Google met un terme au programme controversé du First Click Free
Et promet aux éditeurs des outils pour faciliter l'abonnement

Google a mis un terme au programme controversé “First Click Free” qui a permis aux lecteurs d’accéder gratuitement aux articles payants depuis Google Actualités. Afin de s’assurer d’avoir un bon référencement, ce programme forçait les éditeurs à proposer trois articles (accessibles seulement aux abonnés) gratuitement chaque jour s’ils sont accédés depuis Google actualités ou les résultats de recherche.

Ce programme va être remplacé à partir de cette semaine par un nouveau système baptisé flexible sampling. Pour résumer, les éditeurs auront désormais la liberté de déterminer le nombre d’articles gratuits qu’ils aimeront offrir aux abonnés potentiels. Cette solution plus souple promet de donner plus de liberté aux éditeurs. Néanmoins, Google recommande de proposer une dizaine d’articles gratuitement aux lecteurs venant du moteur de recherche, bien évidemment, les médias peuvent baisser ce nombre s’ils le souhaitent. Une fois ce nombre d’articles lus, les lecteurs se verront proposer de passer à un abonnement (paywall). Toutefois, cette méthode reste limitée et facile à contourner par les lecteurs qui peuvent refuser le stockage de données (cookies) ou les effacer régulièrement pour accéder à nouveau gratuitement aux articles.

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L’autre proposition de Google consiste à permettre aux lecteurs d’avoir accès au début d’un article et de payer pour accéder à l’intégralité de l’article. Cette méthode est très appréciée par les médias payants puisqu’elle permet de se passer des lacunes de la première méthode, jugée facile à contourner par les lecteurs. Aucune consigne sur la quantité à laisser en accès libre n’a été donnée, cependant, Google a informé que souvent 50 à 100 mots sont proposés aux lecteurs.

En raison de la transition vers le numérique de nombreux éditeurs, Google reconnait ce changement brusque de l’industrie et travaille sur de nouveaux outils pour aider les médias à conforter leur nombre d’abonnés. Ces outils font aussi partie de la stratégie du géant de la recherche pour contrecarrer la concurrence rude d’autres géants du web, notamment Facebook.

La firme de Mountain View cherche également de nouvelles façons pour aider les gens à s’abonner aux médias en ligne plus facilement, en utilisant l’apprentissage machine pour aider les éditeurs à adapter leurs options aux préférences des lecteurs et leur comportement.

« Il s’agit vraiment d’une tentative de créer un nouveau monde, un monde meilleur pour le journalisme, » a dit Philipp Schindler, chef de la direction des affaires chez Google. « Nous avons tout intérêt à assurer la réussite des éditeurs. »

Il faut dire que l’écosystème d’actualités de Google s’appuie en quelque sorte sur un journalisme de qualité pour être efficace. Mais les efforts de la firme pour supporter les éditeurs arrivent à un moment critique pour l’industrie puisque Google et Facebook continuent à engloutir de plus en plus de revenus qui étaient jusque-là destinés aux éditeurs. Les deux géants devront accaparer plus de 60 % des revenus de publicité en ligne cette année aux États-Unis. Les deux protagonistes ont réussi à asseoir leur contrôle sur la distribution des actualités, même s’ils ont été vivement critiqués pour leur rôle dans la propagation de fake news. Dans ce contexte, les deux entreprises font face à plus de contrôle antitrust et de régulations.

Les efforts de Google et Facebook — qui travaille également sur un nouveau service qui pourrait aider les éditeurs à attirer plus d’abonnés, pourraient être un moyen pour apaiser les critiques, mais aussi une façon pour les deux géants à réconforter l’industrie mise à mal par leurs contraintes.

Le premier programme de Google “first click free” a permis aux lecteurs d’accéder à potentiellement des centaines d’articles gratuitement chaque mois avant qu’ils n’aient à payer. Si les éditeurs décidaient de ne plus suivre cette politique, leurs articles n’étaient plus indexés par Google, ce qui limitait fortement leur visibilité dans les résultats de recherche. Après que The Wall Street Journal a mis un terme à sa participation au programme, son trafic issu de Google a baissé de 45 %, selon Bloomberg.

Google veut asseoir plus de contrôle sur les éditeurs

Google travaille sur d’autres outils pour aider les éditeurs à attirer plus d’abonnés, il est question de contrôler tout le processus d’achat. Le moteur de recherche incite également les éditeurs à suivre ses consignes de balisage pour les articles payants s’ils utilisent le format AMP.

Avec AMP, il est clair que Google ne va plus se contenter d’indexer le contenu web, mais il se chargera aussi de l'héberger dans ses serveurs et de le livrer aux internautes, ce qui va renforcer un peu plus son hégémonie. AMP est destinée également à rendre les éditeurs plus dépendants du moteur de recherche. En cliquant sur des liens AMP, on a l’impression qu’on est toujours dans la page de recherche de Google et les liens sont mis en avant de façon éminente par le moteur de recherche. C’est la réponse de la firme de Mountain View aux formats similaires de Facebook et d'Apple, les deux ont été conçus pour verrouiller les utilisateurs dans leurs écosystèmes respectifs. Mais l’ampleur de l’implémentation de Google est encore plus importante et a des implications d’une grande portée. Si les solutions d’Apple et Facebook sont limitées à leurs applications, l’implémentation d’AMP de Google concerne elle le web, et c’est là toute la différence.

Si la société affiche sa bonne volonté aux éditeurs et aux utilisateurs, il ne faut pas pour autant oublier que le business model de Google repose sur la collecte de données, notamment les données de paiement des internautes et leurs habitudes de consommation de contenu en ligne. En maintenant la dépendance des éditeurs à ses services, Google pourra récolter ces données et les fructifier auprès des annonceurs et ses partenaires.

Source : The New York Times

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Pensez-vous que cette nouvelle politique de Google et ses outils vont être bénéfiques pour l'industrie de l'information en ligne ?

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