Sora fermé, Epic en difficulté, métavers enterré : Disney cumule les échecs sur tous ses fronts technologiques en une semaine
Les grands paris de Disney sur l'IA et le métavers tournent au désastre
En l'espace de quelques jours, The Walt Disney Company a encaissé une série de revers technologiques cinglants : la mort de son accord historique avec OpenAI autour de Sora, la débâcle silencieuse du métavers, et les graves difficultés de son partenaire stratégique Epic Games. Derrière ces épisodes distincts se dessine un même portrait d'une entreprise créative qui cours après une légitimité technologique qu'elle ne parvient pas à saisir.
Présenté en décembre 2025 comme un accord « historique », le partenariat entre Disney et OpenAI aura duré moins de quatre mois. Dans le cadre de cet accord sur trois ans, Sora devait pouvoir générer des vidéos à la demande à partir d'un catalogue de plus de 200 personnages masqués, animés ou créatures issues des univers Disney, Marvel, Pixar et Star Wars. La plateforme de vidéo générative devait faire son entrée sur Disney+ dès le second semestre 2026, et Disney s'apprêtait à injecter un milliard de dollars en fonds propres dans OpenAI.
Le coup de théâtre est survenu le 25 mars 2026. OpenAI a annoncé la fermeture pure et simple de Sora. Selon Reuters, les équipes de Disney et d'OpenAI travaillaient encore ensemble sur un projet lié à Sora le soir même, et c'est trente minutes à peine après cette réunion que l'équipe Disney a appris la suppression de l'outil, une surprise totale selon une source proche du dossier, qui parle d'un « rug-pull » brutal.
L'application avait été lancée en septembre 2025 et n'avait pas réussi à fidéliser ses utilisateurs, avec des téléchargements en chute libre. Outre son contenu jugé médiocre et truffé de matériaux susceptibles de violer les droits d'auteur, le coût de fonctionnement de la plateforme était considérable, même à l'échelle d'une entreprise de la taille d'OpenAI.
Dans un communiqué, Disney a adopté un ton diplomatique : la société dit « respecter la décision d'OpenAI de se retirer du secteur de la génération vidéo », tout en assurant qu'elle continuera à « explorer de nouvelles façons de rejoindre ses fans en adoptant de manière responsable des technologies respectueuses de la propriété intellectuelle et des droits des créateurs. » En creux, la formule révèle surtout que Disney a été pris de court ; le contrat n'avait d'ailleurs jamais été finalisé et aucun transfert de fonds n'avait eu lieu.
Pour OpenAI, la fermeture de Sora constitue selon les observateurs le premier grand mouvement stratégique visant à recentrer l'entreprise sur des activités plus rentables, notamment les outils de développement logiciel et les clients entreprise, alors qu'elle se prépare à une introduction en Bourse attendue d'ici la fin de l'année.
Il faut dire que le constat financier est brutal. Au total, Sora n'aurait généré que 2,1 millions de dollars de revenus en achats intégrés sur toute sa durée d'exploitation, pour un coût de fonctionnement estimé à 15 millions de dollars par jour. L'équation est intenable.
La consommation de calcul requise pour la génération vidéo est sans commune mesure avec celle du texte : chaque requête Sora surchargeait l'infrastructure serveur d'OpenAI, et même avec les abonnements payants, les recettes ne couvraient pas les coûts. La situation était aggravée par une contrainte matérielle concrète : OpenAI avait déjà restreint la génération vidéo peu après le lancement en raison de pénuries de puces graphiques. Le niveau gratuit de l'application avait d'ailleurs été discrètement supprimé en janvier 2026, après avoir été progressivement limité.
Les stigmates du métavers : une fuite en avant vers les bulles technologiques
L'épisode Sora n'est pas isolé dans l'histoire récente de Disney. Il s'inscrit dans un cycle récurrent de paris technologiques très médiatisés, suivis d'abandons discrets. Le groupe avait consacré des ressources significatives à une stratégie métavers entre 2021 et 2023, incluant un programme d'abonnement inspiré d'Amazon Prime, un groupe de travail sur la réalité virtuelle intégré à l'Imagineering, ainsi qu'une initiative de NFT autour du Château de Cendrillon. Ces projets ont tous été abandonnés, généralement en même temps que des vagues de licenciements.
Les observateurs proches de la marque relèvent que Disney enchaîne ainsi les initiatives technologiques (métavers, NFT, IA, jeux vidéo) à un rythme soutenu mais sans jamais parvenir à les transformer en produits pérennes. La raison de fond est souvent la même : le groupe cherche à être perçu (et valorisé en Bourse) comme une entreprise technologique, alors qu'il reste avant tout une entreprise de contenus créatifs.
Cette pression boursière explique en grande partie l'empressement avec lequel Disney a sauté sur l'opportunité OpenAI. Être le premier grand groupe médiatique à nouer un partenariat de cette ampleur avec OpenAI avait une valeur symbolique évidente pour les investisseurs, au-delà de tout calcul industriel rationnel.
Epic Games : le partenaire stratégique en difficulté
La semaine précédant l'effondrement de l'accord Sora, une autre mauvaise nouvelle est venue ébranler la stratégie numérique de Disney. Epic Games, dans lequel Disney a investi 1,5 milliard de dollars en 2024 pour développer un « univers de jeux et de divertissement » autour des licences Pixar, Marvel, Star Wars et Avatar, a annoncé le licenciement de plus de 1 000 collaborateurs ainsi que plus de 500 millions de dollars d'économies sur les contrats, le marketing et les recrutements en cours.
Le PDG Tim Sweeney, dans une note interne transmise aux employés, a expliqué que le ralentissement de l'engagement sur Fortnite amorcé en 2025 avait conduit l'entreprise à dépenser bien au-delà de ses recettes. Il s'agit du deuxième plan social majeur en trois ans pour Epic Games, après la suppression d'environ 830 postes en septembre 2023.
Plusieurs modes de jeu vont également disparaître : Rocket Racing sera retiré de manière permanente en cours d'année, tandis que Festival Battle Stage et Fortnite Ballistic seront supprimés le mois prochain.
Ce contexte fragilise directement Disney. Le groupe avait présenté son partenariat avec Epic Games comme « la plus grande entrée de Disney dans le monde du jeu vidéo », avec la promesse d'un univers persistant et interopérable permettant aux joueurs d'interagir avec les personnages Disney dans un environnement inspiré de Fortnite. Or Fortnite fait face à un défi structurel propre aux jeux dits « en service continu » : celui d'alimenter en permanence un flux de contenus nouveaux pour maintenir l'engagement d'une base de joueurs dont les attentes et les centres d'intérêt évoluent sans cesse.
Il faut noter que Sweeney a pris soin de préciser dans sa note que les licenciements n'avaient « aucun lien avec l'IA », une précision qui en dit long sur le climat ambiant dans le secteur, où la moindre restructuration est désormais interprétée à l'aune des bouleversements induits par l'intelligence artificielle.
Sora : autopsie d'un outil mort-né
Pour comprendre la portée de l'échec, il faut revenir sur ce que Sora représentait techniquement et symboliquement. Lancée à grand renfort de communication en septembre 2025, la plateforme permettait de générer des vidéos réalistes à partir de descriptions textuelles. OpenAI en avait fait l'un de ses produits phares grand public, concurrent direct des outils de vidéo générative développés par Google (Veo), Meta et les nouveaux entrants chinois.
Mais les problèmes se sont accumulés rapidement. Dès son lancement, Sora a suscité des inquiétudes côté droits d'auteur : le système exigeait des détenteurs de propriété intellectuelle qu'ils se manifestent eux-mêmes pour exclure leurs œuvres de l'entraînement (une logique d'opt-out vivement critiquée par les professionnels du secteur créatif). Un collectif japonais regroupant notamment le studio Ghibli avait adressé une lettre formelle à OpenAI pour exiger la cessation de l'utilisation de leurs œuvres. De son côté, Disney, avant même de signer son accord avec OpenAI, avait adressé des mises en demeure à Google, Meta et Character.AI pour violation de ses droits sur ses personnages.
La contradiction est saisissante : Disney poursuivait en justice des entreprises d'IA pour atteinte à sa propriété intellectuelle d'un côté, tout en signant avec OpenAI un accord de licence pour faire exactement la même chose de l'autre. Le tout sous couvert d'une rhétorique sur « l'IA responsable » et le « respect de la créativité humaine ».
Josh D'Amaro et l'héritage à digérer
La coïncidence du calendrier n'échappe à personne. Bob Iger a été remplacé à la direction de Disney par Josh D'Amaro, ancien responsable des parcs et des expériences, à peine quelques jours avant l'annonce de la mort du partenariat avec OpenAI. Dans sa note d'introduction aux équipes, le nouveau PDG a évoqué sa volonté d'utiliser la technologie pour créer des « expériences plus immersives, interactives et personnalisées », bien sûr sans mentionner explicitement l'IA générative.
La question se pose désormais de savoir quelle stratégie numérique D'Amaro va tracer. Reprendre la course à l'IA avec un autre partenaire ? Adopter une posture plus prudente, à la manière d'Apple, qui observe le secteur sans s'y précipiter ? Ou investir le milliard récupéré dans des projets plus ancrés dans le cœur de métier de Disney (expériences physiques, contenus originaux, développement de nouveaux personnages) ?
Ce qui est certain, c'est que les deux milliards et demi de dollars engagés en quelques mois (un milliard vers OpenAI (jamais versé), un milliard et demi vers Epic Games) illustrent une stratégie de diversification numérique qui a produit jusqu'ici des résultats très modestes. Le groupe reste en quête d'un ancrage technologique crédible dans un secteur qui évolue plus vite que sa capacité à s'y adapter.
Source : Disney Touring Blog
Et vous ?
Disney est-elle structurellement incapable de devenir une entreprise technologique, ou souffre-t-elle simplement de mauvais choix de partenaires ?
La fermeture de Sora par OpenAI signe-t-elle le début d'un recul plus large de la vidéo générative grand public, au profit d'outils professionnels et d'entreprise ?
Les jeux «en service continu» comme Fortnite sont-ils condamnés à terme par un modèle économique structurellement fragile, ou Fortnite dispose-t-il encore des ressources pour se renouveler ?
La posture d'Apple (attentiste, absente de la course à l'IA générative grand public) est-elle une stratégie de sagesse ou un retard qui finira par se payer ?








Disney est-elle structurellement incapable de devenir une entreprise technologique, ou souffre-t-elle simplement de mauvais choix de partenaires ?
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