Google allonge la liste des cas d’enshittification du web en rendant Maps moins utile hors connexion. Les utilisateurs qui ne sont pas connectés à un compte Google sont redirigés vers un affichage limité.
Google Maps se dote d’un affichage limité pour les utilisateurs qui ne sont pas connectés à un compte Google. Ce mode limite ce que les utilisateurs voient lorsqu'ils ne sont pas connectés, en masquant les photos et les avis et en les invitant fréquemment à se connecter. En gros, Google Maps devient moins utile pour les utilisateurs qui ne sont pas connectés à un compte Google. La mesure est similaire à celle de Microsoft qui requiert une connexion à Internet et un compte Microsoft pour pouvoir entamer le processus initial d’installation. On parle là d’enshittification, un terme qui désigne la dégradation des plateformes numériques au travers de mécanismes visant à maximiser leur profit.
En effet, une plateforme en ligne comme Google Maps ne demande pas d’argent pour son utilisation. Néanmoins, le fait de requérir la connexion à un compte Google permet de mieux enfermer l’utilisateur dans l’économie des plateformes en ligne. Google peut ainsi mieux récolter les informations personnelles et l’attention de l’utilisateur.#GoogleMaps' new limited view mode restricts what users see when not signed in, hiding photos and reviews and prompting frequent login nudges in a quirky user experience shift.
— Digital Trends (@DigitalTrends) February 19, 2026
The post Google Maps tests hiding reviews and images unless you sign in… https://t.co/xVxzsXu275
Ces informations alimentent d’immenses bases de données hébergées sur des serveurs. Les plateformes utilisent ensuite des programmes informatiques qui apprennent à connaître l’utilisateur à partir de ses activités en ligne. Grâce à ces algorithmes, les entreprises créent son profil numérique : elles identifient tes goûts, ton âge, tes habitudes de navigation ou les marques qu’il préfère. Ces profils servent ensuite à vendre de la publicité ciblée à des entreprises. Autrement dit, l’utilisateur profite d’un service « gratuit », mais en échange, il offre ses données.
L’enshittification touche à toutes les sphères de notre quotidien numérique comme l’illustre le cas d’Ubisoft qui veut que les gamers soient à l’aise avec le fait de ne pas posséder des copies physiques de leurs jeux
Ubisoft veut que les gamers soient « à l’aise avec le fait de ne pas posséder de copies physiques de leurs jeux. » L’éditeur de jeux vidéo est d’avis que « c’est un état d’esprit cohérent avec le fait que les gens se sont habitués à des services comme Netflix au détriment de leurs CD et DVD. » Le tableau est de nature à raviver le débat sur les avantages et les inconvénients des abonnements en comparaison aux licences perpétuelles ou achats définitifs de produits physiques ou de services.
En effet, l’une des conséquences de l’achat d’un logiciel ou d’un jeu vidéo est d’en devenir le possesseur. Mais la donne change avec la formule des abonnements. L’acquéreur perd le statut de propriétaire. En effet, il suffit que les serveurs de l’éditeur ne soient plus disponibles pour que ce dernier se trouve dépossédé de ce qui est en principe son bien. De plus, les abonnements rendent la préservation des jeux impossibles pour ceux qui voudraient profiter de certains titres des années plus tard.
Dans les chiffres, c’est l’éditeur qui sort gagnant via la formule des abonnements. Ubisoft+ Premium par exemple est la principale offre d'abonnement d'Ubisoft. C'est ce service qui propose des titres comme Prince of Persia : The Lost Crown. Il coûte 17,99 $ et est accessible sur PC, Xbox et Amazon Luna. En outre, la société ajoute Ubisoft+ Classics sur PC. L'option Classics était déjà disponible pour les joueurs PlayStation (via l'offre d'abonnement de Sony) et propose des jeux du catalogue comme Far Cry 6 et Rainbow Six : Siege pour 7,99 $ par mois.
Les abonnements entraînent une érosion de droits de propriétés des consommateurs qui touchent même à de plus en plus de produits physiques comme les cartouches d’encreThe phenomenon you're describing is often called "enshittification," a term coined by Cory Doctorow to explain how platforms prioritize profits over users, leading to degraded experiences and disengagement. For social media, it could mean a shift toward decentralized alternatives…
— Grok (@grok) February 17, 2026
HP désactive les imprimantes des clients qui font usage de cartouches d’encre d’entreprises concurrentes. Le constructeur procède par l’application à distance de mises à jour qui ont pour effet d’empêcher les imprimantes de fonctionner si elles ne sont pas équipées de cartouches d'encre approuvées.
« J'étais en train d'imprimer un grand nombre de documents pour un travail urgent et je devais changer de cartouche. À mon insu, HP s’est introduit de façon électronique dans mon appartement pendant la nuit, avait désactivé mon imprimante et la tenait en otage tant que je n'utilisais pas son encre. J'ai refusé et je refuse de le faire », rapporte un possesseur d’imprimante.
L’entreprise pour sa part justifie la manœuvre en indiquant que les cartouches d’encre tierces soulèvent des risques de sécurité. « Un système est d’autant plus fort que l’est son maillon faible. Nous voyons les cartouches d’encre tierces équipées comme des points d’entrée pour les pirates », explique un responsable sécurité de HP.
Cette plainte fait suite à plusieurs autres avec des motifs similaires. « Je me suis retrouvé avec un message d’erreur sur mon ordinateur m’indiquant que mon imprimante HP Office Jet Pro a été désactivée à distance par le constructeur. Quand je suis allé sur le site de HP pour vérifier, il en est ressorti que la carte de crédit que j’utilise pour l’abonnement au service HP Instant Ink avait expiré, raison pour laquelle HP l’a mise hors service », rapporte un internaute possesseur d’imprimante HP.
Le fait est que HP fait parvenir par courrier aux possesseurs de certaines de ses imprimantes connectées des cartouches d’encre pour la couverture de leurs besoins anticipés en impression. L’utilisation de celles-ci est soumise à l’arrimage à un abonnement. En cas de dépassement, l’entreprise facture des frais additionnels pour chaque nouvelle page imprimée. En cas de refus de paiement de l’abonnement ou des frais additionnels par l’utilisateur, l’imprimante cesse de fonctionner, ce, même si la cartouche est encore fournie en encre. L’expiration de la carte du plaignant aura donc été considérée par l’entreprise comme un refus de payer les frais d’abonnement.
Il s’agit de plaintes liées à un service de renouvellement de cartouches que le constructeur d’imprimantes offre. C’est un fait, les cartouches d’encre d’origine sont chères. Pour apporter réponse à cet état de choses, l’entreprise a, depuis 2016, mis sur pied HP Inc Subscription pour une gamme d’imprimantes connectées au réseau Internet. La promesse de l’entreprise par le biais de ce service est d’aider les consommateurs à réaliser des économies importantes. Elle a donc jusqu’ici mis en avant l’offre « Free Ink For Life » qui permet aux utilisateurs d’imprimer gratuitement 15 pages par mois. Passé ce quota, il faut passer à la caisse selon un barème tarifaire défini par l’entreprise.
Ces situations illustrent la façon dont les constructeurs d’imprimantes érodent les droits de propriété des utilisateurs au profit de leurs entreprises. Le phénomène n’est pas nouveau. En 2016, plusieurs utilisateurs d’imprimantes HP situés en Amérique du Nord se sont plaints de ce que leur imprimante HP ne fonctionnait plus avec des cartouches de fabricants tiers. Le constat faisait suite à l’application d’une mise à jour de firmware qui a instauré un DRM rendant les imprimantes compatibles uniquement avec des cartouches originales.
L’Electronic Frontier Foundation (EFF) avait envoyé une lettre au PDG de HP lui demandant de présenter des excuses aux clients de l’entreprise et de restaurer la possibilité d’utiliser des cartouches tierces. Au cours du troisième trimestre de l’année 2018, HP a accepté de payer 1,5 million de dollars de compensation à 2,4 millions d’Américains propriétaires d’une imprimante HP concernée par les développements. Au quatrième trimestre de l’année 2018, le constructeur Epson (l’un des leaders en France) s’était à nouveau retrouvé sous le feu des critiques de consommateurs américains pour les mêmes raisons.
À la réalité, bon nombre de constructeurs d’imprimantes sont concernés par des pratiques de ce genre. On peut en effet se référer à une plainte déposée en 2017 par l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) contre X pour obsolescence programmée et tromperie pour voir que Canon et Brother allongent la liste.
Et vous ?
Quelles sont les entreprises à classer dans le lot de celles susceptibles de gagner la palme d’or des désastres informatiques imposés pour servir leurs intérêts ? Partagez vos anecdotes
Êtes-vous à l’aise avec le fait de ne pas posséder de copies physiques de vos jeux mais plutôt des versions accessibles en ligne contre abonnement ? Comment contournez-vous cet état de choses ?
Partagez-vous les avis selon lesquels les utilisateurs de Windows ne sont plus en totale possession de leurs PC ? Sur quelles alternatives peuvent-ils s’appuyer pour s’évader de cette bulle d’enshittification qui va grandissant sous Windows ?
Quel est selon vous le constructeur d’imprimantes le plus recommandable du moment compte tenu des manœuvres d’enshittification qui ont cours dans la filière ?







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