« Les officiers formés à West Point doivent être prêts pour des guerres menées avec des robots et des drones », lance le général américain Marc Milley
Qui ravive le débat sur les armes autonomes

Les drones sont un pilier du champ de bataille depuis des années maintenant, mais ils ont toujours nécessité un pilote humain pour appuyer sur la gâchette. Cela pourrait être sur le point de changer. En 2020, un groupe de soldats fidèles au général libyen Khalifa Haftar a été attaqué par des drones agissant de manière autonome, selon un récent rapport du groupe d'experts du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Libye. Le tableau préfigure des moyens susceptibles d’être déployés par les armées du monde dans les guerres du futur. Le général américain Marc Milley demande donc aux officiers formés à West Point de garder à l’esprit qu’ils doivent se tenir prêts à relever ces défis. La situation ravive le débat sur les robots tueurs.

« La maturité des diverses technologies qui existent aujourd'hui ou qui sont à un stade avancé de développement, lorsqu'elles sont combinées, sont susceptibles de changer le caractère de la guerre par elles-mêmes. Vous vous battrez avec des tanks, des bateaux et des avions robotisés. Nous avons assisté à une révolution dans la létalité et les munitions de précision. Ce qui était autrefois le domaine exclusif de l'armée américaine est désormais accessible à la plupart des États-nations qui ont l'argent et la volonté de les acquérir », lance-t-il à l’occasion de la sortie d’une nouvelle cuvée d’officiers, ce, sans manquer de rappeler le contexte actuel fait d’affrontements militaires en Ukraine.

Sur la question de savoir s’il a des idées novatrices sur la façon dont il pense que le combat aérien peut être révolutionné, Elon Musk déclare : « les drones autonomes sont le futur. Ce n’est pas que je veuille que l’avenir soit ainsi fait, mais c’est juste que c’est inéluctable… L’ère des avions de chasse est révolue. »

C’est le type de tableau auquel on aura de plus en plus droit tant les exemples qui illustrent le fait qu’une machine peut être mise sur pied pour surpasser un humain sur une tâche donnée peut être allongée à souhait. Pour ce qui est du cas spécifique des combats aériens, noter qu’Alpha, une intelligence artificielle mise sur pied par les laboratoires de recherche de l’armée américaine, a défait des experts de cette dernière dans le cadre de simulations de combats aériens.

« J’ai été surpris par la manière dont elle était consciente et réactive. Elle semblait être consciente de mes intentions et réagir instantanément à mes changements en vol et à mes déploiements de missiles. Elle savait comment déjouer le tir que je faisais. Elle changeait instantanément entre les actions défensives et offensives en fonction des besoins », avait souligné le colonel Gene Lee, décrivant Alpha comme étant l’intelligence artificielle la plus agressive, réactive, dynamique et crédible qu’il ait jamais vue.

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Avantage drones autonomes ?

Sur l’axe des questions techniques liées à la mise sur pied de ces machines dédiées à la guerre, on pourrait s’avancer à répondre par l’affirmative. En effet, au sein d’un avion de combat moderne, le pilote est assis sur un siège éjectable pour les cas d’urgence, a besoin d'un approvisionnement en oxygène et de climatisation pour fonctionner aux températures et altitudes extrêmes, ainsi que d’un accès aux commandes et instruments de vol. Tous ces éléments ajoutent un poids et un coût importants à l'avion. De plus, le fait de devoir disposer d'une verrerie transparente pour permettre à l'équipage de voir à l'extérieur n'améliore guère la gestion de la signature, car la section transversale du radar et les risques de reflets du soleil augmentent tous. Le pilote lui-même est un facteur additionnel de plus de poids puisqu’il est encombré d'un kit de vol composé d’un casque, de lunettes de vision nocturne, une combinaison de vol et des équipements de planification de vol et de survie. De façon traditionnelle, les pilotes s'assoient à l'avant de l'avion pour avoir la meilleure vue possible au décollage et à l'atterrissage, ainsi qu'en situation de combat aérien. Tous ces facteurs influent sur l'aérodynamique, la conception furtive et la répartition du poids. Donc, cela peut simplifier la vie des concepteurs si le pilote ou l'équipage n’est pas dans l'aéronef.

Ces développements sont à placer dans la problématique générale des armes autonomes létales. Une publication parue en début d’année 2020 fait état de ce que bon nombre de pays sont en train de s’arrimer à la donne. Ainsi, les USA, la Chine, la Russie, Israël, etc. investissent dans le développement de systèmes d'armement autonomes qui peuvent identifier, cibler et tuer une personne par eux-mêmes. La bonne question semble donc plutôt être : combien de temps encore avant que les « anciens » systèmes d’armement ne cèdent de façon définitive leur place à ceux aux capacités dites améliorées par l’intelligence artificielle ?

Au finish, c’est de questions de survie des humains dont il est question. Lors de son propos, Marc Milley laisse filtrer que l’innovation en matière d’arme autonomes létales est une priorité au USA pour se prémunir du risque que représentent les autres nations. L’exemple chinois n’a pas manqué de filtrer lors de l’intervention d’Elon Musk : « Une chose qui va sembler assez étrange est que l'économie chinoise va probablement être au moins deux fois plus importante que l'économie américaine, peut-être même trois fois. Les ressources d’un pays en matière de guerre viennent de son économie. Si vous disposez de la moitié des ressources de votre vis-à-vis, vous avez intérêt à être innovant sinon c’est la défaite assurée. »

Le drone le moins cher, capable de voler à des vitesses et à des altitudes similaires à celles d'un F-35, de transporter une charge utile de combat et de parcourir une distance décente, serait le XQ-58A Valkyrie, qui en est encore au stade de prototype. Ce dernier pourrait tourner autour de 2 millions de dollars selon son fabricant.

Source : DoD

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Un drone pour mettre à mal un F-35 au combat : est-ce possible ?
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