Avec des bénéfices en hausse, les entreprises IT ont "profité de la pandémie"
La valorisation boursière combinée d'Apple, Alphabet, Nvidia, Tesla, Microsoft, Amazon et Facebook dépasse les 10 000 Md$

La pandémie du Covid-19 est sans doute l'une des épreuves les plus difficiles que le monde a connues depuis le début de ce siècle. Alors que la mesure du confinement a rendu presque impossible l'exercice de toute activité humaine, l'industrie technologique est remarquablement arrivée à tirer son épingle du jeu et a par ailleurs battu tous les records de bénéfice à son actif. En moins de deux ans, la valorisation boursière combinée d'Apple, Alphabet, Nvidia, Tesla, Microsoft, Amazon et Facebook a augmenté d'environ 70 % pour dépasser les 10 000 milliards de dollars. Pendant ce temps, des dizaines d'autres industries ont connu une hausse des faillites.

Comment la pandémie a profité à l'industrie de la Tech

Ces 18 derniers mois, la technologie est devenue plus importante dans la vie des gens qu'elle ne l'a jamais été. Smartphones et ordinateurs portables sont devenus les gadgets les plus précieux et les entreprises ont considérablement augmenté leurs investissements dans l'automatisation et surtout dans les infrastructures cloud afin de pouvoir mettre en place le télétravail. Les plus grands bénéficiaires de ces changements sont les fournisseurs de services cloud, de robots, de logiciels, d'appareils et de matériels (smartphones, ordinateurs portables, GPU, semiconducteurs, consoles de jeux, serveurs, etc.), etc., et les plateformes de médias sociaux.

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Selon les experts, alors que les faillites d'entreprises ont atteint un pic pour la décennie, que les restaurants, les compagnies aériennes, les gymnases, les conférences, les musées, les grands magasins, les hôtels, les cinémas et les parcs d'attractions ferment leurs portes et que des millions de travailleurs se retrouvent au chômage, l'industrie technologique a prospéré. Elle a su maintenir la barre et a permis à des entreprises d'autres secteurs d'activité de rester quelque peu fonctionnelles ou productives. Elle a accéléré le déploiement de la 5G et a ouvert la voie au travail hybride, qui pourrait s'imposer comme principal mode travail à l'avenir.

En analysant la croissance de l'industrie technologique aux États-Unis depuis le début de la pandémie, les experts ont remarqué que la valorisation boursière combinée d'Apple, Alphabet, Nvidia, Tesla, Microsoft, Amazon et Facebook a augmenté d'environ 70 % pour atteindre plus de 10 000 milliards de dollars. Selon eux, c'est à peu près la taille de l'ensemble du marché boursier américain en 2002. Pour illustrer la situation, les analystes ont ajouté qu'à elle seule, Apple a assez de liquidités dans ses coffres pour donner 600 dollars à chaque personne aux États-Unis. Mais ce n'est pas tout, d'autres "surprises" devraient venir prochainement.

En effet, dans les prochaines semaines, les grandes entreprises technologiques devraient annoncer des bénéfices qui éclipseront toutes les mannes précédentes. Selon les experts, la Silicon Valley, siège mondial des startups technologiques, n'a jamais vu autant de "butin". Plus d'entreprises de la vallée sont entrées en bourse en 2020 qu'en 2019, et elles ont levé deux fois plus d'argent quand elles l'ont fait. Forbes estime qu'il y a désormais 365 milliardaires dont la fortune provient de la Tech, contre 241 avant le virus. La Silicon Valley a fabriqué les outils qui ont permis aux Américains et à l'économie américaine de survivre à la pandémie.

Les gens se sont fait livrer leurs puzzles, leurs purificateurs d'air et leurs thermomètres numériques via Amazon au lieu d'aller les chercher à deux pâtés de maisons ou à trois kilomètres de là. L'on estime en effet que la technologie a triomphé d'une manière que même ses leaders les plus évangéliques n'auraient pu prédire. Selon les analystes, aucune industrie n'a jamais eu un tel pouvoir sur la vie américaine, dominant la façon dont les Américains communiquent, font leurs achats, apprennent à connaître le monde et recherchent distraction et joie.

Autre exemple de croissance dans la Silicon Valley, PayPal, la société de paiements numériques, comptait 325 millions de comptes actifs avant la pandémie. Elle en a déclaré 392 millions au premier trimestre. « Les vents soufflaient dans notre direction, mais nous avons dû mettre les voiles », a déclaré Dan Schulman, PDG de PayPal. « Le vent était si fort qu'il a propulsé la Tech dans un autre univers de richesse et d'influence », expliquent les analystes.

Covid-19 : le vent arrière de l'industrie technologique

Selon ces derniers, il est devenu évident que la pandémie du coronavirus dans son ensemble a été un vent arrière pour la technologie, et ce de manière très basique. Lorsque des dizaines de millions de personnes ont été priées, et parfois ordonnées, de rester chez elles, les entreprises dont l'existence même implique de faciliter les vies virtuelles en ont naturellement profité. L'ascension de la société de téléconférence Zoom, qui est devenue à la fois un verbe et un gagnant en bourse, a peut-être été l'événement le plus facile de l'année. Zoom a rapidement engrangé des millions d'utilisateurs au point d'être submergé.

« Appelez cela à moitié de la chance – être au bon endroit au bon moment – et à moitié des tactiques stratégiques d'entreprises reconnaissant que cela allait être une occasion unique dans une vie », a déclaré Dan Ives, PDG de Wedbush Securities. « Ce qui, pour la plupart des secteurs, était un vent contraire de type ouragan s'est avéré être une mine d'or pour la technologie », a-t-il ajouté. Même les entreprises qui auraient pu sembler vulnérables aux mandats des personnes qui restent à la maison s'en sont bien sorti. Airbnb est une société dont toute l'existence consistait à aller séjourner chez des inconnus.

Curieusement, la pandémie a profité à l'entreprise, qui a désormais une valeur de 100 milliards de dollars. La pandémie a donné aux entreprises technologiques le pouvoir et l'argent nécessaires pour faire des paris agressifs sur leurs destins individuels. Le rachat d'une autre entreprise était une façon de le faire. Selon les analystes, la valeur des transactions mondiales dans le secteur des technologies a augmenté de 47,3 % en 2020 par rapport à l'année précédente. En outre, il est important de noter que tout cela est arrivé alors que la plupart des employés de l'industrie technologiques travaillaient depuis leur domicile.

Les entreprises technologiques ont continué à embaucher du personnel tout au long de l'année dernière, avec des avantages comme le télétravail ou le travail hybride. Des rapports montrent que la tendance se poursuit et certaines entreprises ont déclaré qu'elles envisagent de continuer ainsi même après le passage de la pandémie. Cela dit, il faut noter que l'idée du bureau non virtuel exerce à nouveau son pouvoir d'attraction sur les dirigeants. À titre d'illustration, Amazon déclare que son plan consiste à revenir à une culture centrée sur le bureau comme base de référence lorsque la pandémie aura pris fin.

Google a affirmé la même chose, bien qu'il ait fait marche arrière après que les employés se soient rebellés. IBM affirme que 80 % de ses employés seront au bureau au moins trois jours par semaine. « Lorsque les gens sont à distance, je m'inquiète de ce que sera leur trajectoire de carrière », a déclaré Arvind Krishna, PDG d'IBM. Alors, que va faire la Silicon Valley de ce nouveau pouvoir ? Qui, le cas échéant, pourrait freiner la technologie, et de quel soutien disposeront-ils ?

Selon les analystes, la richesse et la capacité de commander et de contrôler ont tendance à engendrer l'orgueil démesuré plutôt que la modestie. Alors que les algorithmes et l'intelligence artificielle réorganisent les gens en groupes de marketing, il n'est pas certain que l'industrie technologique est consciente du potentiel d'abus, en particulier lorsqu'elle génère des profits. La plus grande, et peut-être la seule, force/menace qui pèse aujourd'hui sur la technologie vient du gouvernement.

Règlementer et limiter les pouvoirs de l'industrie IT

Aux États-Unis, avec le récent vote de la commission judiciaire de la Chambre des représentants en faveur d'une série de projets de loi visant à réduire le pouvoir des entreprises technologiques les plus dominantes et avec la nomination par le président Biden de régulateurs qui ont des opinions tranchées sur les grandes entreprises technologiques, ces questions vont enfin faire l'objet d'un débat plus large. Ces 18 mois ont été tumultueux, et même les entreprises technologiques ont du mal à assimiler ce qui s'est passé. Les entreprises technologiques ont fait face à des dizaines d'enquêtes dans de nombreuses juridictions.

« Lorsque le gouvernement a pris des mesures énergiques pour maintenir tout le monde à flot, les idéologies du marché libre ont disparu », a déclaré Stacy Mitchell, codirectrice de l'Institute for Local Self-Reliance, un organisme de recherche et de défense qui lutte contre le contrôle des entreprises. « Les gens comprennent maintenant que le gouvernement peut soit faire des choix qui centralisent le pouvoir et la richesse, soit structurer les marchés et les industries de manière à offrir des avantages plus larges ». Au-delà des projets de loi de la Chambre, il existe des signes de repli contre la technologie qui auraient été inimaginables il y a quelques années.

L'Ohio a poursuivi Google, affirmant qu'il devait être règlementé comme un service public. Teamsters, l'un des plus grands syndicats, a adopté une résolution visant à fournir toutes les ressources nécessaires pour aider à organiser les travailleurs d'Amazon. Lina Khan, qui a fait sa réputation en tant que critique d'Amazon, a été nommée présidente de la Federal Trade Commission (FTC). Il y a quelques semaines, la Maison Blanche a annoncé qu'elle nommerait Jonathan Kanter, un critique de la technologie, au poste de haut responsable antitrust du ministère de la Justice.

Mais il y a aussi des signes de mouvement dans l'autre direction. La FTC et une coalition de procureurs généraux d'État ont vu leurs poursuites antitrust contre Facebook rejetées par un juge de Washington en juin. La FTC peut réintroduire une plainte améliorée d'ici la fin du mois. Pour réussir, toute mesure visant à restreindre la technologie devra être soutenue par l'opinion publique. Même certains des plus grands partisans de la technologie voient le potentiel d'inquiétude ici. « Nous sommes passés du statut de pirates à celui de marine », a déclaré Marc Andreessen, figure centrale de la Silicon Valley depuis un quart de siècle.

« Les gens peuvent aimer les pirates quand ils sont jeunes, petits et bagarreurs, mais personne n'aime une marine qui se comporte comme un pirate. Et l'industrie technologique d'aujourd'hui peut ressembler à une marine qui se comporte comme un pirate », a-t-il ajouté. Au-delà de la menace d'une mauvaise utilisation de la technologie se cache une possibilité encore plus sombre : une confiance mal placée dans la capacité d'un secteur peu règlementé à diriger une si grande partie du monde. En effet, certains experts pensent désormais qu'il faut limiter la croissance des entreprises et leurs impacts sur les gens.

Quelques semaines avant la pandémie, Rand Corp. a publié une étude sur le risque systémique et sur la façon dont un problème au sein d'une société peut mettre en danger les autres membres de son réseau. Le risque systémique a été un problème majeur lors de la crise financière de 2008, lorsque les gouvernements ont soutenu certaines entreprises parce que leur chute pouvait mettre en péril l'ensemble du système. Elles étaient trop grandes pour faire faillite. Rand voulait savoir si les entreprises IT avaient supplanté les entreprises financières en tant que nœud essentiel de l'économie et si l'économie devenait trop dépendante d'elles.

Amazon, dont la division cloud AWS compte des millions de clients, a été mise en avant. En décembre, le point de vue de Rand a été confirmé lorsque SolarWinds, qui fabrique des logiciels permettant à d'autres entreprises de gérer leurs réseaux, a révélé avoir été infiltré par des pirates russes. Comme SolarWinds comptait de nombreux clients, dont des entreprises du classement Fortune 500 et des agences fédérales, la violation est devenue l'une des pires jamais enregistrées. La domination de la technologie signifie que les risques sont plus concentrés que jamais.

Des problèmes sont survenus à l'entreprise de sécurité Cloudflare en juillet 2020, à Amazon en novembre, au fournisseur de services cloud Fastly le mois dernier et au réseau de distribution de contenu Akamai récemment, qui ont tous mis d'autres sites hors service au moins brièvement. « C'est typique des problèmes systémiques », a déclaré Jonathan Welburn, l'un des principaux auteurs de l'étude de Rand. « Avant 2008, lorsque les prix de l'immobilier ne cessaient d'augmenter, personne ne voulait entendre dire qu'ils étaient artificiellement soutenus et que cela pouvait poser problème », a-t-il rappelé.

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