel : une entreprise qui tire l'essentiel de ses revenus de contrats militaires et de surveillance a tout intérêt à ce que les guerres soient nombreuses, longues et technologiquement intensives. Plaider pour que l'ensemble de la société partage le risque de guerre, c'est plaider pour un appareil de défense plus vaste et donc pour un marché potentiellement plus large pour ses propres plateformes. L'idéologie et le carnet de commandes pointent ici dans exactement la même direction.

    Le gouvernement américain n'a, à ce stade, donné aucun signal indiquant qu'il envisagerait de légiférer dans le sens du manifeste de Palantir. Mais dans un contexte de guerre active, d'automatisation croissante des systèmes d'armes et d'imbrication toujours plus profonde entre industrie technologique et appareil d'État, ce texte ne ressemble pas à un simple exercice de communication corporate. Il ressemble à un programme politique, formulé par une entreprise que personne n'a élue, et qui n'a de comptes à rendre qu'à ses actionnaires.

    Source : Palantir

    Et vous ?

    Jusqu'où va le conflit d'intérêts ? Une entreprise dont le chiffre d'affaires dépend directement du volume de contrats militaires peut-elle légitimement plaider pour une extension de l'effort de guerre national, ou cette position est-elle par définition suspecte ?

    L'IA militaire mérite-t-elle un débat démocratique ? Palantir soutient que ses adversaires « n'attendront pas » que les démocraties terminent leurs débats éthiques. Cette logique de l'urgence est-elle compatible avec l'exigence de contrôle démocratique des armes autonomes — ou constitue-t-elle précisément le mécanisme par lequel ce contrôle est contourné ?

    Le manifeste révèle-t-il un basculement sectoriel plus large ? Alors qu'OpenAI, Microsoft et Google multiplient eux aussi leurs contrats de défense, Palantir est-elle un cas isolé ou la pointe visible d'un basculement idéologique de l'ensemble de l'industrie technologique américaine vers un nationalisme technologique assumé ?

    Partage du risque et inégalités numériques : si une forme de service obligatoire voyait le jour, les ingénieurs logiciels seraient-ils orientés vers des missions cyber plutôt que combattantes, consacrant de fait une hiérarchie des risques selon le profil technique des appelés ?

    Quelle responsabilité pour les prestataires de défense-tech ? L'affaire Palantir repose avec acuité la question du cadre légal encadrant les sociétés privées qui participent à des décisions létales : responsabilité juridique, transparence algorithmique, recours pour les victimes civiles.
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  2. #2
    r0d
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    Ce qui est en train de ce passer à l'échelle internationale est intéressant. C'est un mélange de Farenheit 451, de Terminator et de 1984. C'est à croire que les Grand Chefs de l'humanité ont utilisé les pires (ou les meilleures selon le point de vue) dystopies comme des manuels d'utilisation.
    « [...] en ce qui concerne la doctrine selon laquelle les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles d'un carré, si elle avait été contraire au droit de dominer de quelqu'un, ou à l'intérêt de ceux qui dominent, je ne doute pas qu'elle eût été, sinon débattue, en tout cas éliminée en brûlant tous les livres de géométrie [...] »
    Thomas Hobbes, Léviathan, Chapitre 11

  3. #3
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    Et dans une euphorie à peine voilée ...

  4. #4
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    Je me repassais des extraits de Rupert Murdoch datant du milieu des années 2000 l'autre jour. Cette doctrine, ça fait fort longtemps qu'on nous la pitche.

  5. #5
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    Par défaut Palantir, DOGE, Thiel : quand la Silicon Valley cesse de prétendre être neutre et assume ouvertement
    Palantir, DOGE, Thiel : quand la Silicon Valley cesse de prétendre être neutre et assume ouvertement son projet de colonisation des États démocratiques.
    Les implications pour les ingénieurs et les décideurs qui déploient ses outils

    En publiant un résumé en 22 points de leur livre The Technological Republic, le PDG de Palantir Alex Karp et son directeur des affaires corporatives Nicholas Zamiska ont déclenché un tollé mondial. Ce qui se présente comme une réflexion philosophique sur la défense de l'Occident ressemble, pour ses détracteurs les plus sévères, à un manifeste idéologique appelant à la militarisation de l'IA, à la hiérarchisation des cultures et à la colonisation des institutions publiques par les grandes firmes technologiques. Pour l'économiste Yanis Varoufakis, ce texte incarne l'acte de naissance d'un régime inédit qu'il nomme le « techlordisme », une construction lexicale combinant « Tech » (technologie/technocratie) et « Lord » (seigneur/maître), évoquant une forme de domination ou de souveraineté exercée par les acteurs technologiques.

    Le week-end du 19 avril 2026, Palantir Technologies a publié sur X une longue série de posts résumant les thèses centrales de The Technological Republic, le livre co-écrit par son PDG Alex Karp. Intitulé « Parce qu'on nous pose souvent la question. La République Technologique, en bref », ce fil a rapidement dépassé les 21 millions de vues, dominé par une vague d'indignation face au bellicisme du texte et à la manière dont l'élite de la Silicon Valley entend dicter à la société son rapport aux technologies militaires et au devoir national.

    Le document en 22 points décrit une vision qui met en avant le service national, la préparation militaire et le rôle des entreprises technologiques dans la défense. Il affirme que l'élite d'ingénieurs de la Silicon Valley a une « obligation affirmative » envers la défense nationale, et pose le développement des armes à intelligence artificielle comme inévitable, reformulant la question non pas en termes de légitimité mais de paternité : qui les construira, et dans quel but ?

    Le texte va plus loin. Il soutient que les grandes entreprises technologiques américaines ont une « dette morale » envers les États-Unis, lesquels auraient besoin d'une « puissance dure » alimentée par des logiciels de pointe pour maintenir leur domination mondiale. Plus controversé encore, le manifeste affirme que certaines cultures ont produit des avancées vitales tandis que d'autres « restent dysfonctionnelles et régressives », une formulation qui a immédiatement été interprétée comme du suprémacisme civilisationnel.

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    Palantir : une entreprise profondément enracinée dans les appareils d'État

    Pour comprendre pourquoi ce texte n'est pas qu'un exercice de communication, il faut rappeler ce qu'est réellement Palantir. Fondée en 2003 par Alex Karp et Peter Thiel, avec le soutien d'In-Q-Tel (le bras de capital-risque de la CIA), l'entreprise a bâti son activité initiale sur les opérations de renseignement post-11 septembre et est aujourd'hui l'un des prestataires mondiaux d'analyse de données les plus influents, avec des contrats majeurs auprès de gouvernements, d'armées et de grandes entreprises.

    Sa trajectoire commerciale récente donne la mesure de sa pénétration institutionnelle. Selon les résultats publiés début 2026, les revenus gouvernementaux américains de Palantir ont progressé de 66 % pour atteindre 570 millions de dollars sur un trimestre, contribuant à un chiffre d'affaires total de 1,41 milliard de dollars. Ce n'est pas une entreprise qui vend des idées en marge du pouvoir : c'est une entreprise dont les logiciels sont au cœur de décisions militaires, sanitaires et sécuritaires dans plusieurs démocraties occidentales.

    Ses plateformes alimentent la machine de déportation d'ICE, l'agence américaine de contrôle de l'immigration, permettant un pistage de masse et des raids sur des migrants et demandeurs d'asile que des organisations comme Amnesty International ont condamnés comme facilitant de graves violations des droits humains. En Grande-Bretagne, 168 structures du NHS avaient signé pour le déploiement de la plateforme fédérée de données Palantir fin février 2026, avec 123 établissements déjà opérationnels. L'entreprise totalise plus de 500 millions de livres sterling de contrats publics au Royaume-Uni, dont un accord de 330 millions de livres avec le NHS sur sept ans.

    La réaction du monde académique et politique : « technofascisme »

    La réception du manifeste a été fracassante. Mark Coeckelbergh, philosophe belge de la technologie à l'Université de Vienne, a qualifié le message de Palantir « d'exemple de technofascisme ». Cas Mudde, politologue néerlandais spécialiste de l'autoritarisme, l'a décrit comme « l'une des choses les plus effrayantes qu'il ait vues depuis longtemps », affirmant qu'il appelle à « un monde dominé par les États-Unis autoritaires, généré par l'IA et piloté par des sociétés de surveillance technologique ».

    Eliot Higgins, fondateur de Bellingcat, a pour sa part souligné qu'il ne fallait pas lire ce texte comme de la philosophie flottant dans l'abstrait : « Palantir vend des logiciels opérationnels à la défense, au renseignement, à l'immigration et aux services de police. Ces 22 points ne sont pas de la philosophie en suspension dans les airs, c'est l'idéologie publique d'une entreprise dont les revenus dépendent de la politique qu'elle promeut. »

    L’analyste français Christophe Boutry a parlé de « privatisation de la souveraineté ». L’organisation britannique Labour Digital Rights Network a déclaré que « les monopoles technologiques non responsables n’ont aucun mandat démocratique ».

    En Grande-Bretagne, les réactions parlementaires ont été immédiates. L'eurodéputé libéral-démocrate Martin Wrigley a décrit le manifeste comme « soit une parodie de film RoboCop, soit un délire narcissique perturbant d'une organisation arrogante », ajoutant que l'éthique de Palantir est « totalement inadaptée au travail sur des projets gouvernementaux impliquant les données privées les plus sensibles des citoyens ». Des parlementaires libéraux-démocrates, travaillistes et verts ont formellement réclamé une révision des contrats publics de Palantir au Royaume-Uni, incluant l'accord avec le NHS, des conventions avec le ministère de la Défense et des contrats policiers.

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    Le « techlordisme » selon Varoufakis : une nouvelle idéologie dominante

    C'est dans ce contexte que l'économiste grec Yanis Varoufakis, ancien ministre des Finances de Grèce et auteur de Technoféodalisme, a publié une analyse qui dépasse la simple réaction au manifeste Palantir pour en faire le symptôme d'une mutation idéologique profonde.

    Sa thèse est la suivante : le néolibéralisme, né des cendres des accords de Bretton Woods, avait pour fonction d'offrir une couverture pseudo-scientifique à la libéralisation du capital financier. Il sanctifiait le marché comme instance infaillible, même lorsque Wall Street faisait s'effondrer les économies mondiales. Cette idéologie est aujourd'hui à bout de souffle. Ce qui émerge à sa place, Varoufakis l'appelle le « techlordisme » : une nouvelle idéologie dont la vocation est de légitimer non plus la circulation des capitaux financiers, mais la colonisation de l'ensemble des activités humaines par ce qu'il nomme le « capital-cloud », ces machines algorithmiques en réseau qui octroient à leurs propriétaires un pouvoir inédit de modifier les comportements.

    Cette colonisation opère selon lui sur trois fronts. D'abord, remplacer les humains imparfaits par des algorithmes dans tous les domaines, de la médecine à l'éducation, afin d'accumuler des rentes numériques. Ensuite, coloniser l'État : privatiser les données publiques, s'insérer dans les administrations fiscales, les systèmes de santé et les appareils militaires, ce que DOGE d'Elon Musk et Palantir de Peter Thiel ont, selon lui, déjà largement accompli. Enfin, coloniser Wall Street elle-même, en fusionnant le capital-cloud avec les services financiers pour créer une finance algorithmique hors marchés traditionnels.

    Sur le plan idéologique, le techlordisme opère une mutation du transhumanisme, comme le néolibéralisme avait muté le libéralisme classique. Il substitue à l'Homo Economicus néolibéral un « HumAIn », un continuum humain-IA, et remplace le marché divin par l'algorithme divin, rendant les marchés décentralisés obsolètes au profit d'une logique de correspondance centralisée à la manière d'Amazon.

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    Une idéologie déjà inscrite dans le code, les contrats et les missiles

    Ce qui rend l'analyse de Varoufakis particulièrement préoccupante, c'est qu'il ne s'agit pas d'une projection futuriste. Les éléments constitutifs du techlordisme sont déjà opérationnels. Palantir équipe les Marines américains de systèmes d'aide à la décision létale. La société a fourni sa technologie à l'armée israélienne pendant sa campagne militaire à Gaza. Elle fournit à l'ICE les outils de pistage qui alimentent les expulsions de masse. Elle gère les données de santé de millions de patients britanniques. Des anciens employés ont publié une lettre ouverte avertissant que « Palantir a abandonné ses idéaux fondateurs » et que ses promesses initiales de protection contre la discrimination et la désinformation « ont maintenant été violées ».

    Alex Karp lui-même a décrit la mission de Palantir comme consistant à « effrayer les ennemis et, à l'occasion, à les tuer ». Ce n'est pas une posture marketing : c'est la description d'un modèle d'affaires dont la rentabilité dépend directement de la conflictualité mondiale et de la capacité des États à déléguer leurs fonctions régaliennes les plus sensibles à des acteurs privés.

    Le manifeste appelle aussi à résister à ce qu'il nomme le « pluralisme vide et creux », à revenir sur la « neutralisation d'après-guerre de l'Allemagne et du Japon », et à traiter le service national comme un « devoir universel ». La parlementaire britannique Victoria Collins a résumé le sentiment de nombreux observateurs en déclarant « qu'une entreprise qui affiche de telles motivations idéologiques et un tel mépris de l'État de droit démocratique n'a rien à faire près de nos services publics ».

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    Ce que cela implique pour les professionnels du numérique

    Pour la communauté informatique, ce débat n'est pas abstrait. Il pose des questions concrètes sur la responsabilité des ingénieurs, des architectes de systèmes et des décideurs qui déploient ou intègrent des technologies Palantir dans leurs organisations. Quand une entreprise affiche publiquement une idéologie qui embrasse la hiérarchie culturelle, la militarisation algorithmique et le contournement des débats démocratiques, que signifie continuer à signer ses contrats ?

    Mudde a recommandé que les démocraties européennes développent un plan d'action pour mettre fin à leur dépendance à Palantir dans leurs infrastructures de sécurité. C'est sur ce terrain, celui de la souveraineté technologique, que la question se pose le plus crûment : peut-on construire des États de droit sur des fondations logicielles contrôlées par des entreprises qui théorisent leur propre affranchissement de tout contre-pouvoir démocratique ?

    Varoufakis conclut sur une note sombre : le techlordisme n'est pas une hypothèse, c'est une idéologie déjà inscrite dans des lignes de code, des contrats gouvernementaux et des systèmes d'armes. Et la question qui demeure, pour les ingénieurs comme pour les autres citoyens, est de savoir si suffisamment de personnes sauront la reconnaître avant que l'algorithme divin rende impossible toute reconnaissance.

    Sources : Palantir, Yanis Varoufakis, Common Dreams, Euronews, Christophe Boutry, Labour Digital Rights Network

    Et vous ?

    La frontière entre outil et idéologie est-elle encore défendable ? Un logiciel d'analyse de données peut-il être considéré comme neutre quand l'entreprise qui le développe assume publiquement une vision du monde aussi explicite ? À quel moment le choix d'un prestataire technologique devient-il un acte politique ?

    Le concept de « techlordisme » est-il analytiquement utile, ou s'agit-il d'une rhétorique polémique ? Varoufakis propose un cadre théorique, mais dans quelle mesure ce cadre permet-il de distinguer Palantir d'autres acteurs comme Google, Microsoft ou Amazon, qui pénètrent également les administrations publiques ?

    La souveraineté numérique européenne est-elle encore possible ? Avec 500 millions de livres de contrats au Royaume-Uni, un ancrage profond dans les armées occidentales et une intégration croissante dans les systèmes de santé, quels seraient les coûts réels et les délais d'un désengagement ? Existe-t-il des alternatives crédibles ?

    Les ingénieurs ont-ils une responsabilité morale spécifique dans cette chaîne ? Le débat sur l'éthique des développeurs travaillant sur des logiciels d'armes autonomes ou de surveillance de masse est ancien, mais le manifeste Palantir le repose avec une acuité nouvelle. Où se situe la limite entre exercice d'un métier et complicité idéologique ?

    Le technofascisme est-il un concept analytique ou un abus de langage ? L'usage du terme par des universitaires comme Coeckelbergh ou Mudde est-il légitime, ou risque-t-il de diluer la portée du concept et d'entraver le débat plutôt que de le structurer ?

    Voir aussi :

    Technoféodalisme : pour Yanis Varoufakis, Apple, Facebook et Amazon ont tellement modifié l'économie qu'elle ressemble désormais au système féodal médiéval de l'Europe

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  6. #6
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    Par défaut Les employés de Palantir parlent de la « descente dans le fascisme » de l’entreprise
    ImmigrationOS et ELITE pour la traque des immigrés, Maven pour déterminer des cibles militaires par IA, les employés de Palantir parlent de la « descente dans le fascisme » de l’entreprise
    et commencent à se demander s'ils sont les méchants

    Depuis l'automne 2025, une fracture silencieuse mais profonde secoue Palantir Technologies. Alors que l'entreprise s'impose comme le bras technologique de l'administration Trump, de la traque des immigrés à la désignation de cibles militaires, des employés, actuels et anciens, osent enfin nommer ce qu'ils voient se construire de l'intérieur : une dérive autoritaire. Entre canaux Slack purgés, manifeste idéologique controversé et contrats militaires liés à la mort de plus de 120 enfants, le malaise devient cri. Portrait d'une entreprise en guerre contre sa propre conscience.

    La scène se passe par téléphone. Deux anciens employés de Palantir reprennent contact quelques mois après le début du second mandat de Donald Trump. À peine la conversation engagée, l'un d'eux lâche, sans préambule : « Tu suis la descente de Palantir dans le fascisme ? » Ce n'était pas une entrée en matière dramatique, c'était simplement leur façon de dire bonjour. Et le sentiment qui l'accompagnait, confie l'autre, n'était pas celui d'un travail « impopulaire ou difficile » : c'était quelque chose de plus viscéral. « Ça semble faux. »

    Ce petit dialogue dit tout. Pendant vingt ans, travailler chez Palantir revenait à accepter un certain inconfort social. Les employés pouvaient absorber les critiques extérieures virulentes et les conversations gênantes avec leurs proches sur le fait de travailler pour une entreprise nommée d'après l'orbe omniscient et corrupteur de Tolkien. Mais quelque chose a changé. À l'automne 2025, lorsque Palantir est apparu comme l'épine dorsale technologique de l'appareil d'expulsion de l'administration Trump, fournissant des logiciels permettant d'identifier, surveiller et déporter des immigrés pour le Department of Homeland Security, les employés actuels et anciens ont commencé à tirer la sonnette d'alarme.

    ImmigrationOS : l'IA au service de la chasse à l'homme

    Le tournant concret s'appelle ImmigrationOS. ICE a confié à Palantir un contrat de 30 millions de dollars pour développer cette plateforme de surveillance alimentée par l'intelligence artificielle, destinée à identifier, tracer et déporter des personnes soupçonnées d'être en situation irrégulière. Le système repose sur les outils déjà déployés par Palantir depuis des années : Foundry, qui unifie et visualise des ensembles de données massifs allant des dossiers fiscaux aux données biométriques, et Gotham, conçu pour les forces de l'ordre et le secteur militaire, permettant d'identifier des connexions entre individus, lieux et événements.

    Techniquement, ImmigrationOS repose sur la pile d'intégration de données existante de Palantir, initialement construite pour les usages militaires et de renseignement, puis adaptée aux forces de l'ordre domestiques. Ces plateformes ingèrent des données structurées et non structurées provenant de dizaines de sources, normalisent des identifiants comme les noms et adresses, et les exposent via des outils de recherche et d'analyse capables de générer ce que les agents d'ICE appellent des « paquets de ciblage ».

    Les groupes de défense des libertés civiles sont alarmistes. Ils avertissent que des systèmes comme ImmigrationOS présentent des risques significatifs pour le grand public, en partie parce qu'on ne voit pas comment le système pourrait être limité aux seules personnes en situation irrégulière. Un tel système, disent-ils, pourrait facilement être étendu pour cibler n'importe quel Américain. Des élus partagent ces craintes : le contrôleur financier de la ville de New York, agissant comme administrateur de fonds de pension publics actionnaires de Palantir, a officiellement demandé au conseil d'administration de Palantir de commander une évaluation indépendante des risques liés aux droits humains de ses contrats avec le DHS et ICE. Et depuis l'arrivée de Trump au pouvoir, Palantir a reçu plus de 900 millions de dollars en contrats fédéraux.

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    ELITE la carte qui guide les rafles de la ICE

    ImmigrationOS n'est pas le seul outil que Palantir a développé pour ICE. Des documents internes obtenus par le site d'investigation 404 Media, complétés par des marchés publics et le témoignage sous serment d'un agent d'ICE, ont mis au jour l'existence d'une application baptisée ELITE, acronyme d'Enhanced Leads Identification & Targeting for Enforcement. L'outil peuple une carte avec des cibles potentielles d'expulsion, affiche un dossier détaillé sur chaque individu et fournit un « score de confiance » sur l'adresse actuelle de la personne. ICE s'en sert pour identifier les zones géographiques où se concentre le plus grand nombre de personnes susceptibles d'être arrêtées.

    L'onglet de géolocalisation permet aux agents de sélectionner des cibles selon des critères comme la criminalité, la localisation ou le statut administratif et même de dessiner une zone sur la carte pour en extraire toutes les cibles d'un coup. Le sénateur Ron Wyden a réagi sans détour : « Cette application permet à ICE de trouver la personne la plus proche à arrêter et faire disparaître, en utilisant des données gouvernementales et commerciales. »

    Les canaux Slack épurés, les questions effacées

    À l'intérieur de l'entreprise, la mécanique du silence s'est mise en marche. Peu après, l'entreprise a commencé à supprimer les conversations dans le canal #palantir-in-the-news au bout de sept jours. Un membre de l'équipe cybersécurité a invoqué des inquiétudes relatives aux fuites d'informations pour justifier cette mesure, mais cela n'a pas empêché les employés de s'interroger sur les raisons pour lesquelles l'entreprise effaçait ainsi le « discours interne pertinent sur l'actualité ».

    La frustration s'est amplifiée après un événement particulièrement grave. Le 28 février, une frappe de missile a touché une école primaire iranienne. Des enquêtes ont conclu que les États-Unis en étaient responsables et que des outils de surveillance comme le système Maven de Palantir avaient été utilisés lors de l'opération, qui a coûté la vie à plus de 120 enfants.

    Des employés demandant des informations sur les relations de Palantir avec ICE ont indiqué que leur implication avait été « balayée sous le tapis », l'entreprise cherchant à étouffer toute conversation et tout débat concernant ces contrats. Lorsque le PDG Alex Karp a accordé une interview à CNBC, affirmant que l'IA pourrait nuire aux électeurs démocrates, un employé a posé sur l'un des canaux Slack de Palantir la question suivante : « Est-il vrai que la disruption par l'IA va affecter de façon disproportionnellement négative les femmes et les personnes qui votent démocrate ? Et si c'est le cas, pourquoi sommes-nous d'accord avec ça ? »

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    Le manifeste : quand le masque tombe

    L'élément déclencheur de la controverse la plus récente est un document publié le 19 avril 2026 sur le compte X de Palantir : un condensé en 22 points tiré du livre du PDG, The Technological Republic: Hard Power, Soft Belief, and the Future of the West. Ce texte co-écrit par Karp et Nicholas Zamiska, directeur des affaires institutionnelles, se présente comme « le début de l'articulation de la théorie » qui sous-tend le travail de Palantir.

    Le manifeste affiche des positions tranchées. L'un de ses arguments centraux est que la Silicon Valley doit une « dette morale » au pays qui a rendu son essor possible. « L'élite technologique », affirme le texte, a passé des décennies à développer des applications addictives et des plateformes de réseaux sociaux sans contribuer substantiellement au secteur de la défense, pourtant indispensable. Le document appelle également à reconsidérer le service militaire obligatoire, arguant que sans conscription, « une génération d'élites politiques a essentiellement enrôlé d'autres pour mener leurs guerres à l'étranger ».

    En matière de diversité culturelle, le manifeste va encore plus loin. Karp et son co-auteur, le président Peter Thiel, ont effectivement fait de Palantir la première grande entreprise technologique à publier une plateforme idéologique ouverte articulée autour du nationalisme, de la puissance militaire et d'une hostilité déclarée envers l'inclusivité. Pourtant, jusqu'à récemment, Palantir possédait des groupes de ressources pour ses employés appelés Palamigos, PalaNoir, PalanQueer, PalanGender Queer, le Palantir Interfaith Network, PalAPI et PalNoir. L'entreprise célébrait exactement le genre de pluralisme et d'identité multiculturelle que le manifeste de Karp dénonce désormais comme « creux » et « vide ».

    À l'intérieur, le manifeste a été très mal reçu. Un employé a déclaré : « C'est comme si nous nous étions collé un panneau "donne-moi un coup de pied" dans le dos. ».

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    Une stratégie à haut risque

    La réponse officielle de Palantir à la fronde interne est calibrée. Un porte-parole de l'entreprise a déclaré dans un communiqué : « Nous recrutons les meilleurs talents pour aider à défendre l'Amérique et ses alliés. Palantir n'est pas un monolithe de croyances, et ne devrait pas l'être. Nous tirons fierté d'une culture de dialogue interne vigoureux, voire de désaccords, sur les domaines complexes dans lesquels nous travaillons. Cela a été vrai depuis notre fondation et l'est encore aujourd'hui. » Alex Karp, lui, s'est montré plus lapidaire : il a déclaré que « si vous avez une position qui ne vous coûte jamais de perdre un employé, ce n'est pas une position ».

    Sur le plan boursier, certains observateurs pourraient arguer que la stratégie fonctionne. Les contrats s'enchaînent, la technologie de Palantir s'enfonce profondément dans les infrastructures fédérales. Mais ces succès ont un revers : lorsque la valeur d'une entreprise pour le gouvernement repose principalement sur une adéquation idéologique avec un projet politique spécifique, elle devient une cible évidente dès que ce projet perd le pouvoir.

    L'un des nombreux problèmes du fascisme comme stratégie commerciale est qu'il ne fonctionne que si les fascistes restent au pouvoir indéfiniment. C'est une position idéologique profondément impopulaire, surtout aux États-Unis; parier sur un cheval temporairement ascendant qui n'a aucune chance sur une course plus longue.

    Palantir, née après le 11 septembre avec des fonds de la CIA, s'était alors présentée comme un rempart contre les abus sécuritaires. Un ancien employé résume la trajectoire avec une lucidité désabusée : « La grande histoire de Palantir telle qu'elle se racontait à elle-même et à ses employés était que, sortant du 11 Septembre, on savait qu'il allait y avoir une grande poussée pour la sécurité, et on craignait que cette sécurité ne porte atteinte aux libertés civiles. » Ce garde-fou autoproclamé est aujourd'hui l'un des principaux instruments de la surveillance de masse et de l'expulsion forcée que l'administration Trump a érigées en politique d'État. Le cercle est bouclé, et l'œil de Sauron regarde désormais vers l'intérieur.

    Sources : American Immigration Council, Immigration Policy Tracking Project, Palantir, ELITE

    Et vous ?

    Où commence la responsabilité de l'ingénieur ? Un développeur qui construit les outils mais pas les règles peut-il se dédouaner de leurs usages ? La distinction entre « infrastructure neutre » et « instrument de politique » est-elle encore tenable quand le système s'appelle ImmigrationOS et cible des populations précises ?

    Le manifeste comme aveu ? En publiant ouvertement un texte idéologique nationaliste, Palantir rompt avec la tradition de l'entreprise technologique qui prétend être « neutre ». Est-ce une faute de communication, une déclaration d'intention assumée, ou le symptôme d'une nouvelle ère où les géants de la tech revendiquent ouvertement leurs alignements politiques ?

    La purge des Slack comme révélateur organisationnel. Supprimer les conversations internes sur les controverses de l'entreprise est-il une pratique de gestion des risques normale, ou le signe d'une culture qui a renoncé à tout dialogue éthique authentique ?

    Peut-on "dépalantiriser" un État ? Quand une entreprise devient infrastructure critique pour les forces de l'ordre, la défense et le renseignement d'un pays, quelle est la capacité réelle d'un gouvernement suivant, de sensibilité politique différente, à s'en défaire ou à la réguler efficacement ?

    Le retournement DEI comme cas d'école. Palantir avait des groupes d'affinité internes (PalaNoir, PalanQueer, etc.) qu'elle dissout symboliquement par son propre manifeste. Que révèle ce revirement sur la sincérité des politiques de diversité dans les grandes entreprises technologiques, et sur leur fonction première, recrutement plutôt que conviction ?

    Voir aussi :

    Palantir, DOGE, Thiel : quand la Silicon Valley cesse de prétendre être neutre et assume ouvertement son projet de colonisation des États démocratiques. Les implications pour les ingénieurs et les décideurs

    Alex Karp, le PDG milliardaire de Palantir, affirme que seuls deux types de personnes réussiront à l'ère de l'IA : les ouvriers qualifiés, « ou ceux qui sont neurodivergents »

    AI Dividend : Un ex-ingénieur de Palantir candidat au Congrès propose une assurance chômage alimentée par les profits de l'IA. Le co-fondateur de Palantir finance un super PAC pour l'évincer
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  7. #7
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    on a le malaise sélectif chez Palantir.
    Quand il s'agit de ficher n'importe quel citoyen sur la planète pour les raisons les moins avouables, c'est moral.
    Par contre, si ça commence à être utilisé sur les immigrés américains, ont s'insurge car "pourrait facilement être étendu pour cibler n'importe quel Américain" (la plupart des États-uniens étant des immigrés de plus ou moins fraiche date...)

  8. #8
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    la plupart des États-uniens étant des immigrés de plus ou moins fraiche date...)
    exact ne pas oublier que les USA c'est encore une nation relativement jeune qui a à peine 250 ans d'existence.

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