Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez déposent un projet de loi visant à suspendre la construction de nouveaux centres de données pour l'IA
jusqu'à l'adoption de garde-fous fédéraux solides
Le sénateur Bernie Sanders et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez ont récemment déposé un projet de loi visant à instaurer un moratoire fédéral sur la construction de nouveaux centres de données dédiés à l'IA. Cette initiative répond aux inquiétudes croissantes concernant l'impact environnemental massif de ces infrastructures, notamment leur consommation excessive d'eau et d'électricité. Les élus soulignent les risques sociaux liés à l'IA, tels que la suppression d'emplois, la menace pour la vie privée et les répercussions sur la santé mentale des jeunes. La bulle des centres de données a un impact dévastateur sur le marché de la mémoire.
En dépit des avertissements des experts climatiques et de certains acteurs de la course à l'IA, les dépenses des entreprises technologiques dans le développement de l'IA n'ont cessé de croître. Les centres de données captent une bonne partie de ces investissements, avec des projets gigantesques tels que Stargate d'OpenAI et de Microsoft. Le secteur est aujourd'hui confronté à une bulle et l'impact environnemental de l'IA suscite des préoccupations.
Le sénateur américain Bernie Sanders et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez ont introduit un projet de loi visant à instaurer un moratoire national sur la construction de nouveaux centres de données dédiés à l'IA. Cette proposition intervient alors que les États-Unis traversent une crise énergétique inédite et que les infrastructures technologiques se multiplient à un rythme effréné. Les élus craignent que cette crise énergétique ne vire en catastrophe.
Bernie Sanders dénonce l'absence de débat sérieux sur les impacts potentiels l'IA sur les personnes et l'environnement. « Malgré l’importance extraordinaire de cette question et son impact sur chaque homme, femme et enfant de ce pays, l’IA n’a fait l’objet que de très peu de débats sérieux ici, dans la capitale de notre nation. Je crains que le Congrès ne soit absolument pas préparé à l’ampleur des changements qui sont déjà en cours », a-t-il expliqué.
Les objectifs et les modalités du moratoire proposé par les élus
Dans une interview accordée à l'AFP en septembre 2024, la chercheuse en IA Sasha Luccioni a déclaré que « l'IA générative accélère la crise climatique en raison de son appétit énergétique ». Sasha Luccioni estime qu'il est particulièrement décevant que les gens utilisent l'IA pour faire des recherches sur Internet. Elle avertit que l'IA générative consomme 30 fois plus d'énergie qu'un moteur de recherche, ce qui constitue un danger pour l'environnement.
« Si vous vous souciez de l'environnement, réfléchissez à deux fois avant d'utiliser l'IA. Je trouve particulièrement décevant que l'IA générative soit utilisée pour faire des recherches sur Internet », a déploré la scientifique lors de l'interview qui a eu lieu en marge de la conférence ALL IN sur l'IA, à Montréal.
Le projet de loi proposé par Bernie Sanders et d'Alexandria Ocasio-Cortez prévoit « une suspension immédiate des nouvelles constructions de centres de données qui durerait jusqu'à ce que des réglementations fédérales solides soient mises en place ». Ces futures lois devraient répondre à plusieurs défis majeurs : la réduction de l'impact environnemental des installations, la protection contre l'augmentation des coûts de l'électricité pour les particuliers.
Ces futures réglementations devraient également « garantir que les richesses générées par l'IA profitent à l'ensemble de la population » plutôt qu'aux seules entreprises. En outre, le projet de loi inclut une dimension internationale en interdisant l'exportation de matériel informatique de pointe développé aux États-Unis, notamment les accélérateurs d'IA de dernière génération, vers des pays n'ayant pas adopté de protections similaires, comme la Chine.
Des enjeux environnementaux et économiques jugés critiques
Les centres de données sont pointés du doigt pour leur consommation gargantuesque de ressources, utilisant d'énormes quantités d'eau pour le refroidissement et menaçant d'absorber une part considérable des budgets d'émissions de carbone du secteur de l'électricité. Cela est particulièrement préoccupant dans les zones déjà touchées par la sécheresse, où ces installations entrent en concurrence avec les besoins en eau potable des populations locales.
Sur le plan climatique, l'IA menace directement les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les centres de données pourraient bientôt représenter près de la moitié des émissions totales autorisées pour le secteur de l'électricité aux États-Unis si les tendances actuelles se poursuivent. Cette empreinte carbone élevée s'explique par une demande énergétique fulgurante souvent comblée par des projets alimentés aux énergies fossiles.
Au-delà du climat global, ils génèrent des nuisances environnementales locales significatives. Certains experts décrivent la situation comme une "catastrophe écologique en devenir", soulignant que le fonctionnement de ces centres peut asphyxier les quartiers environnants avec des fumées de diesel.
Sur le plan économique, la demande énergétique massive de ces infrastructures a déjà provoqué des hausses spectaculaires des tarifs d'électricité pour les particuliers, atteignant parfois plus de deux cents pour cent dans certaines régions. Cette situation inquiète une majorité d'Américains qui, selon les sondages, craignent les répercussions de l'intelligence artificielle sur leur vie quotidienne et souhaitent un encadrement plus rigoureux du secteur.
Les dangers de l'IA pour la société, l'emploi et la démocratie
Au-delà des aspects matériels, les auteurs du projet de loi alertent sur les conséquences humaines de l'IA, mentionnant que cette technologie a déjà été responsable de dizaines de milliers de licenciements. « L'IA et la robotique sont à l'origine de la révolution technologique la plus radicale de l'histoire de l'humanité. L'ampleur, la portée et la rapidité de ce changement sont sans précédent », a déclaré Bernie Sanders dans un courriel à The Guardian.
L'IA a déjà un impact concret avec plus de 54 000 licenciements recensés l'année dernière aux États-Unis, touchant des individus, des industries et des communautés entières. Cette révolution soulève également des préoccupations majeures pour la santé mentale, particulièrement celle des jeunes qui pourraient s'isoler davantage et devenir plus solitaires en nouant des amitiés avec des systèmes d'IA au détriment des relations humaines réelles.
En ce qui concerne la démocratie, l'usage de l'IA dégrade la vie privée en ligne et favorise la prolifération d'images truquées très convaincantes, notamment de responsables politiques, ce qui fragilise les processus démocratiques. Certains experts alertent également sur le fait que l'IA pourrait bientôt surpasser l'intelligence humaine et fonctionner de manière indépendante hors de tout contrôle, ce qui représente une menace pour l'humanité.
Un climat politique marqué par une forte opposition à l'IA
Cette proposition intervient alors que les appels à mettre un frein à l'expansion des centres de données dédiés à l'IA sont passés d'une tendance marginale à un mouvement de fond. Depuis août 2025, des villes et des comtés à travers tout le pays (notamment dans le Missouri, l'Indiana, la Géorgie et la Caroline du Nord) ont adopté des réglementations interdisant temporairement les nouvelles constructions de centres de données pour l'IA.
Selon Good Jobs First, un groupe qui suit de près le développement économique, au moins 11 États américains envisagent désormais des mesures similaires. L'administration Trump privilégie une croissance rapide et sans entrave de l'IA, s'appuyant sur des comités consultatifs composés de dirigeants de grandes entreprises technologiques. Le président Donald Trump a signé un décret introduisant un moratoire sur les lois étatiques sur l'IA.
Alexandria Ocasio-Cortez dénonce cette situation comme une forme de corruption où les intérêts des grandes corporations priment sur la protection des communautés et de l'environnement. En décembre dernier, New York a promulgué une loi sur la sécurité de l'IA, ignorant le décret présidentiel de Donald Trump.
Les Big Tech tels que Google et Microsoft se livrent à une course effrénée pour développer leurs infrastructures informatiques. Pour cela, ils n'hésitent pas à rouvrir les villes centrales à charbon polluantes. L'ironie est flagrante : les entreprises qui s'engagent à atteindre la neutralité carbone soutiennent indirectement le combustible fossile le plus polluant, car la fiabilité du charbon l'emporte à court terme sur les énergies renouvelables intermittentes.
Conclusion
Selon une analyse publiée en septembre 2024 par The Guardian, entre 2020 et 2022, les émissions de gaz à effet de serre des centres de données appartenant aux géants de la technologie comme Google, Microsoft, Meta et Apple étaient environ 662 % plus élevées que ce qu’ils ont déclaré officiellement. Cette évolution soulève des questions cruciales sur la transparence et la responsabilité environnementale de géants de la technologie.
L'initiative de Bernie Sanders et d'Alexandria Ocasio-Cortez représente un effort législatif majeur pour ralentir l'expansion effrénée des centres de données au profit d'une réflexion démocratique et de régulations fédérales strictes. Ce moratoire vise à protéger les ressources naturelles, comme l'eau, et le pouvoir d'achat des citoyens face à une industrie dont les besoins énergétiques massifs menacent la stabilité climatique et économique.
Bien que cette proposition se heurte à une forte opposition politique et aux intérêts des Big Tech, elle cristallise une inquiétude croissante du public face aux risques sociaux, professionnels et même existentiels que pose une IA non réglementée. L'enjeu final est de garantir que l'IA soit soumise à une supervision publique afin de bénéficier à l'ensemble de la société plutôt que de renforcer exclusivement le pouvoir d'une poignée de milliardaires.
Source : le texte du projet de loi (PDF)
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