Oracle pourrait supprimer jusqu'à 30 000 emplois et vendre sa division de technologie de santé pour financer le développement de l'IA et l'expansion de ses centres de données
selon la banque d’investissement TD Cowen
Oracle veut mobiliser des capitaux afin de financer son pari sur l'IA et pourrait recourir à des mesures brutales pour y parvenir. L'entreprise aurait perdu le soutien de certaines banques dans le cadre de son projet d'extension de ses centres de données. Elle envisagerait de supprimer jusqu'à 30 000 emplois et de céder sa division de technologie de la santé Cerner, acquise pour 28,3 milliards de dollars en 2022. Ces réductions d'emplois permettraient de libérer entre 8 et 10 milliards de dollars de trésorerie. Cet argent lui permettrait de tenir ses engagements dans OpenAI. À ce stade, l'IA reste un gouffre financier, avec des bénéfices quasi inexistants.
Oracle est confronté à un défi financier majeur qui découle de l'ampleur de ses engagements en matière d'infrastructure cloud. La banque d’investissement TD Cowen estime ces engagements à 156 milliards de dollars de dépenses d'investissement. Oracle s'est engagé dans un partenariat colossal de 300 milliards de dollars avec OpenAI pour fournir l’infrastructure cloud et la puissance de calcul nécessaire à la prochaine génération de modèles d’IA.
Ce partenariat a été annoncé en septembre 2025. Mais à peine quelques mois après l’annonce, les marchés financiers ont donné un signal fort. Selon un rapport publié par le Financial Times en novembre, l’accord semblait déjà être sous l’eau, la capitalisation d'Oracle ayant chuté plus que la valeur du contrat lui-même. Le contraste est saisissant. Ce qui devait être un tournant dans la stratégie d’Oracle en matière d'IA se transforme en pari risqué.
Une note de recherche de TD Cowen indique que les investisseurs en actions et en dette s'interrogent de plus en plus sur la manière dont Oracle financera son projet de construction de centres de données afin de soutenir son contrat de 300 milliards de dollars sur cinq ans avec OpenAI. Ils doutent de la capacité d'Oracle à tenir ses engagements. L'accord conclu avec OpenAI à lui seul nécessitera 156 milliards de dollars de dépenses d'investissement.
« Cette année, tant les investisseurs en actions que ceux en obligations ont émis des doutes quant à la capacité d'Oracle à financer cette expansion, comme en témoignent l'élargissement des écarts de crédit de défaut (CDS) d'Oracle et la pression exercée sur les actions/obligations d'Oracle », indique TD Cowen.
Financement des datacenters : Oracle face à des coûts d'emprunts élevés
Le retrait des banques a entraîné une forte augmentation des coûts d'emprunt d'Oracle. Selon la note de la banque d'investissement, les prêteurs ont pratiquement doublé les primes d'intérêt qu'ils facturent à Oracle pour le financement de projets de centres de données depuis septembre 2025, poussant les coûts d'emprunt à des niveaux généralement réservés aux entreprises non cotées en bourse. La hausse des coûts a bloqué les transactions.
« Plusieurs contrats de location de centres de données Oracle qui étaient en cours de négociation avec des opérateurs privés ont eu du mal à obtenir un financement, ce qui a empêché Oracle d'obtenir la capacité de centre de données via un contrat de location », indique le rapport de TD Cowen.
Sans financement, les opérateurs privés de centres de données ne peuvent pas construire les installations dont Oracle a besoin, ce qui crée un goulot d'étranglement dans le déploiement de l'infrastructure de l'entreprise. Oracle a déjà largement fait appel aux marchés de la dette, levant environ 58 milliards de dollars en seulement deux mois : 38 milliards pour des installations au Texas et dans le Wisconsin, et 20 milliards pour le Nouveau-Mexique.
Mais cela ne représente qu'une fraction de ce dont l'entreprise a finalement besoin, et les banques américaines sont de plus en plus réticentes à lui accorder davantage. Les banques asiatiques ont pris le relais des prêteurs américains, qui se retirent, et restent disposées à prêter à des taux très élevés, car elles cherchent à s'exposer à la croissance des infrastructures d'IA. Cela offre à Oracle une voie alternative pour son expansion internationale.
Toutefois, cela ne résout pas les problèmes de capacité d'Oracle aux États-Unis. Les contraintes financières américaines soulèvent des questions fondamentales quant à la capacité d'Oracle à augmenter ses revenus s'il ne parvient pas à garantir la capacité de centre de données attendue par ses clients.
Oracle explore des solutions telles que la suppression massive d'emplois
Pour répondre à ces défis de financement, TD Cowen identifie plusieurs options que la direction d’Oracle pourrait envisager. Oracle pourrait procéder à la plus importante réduction d'effectifs de son histoire, TD Cowen évoquant une fourchette de 20 000 à 30 000 emplois. Cela pourrait libérer approximativement 8 à 10 milliards de dollars de flux de trésorerie. Ce montant est toutefois presque insignifiant par rapport aux besoins d'Oracle en financement.
TD Cowen estime que le déploiement pour OpenAI seul nécessiterait environ trois millions de GPU et d'autres équipements informatiques, ce qui représente 156 milliards de dollars de dépenses d'investissement. Oracle construit également pour Meta et Nvidia, pour un engagement total de 523 milliards de dollars.
Comme approche de solution, Oracle pourrait également envisager la vente d’actifs non stratégiques. Une vente potentielle de Cerner, la division logiciels de santé acquise par Oracle pour 28,3 milliards de dollars en 2022, serait également à l'étude. Il s'agirait d'un pivot stratégique important, signalant que l'infrastructure pour les modèles d'IA est désormais la priorité absolue, tout le reste étant à prendre. Oracle reste néanmoins loin de ses objectifs.
Selon la banque d'investissement, l'entreprise exigerait désormais que les nouveaux clients versent jusqu'à 40 % de la valeur du contrat à l'avance, leur demandant en substance de cofinancer l'infrastructure. Elle explore également des accords de type « apportez votre propre puce » (« bring your own chip » - BYOC). Dans le cadre de ces accords, les clients fourniraient leur propre matériel, ce qui permettrait à Oracle de réduire ses besoins en capitaux.
Risques relatifs aux approches de solutions qui s'offrent à Oracle
Oracle est engagé dans une quête agressive de capitaux. L'entreprise a supprimé environ 10 000 emplois fin 2025 dans le cadre d'un plan de restructuration de 1,6 milliard de dollars. Elle a aussi réduit à plusieurs reprises les effectifs de Cerner depuis l'acquisition de cette entreprise spécialisée dans les technologies de santé, notamment par des licenciements en 2023 à la suite de problèmes liés à un contrat avec le ministère des Anciens combattants.
TD Cowen a précisé que ses sources dans le secteur ont révélé qu'Oracle évalue plusieurs pistes pour résoudre les questions de financement. Selon la banque, une combinaison de BYOC et de réductions d'effectifs représente la voie la plus probable, car BYOC permettrait de relever directement le défi des dépenses d'investissement, tandis que les suppressions d'emplois amélioreraient la trésorerie. Cependant, ces deux options comportent des risques.
Un accord de type BYOC pourrait nécessiter la renégociation des contrats existants qui supposent qu'Oracle fournisse le matériel, tandis que des licenciements massifs pourraient affecter la capacité de l'entreprise à mettre en œuvre ses plans d'infrastructure. Les pressions financières sont déjà en train de remodeler les relations d'Oracle avec ses clients. OpenAI aurait transféré ses besoins à court terme en matière de capacité vers Microsoft et Amazon.
Cela ne témoigne pas vraiment d'une confiance totale dans la capacité d'Oracle à respecter ses délais. Selon la note de TD Cowen, Oracle évalue également le financement par les fournisseurs comme une option. Mais ces fournisseurs pourraient également se montrer réticents à s'engager sur cette voie.
Les économistes mettent en contre la bulle dans le secteur de l'IA
Depuis le lancement de ChatGPT en 2022, l'industrie technologique prêche que l'IA générative va transformer l'économie. Les dirigeants ont dépensé des milliards pour équiper leur personnel et prédit des économies massives. Mais la révolution promise de l'IA est au point mort. Le MIT rapporte que « seuls 5 % des projets pilotes intégrant l'IA génèrent de la valeur, tandis que la grande majorité reste bloquée sans impact mesurable sur le compte de résultat ».
Selon Torsten Slok, économiste en chef chez Apollo Global Management, la bulle de l'IA est pire que la bulle Internet. Il a souligné que les dix principales actions liées à l'IA sont beaucoup plus éloignées de la réalité que ne l'étaient les entreprises dans les années 1990, et que l'histoire est sur le point de se répéter. Même Sam Altman, PDG d'OpenAI, reconnaît les similitudes. Voici un rappel sur les effets qui ont conduit à l'éclatement de la bulle Internet.
De son côté, Julien Garran, analyste chez MacroStrategy Partnership, explique que la bulle de l'IA est 17 fois plus importante que la tristement célèbre bulle Internet, provoquée à l'époque par l'engouement excessif des investisseurs pour Internet. Pire encore, Julien Garran a déclaré que l'IA représente aujourd'hui plus de quatre fois la richesse piégée dans la bulle des subprimes de 2008, qui a entraîné des années de crise prolongée à travers le monde.
Selon une analyse publiée en mars 2025, l'éclatement de la bulle de l'IA pourrait anéantir les sociétés de capital-risque de la Silicon Valley et provoquer la chute des marchés publics. À l'heure actuelle, les Big Tech investissent des dizaines de milliards de dollars dans le développement de l'IA générative sans une perspective de rentabilité claire. À terme, cela pourrait entraîner « une correction significative du marché » si les attentes ne sont pas satisfaites.
À son tour, cette situation pourrait provoquer un effondrement de l'économie dans son ensemble, impactant ainsi tout le monde. Selon de nombreux analystes économiques, les dégâts pourraient être colossaux. Plus Wall Street parie sur la perfection de l'IA, plus ce rallye boursier devient fragile.
Conclusion
La note de TD Cowen reflète un scepticisme croissant des marchés financiers quant à la capacité d’Oracle à financer un programme de centres de données d'IA via des financements externes traditionnels. Dans ce contexte, le rapport met en avant des mesures de restructuration potentielle fortes, y compris des réductions d’effectif et des cessions d’actifs, destinées à préserver la capacité d’investissement dans les projets stratégiques d’Oracle.
Des centaines de milliards de dollars ont été investies dans l'IA ces dernières années. Les entreprises ont lancé sur le marché des dizaines de produits d'IA censés révolutionner notre façon de travailler et stimuler la productivité. Mais les gains de productivité promis se font attendre. De nombreux PDG ont admis qu'ils ne tirent aucun bénéfice des investissements dans l'IA. Au lieu de cela, une gigantesque bulle s'est formée autour de la technologie.
La bulle de l'IA serait pire que la bulle Internet de la fin des années 1990, et son éclatement pourrait effacer des centaines de milliards de dollars d'investissements. Cette grande mode de l'IA a plusieurs impacts négatifs : destruction d'emplois, gaz à effet de serre, hausse du prix de l'électricité, vol des réserves d'eau, produits chimiques toxiques, dégradation de la santé mentale et, désormais, flambée des prix des biens de consommation, etc.
Source : TD Cowen
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