Le père du Web a persuadé Google et Facebook d'adhérer à son code de déontologie
Parce qu'ils font tellement de dégâts à sa création

Tim Berners-Lee, le père du Web, tient à garder Internet comme un lieu ouvert et fréquentable et compte imposer sa vision aux acteurs du Web. Il a encore exprimé cette position le lundi 5 novembre dernier à Lisbonne, lors de la conférence Web Summit. Selon lui, « Toutes sortes de choses vont mal. » en parlant de l’état actuel de l’Internet. Pour cela, M. Berners-Lee et sa fondation World Wide Web tentent de persuader les géants de la technologie pour qu'ils se comportent mieux grâce à un nouveau « contrat », un ensemble de règles d’éthiques auxquelles les gouvernements, les entreprises et les citoyens devraient adhérer. Le fondateur du World Wide Web soutient l’ouvert et la liberté sur l’Internet dès le début.

En février 2014, le père du Web s'inquiétait déjà d'une nationalisation du web et recommandait « un Web qui est ouvert, qui fonctionne à l’échelle internationale, qui fonctionne aussi bien que possible et n'est pas basé sur les nations ». Il a cité le stockage de toutes les données des réseaux sociaux en local par le gouvernement brésilien comme un exemple de ce qu’il ne souhaite pas.

En décembre 2014, il a pris également position contre le droit à l’oubli de l’Europe en le fustigeant. Selon lui « Ce droit à l'oubli, pour le moment, semble être dangereux ». « Le droit d'accès à l'histoire est important. », a-t-il déclaré. En effet, selon lui, le droit à l’oubli rendrait presqu’impossible la vie des entreprises comme Google, Microsoft et Yahoo. La règle des moteurs de recherche étant d’afficher tous les résultats avec leur histoire et non de supprimer les données d’origine.

Il s’est également insurgé, au cours de la même année 2014, contre les annonceurs à propos de l’utilisation qui est faite des données utilisateurs et de leur appartenance. Pour le fondateur du Web, bien que la réalité avec la révolution numérique soit autre chose, l’immense quantité de données que les entreprises collectent sur les utilisateurs revient de droit à ces derniers. Il a même proposé en septembre dernier la possibilité que les utilisateurs puissent stocker leurs propres données au lieu de les confier aux entreprises, à travers son initiative baptisée Social Linked Data.

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En effet, le créateur du Web ne cache pas sa déception vis- à-vis de l’état dans lequel se trouve actuellement sa création grâce à la révolution numérique qui a favorisé l’émergence d’une poignée de sociétés de technologie basées aux États-Unis depuis les années 1990, qui disposent désormais d'un pouvoir financier et culturel combiné supérieur à celui de la plupart des États souverains. Ces dernières sont à l’origine des scandales à répétition sur l’utilisation abusive de données personnelles et la diffusion des fausses actualités et de la haine sur les médias sociaux.

A la conférence Web Summit à Lisbonne, Berners-Lee a critiqué tous les abus des grandes sociétés et des gouvernements et pense qu’un contrat pourrait forcer ces différents acteurs à contribuer au retour au bien-être de l’Internet.

« Nous avons des problèmes de confidentialité, d’abus de données personnelles, les gens peuvent être identifiés de manière à pouvoir être manipulés par des annonces intelligentes ... ils peuvent être dirigés vers des sites où ils peuvent rencontrer de fausses communautés de faux gens avec des fausses idées et de fausses vérités. Il y a de nombreux problèmes sur le Web », a déclaré M. Berners-Lee.

Selon Business Insider, le principe du contrat de Berners-Lee repose sur plusieurs éléments qui s’appliquent aux sociétés, aux individus et aux gouvernements. Les principes qui s’appliquent aux sociétés sont : rendre le Web gratuit et accessible à tous ; respecter les données et la vie privée des personnes et développer des technologies « qui soutiennent le meilleur de l'humanité ». Pour ce qui concerne les individus et les gouvernements, ce sont le maintien du Web gratuit et accessible à tous et le respect du droit fondamental des personnes à la vie privée.

Selon Business Insider, les entités gouvernementales et les autorités politiques que la fondation a engagées jusqu’à présent sont le gouvernement français ainsi que l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown et son épouse Sarah Brown.

Adrian Lovett, PDG de la fondation World Wide Web, a confié à Business Insider avoir critiqué Facebook sur Free Basics, son service Internet gratuit controversé destiné aux économies émergentes et qui aurait été à l’origine de plusieurs maux tels que le nettoyage ethniques en République de l’Union du Myanmar. Lors d’une rencontre, Lovett et Berners-Lee ont présenté le code de déontologie à Mark Zuckerberg. « Nous avons discuté de toute une série de problèmes, tels que ceux de Free Basics. Je pense qu'ils s'engagent aux plus hauts niveaux, et nous les jugerons en fonction de leurs actions », a déclaré Lovett. La fondation n’a pas encore rencontré Sundar Pichai, PDG de Google, a déclaré Lovett en ajoutant qu’ils allaient le faire plus tard cette année.

En s’exprimant, Berners-Lee est revenu sur son autre projet qui lui tient à cœur. En effet, le père du Web veut décentraliser le Web et ceci passerait par le démantèlement des géants Facebook et Google qui usent de leur influence pour s’imposer sur Internet. En effet, Tim Berners-Lee estime que le démantèlement des sociétés comme Facebook et Google devrait être envisagé afin d’arrêter la prédominance sur le Web de ces dernières.

Selon Lovett, le code de déontologie n’est qu’une première étape d’un processus qui va s’étendre à la proposition d’un cadre que l’ONU et le G7 pourraient adopter et faire respecter par les entreprises et les gouvernements. Cependant, les propositions de Berners-Lee n’ont pas manquées d’être critiquées, toute fois, Lovett pense qu’il y aura des résultats tangibles, a rapporté Business Insider.

« Les critiques selon lesquelles cela pourrait juste être heureux et applaudissant seraient justifiées si nous nous arrêtions juste la semaine prochaine. Si nous n'allions que dans la mesure de ces principes, cela ne valait que trop », a-t-il déclaré. « Le processus que nous avons à la deuxième étape consiste à transformer ces principes en engagements plus concrets ... la troisième étape du processus serait un mécanisme de responsabilisation. »

Source : Business Insider

Et vous ?

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Pensez-vous les propositions de la fondation World Wide Web sonne le début d’une nouvelle réglementation de l’Internet ?
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