Twitter est bloqué en Chine, mais l'agence de presse d'État chinoise achète des tweets sponsorisés
Pour dépeindre les manifestants de Hong Kong comme violents

Les manifestations de Hong Kong, qui en sont maintenant à leur onzième semaine, ont été déclenchées par un projet de loi qui aurait permis aux citoyens d'être extradés et jugés en Chine continentale, où ils n'auraient pas eu accès aux protections des droits civils préservées à Hong Kong. Mais pendant que des observateurs internationaux comme Amnesty International ont critiqué le recours excessif à la force par la police de Hong Kong contre des manifestants pacifiques, Twitter a distribué des messages sponsorisés par les médias d'Etat chinois décrivant les manifestations de Hong Kong comme violentes.

Les manifestations ont commencé en mars pour protester contre un projet de loi sur l'extradition maintenant suspendu, mais elles se sont étendues à d'autres revendications, notamment la libération des manifestants emprisonnés, des enquêtes sur la conduite de la police, la démission de l'actuel directeur exécutif de Hong Kong Carrie Lam et un processus plus démocratique pour l'élection des membres du Conseil législatif et du directeur exécutif.

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Alors que Twitter est officiellement interdit en Chine (ainsi que d'autres plateformes de médias sociaux américaines comme Facebook, Instagram, Google, YouTube, Tumblr et Snapchat), la plateforme de réseau social de microblogage se trouve au cœur d'une bataille politique passionnée. Des internautes et d'autres utilisateurs ont vu Twitter diffuser des publicités de Xinhua, le porte-parole officiel du Parti communiste chinois, s'en prendre aux manifestions de Hong Kong, en les dépeignant comme une « escalade de la violence » et en appelant au « rétablissement de l'ordre ».

Business Insider a rapporté que jusqu'à 1,7 million de personnes ont participé à la manifestation pacifique du dimanche. Des éruptions de violence policière dans les manifestations ont été souvent observées lors des manifestations, les policiers pulvérisant des gaz lacrymogènes et frappant les manifestants, selon Business Insider.
Les tweets sponsorisés de China Xinhua News ont été repérés et partagés par le compte Twitter de Pinboard, le service de bookmarking fondé par Maciej Ceglowski, et d'autres utilisateurs :

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Les messages sponsorisés de l'agence de presse étatique Xinhua qu’a distribués Twitter disaient entre autres, d’après Business Insider :

« Deux mois plus tard, l'escalade de la violence à Hong Kong a fait payer un lourd tribut à l'ordre social », peut-on lire dans un premier tweet, ajoutant que « toutes les couches de la société à Hong Kong demandaient qu'un frein soit mis à la violence flagrante et que l'ordre soit restauré ». Un second tweet sponsorisé décrivait le sentiment public à Hong Kong comme étant en désaccord avec les protestations, affirmant que « les citoyens de Hong Kong appellent à mettre fin à la violence, à mettre fin au chaos et à rétablir l'ordre dans la ville », tandis qu'un autre diffusait une vidéo qui décrivait l'économie de Hong Kong se détériorant, sans toutefois établir de lien explicite avec ces protestations, a rapporté Business Insider.

Ceglowski, l’un des protestataires de Hong Kong qui a assisté à plusieurs manifestations, a qualifié de « mensonges » les tweets sponsorisés diffusés par la presse chinoise. « Je reviens tout juste d'une marche tout à fait pacifique où peut-être un million d'habitants de Hong Kong sont sortis, sans police en vue, pour réclamer les droits démocratiques fondamentaux », a-t-il écrit. « Ce qui m’accueille, ce sont les mensonges de Xinhua sur les "bandes de voyous", grâce à la publicité sur Twitter », a-t-il ajouté.

Que la Chine, qui veut l’extradition des citoyens à Pékin pour être jugés en l’absence des droits dont il aurait bénéficié à Hong Kong, envoie au monde entier des messages sur mesure ne devrait choquer personne. Le gouvernement chinois sévit contre les critiques qui expriment leur désaccord sur Twitter, même si le service est bloqué au-delà de Hong Kong. Le pays est déterminé à contrôler la conversation politique sur les réseaux sociaux, que la plupart des Chinois puissent les voir ou non.

Le gouvernement chinois surveille également de plus près les citoyens qui utilisent les VPN pour accéder aux services bloqués. La Chine s’est lancée dans une vaste opération de répression visant à interdire l’usage de logiciels qui permettent aux utilisateurs de contourner la censure sur Internet dans le pays, après avoir interdit l'usage non autorisé des réseaux privés virtuels en janvier 2017. À cet égard, ce comportement récent n’est qu’une extension de sa tactique actuelle.

Par ailleurs, le magazine Forbes avait déjà rapporté que les récentes manifestations à Hong Kong ont été marquées par l'ingérence de l'État chinois dans les plateformes en ligne pour surveiller et contrôler les protestations. Un autre rapport publié en juin par BBC, disait que la Chine aurait lancé une cyberattaque massive contre la messagerie chiffrée Telegram pour empêcher aux manifestants à Hong Kong de s'organiser.

Le média social Twitter se trouve dans une position très délicate dans cette situation. Bien que le site social ne soit pas étranger aux tentatives de manipulation politique, il est maintenant confronté au Parti communiste chinois qui utilise la publicité comme arme de propagande pour faire taire l'opposition politique et diffuser sa version des événements à un public mondial, alors que Twitter est officiellement interdit en Chine. Si Twitter continue à diffuser les annonces chinoises, il risque d'aliéner Hong Kong et les défenseurs de la liberté d'expression. En même temps, le blocage des publicités d'une grande publication financée par le gouvernement pourrait provoquer une réaction brutale avec des conséquences difficiles à prévoir.

En juin, Twitter a été accusé d'avoir censuré les critiques du gouvernement chinois après que de nombreux comptes d'utilisateurs de langue chinoise ont été supprimés quelques jours avant le trentième anniversaire du massacre de la place Tiananmen. Contraint de s'exprimer après le tollé suscité, le réseau social a déclaré que les comptes avaient été supprimés par erreur et, malgré les spéculations, « n'ont pas été communiqués en masse par les autorités chinoises ».

Toutefois, selon le magazine The Week, Twitter a annoncé lundi qu'il avait suspendu près de 1000 comptes après avoir découvert une campagne « soutenue par l'Etat » pour « semer la discorde politique » à Hong Kong.

Sources : Tweet de Pinboard, Business Insider

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