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Le BTS (Brevet de Technicien Supérieur) IRIS (Informatique et Réseaux pour l'Industrie et les Services techniques) est aujourd'hui menacé par une réforme imposée par l'inspection générale de l'éducation nationale. Cette formation très majoritairement gratuite puisque proposée par plus de 100 lycées publics ou sous contrat en France (plus de 2500 diplômés par an) satisfait les étudiants et les recruteurs. Depuis 20 ans, elle constitue une formation généraliste en informatique reconnue qui ouvre les portes d'une facile recherche d'emploi, ou de poursuites d'études, pour des bacheliers (surtout S ou STI et quelques Bac-Pro) venant de tous horizons sociaux.

Un collectif d'enseignants en informatique se crée aujourd'hui et tente d'éviter le pire : la disparition de cette formation. En effet, la réforme initiée sous le gouvernement précédent, et poursuivie aujourd'hui par le ministère, menace gravement cette formation, puisqu'elle prévoit la fusion des BTS IRIS et SE (Systèmes Électroniques) en un seul BTS SN (Systèmes numériques) à deux options qui serait particulièrement réducteur pour la filière Informatique et Réseaux. Les causes principales de la réforme sont la désaffection et les difficultés de recrutement en BTS SE. Les raisons de ces difficultés sont multiples et nul ne conteste qu'une action soit nécessaire, en relation avec les industriels de la branche. Si le BTS SE et le BTS IRIS partagent des points communs dans les matières générales (ils les partagent d’ailleurs avec d’autres BTS techniques), les métiers auxquels ils préparent sont bien différents. Cette fusion rassemble les étudiants sur 40% de leurs temps de formation. Les impacts au niveau pédagogique ainsi qu’au niveau des compétences visées sont importants. Les paragraphes suivants reprennent les points essentiels de la réforme en les confrontant à la situation actuelle, à partir de l'expérience des enseignants et des résultats d'un sondage mené auprès des titulaires d'un BTS IRIS (plus de 400 réponses en 5 jours...).

L'intitulé du diplôme, BTS Systèmes Numériques, voit disparaître le nom même de la spécialité informatique, détruisant la lisibilité qu'apporte le nom actuel. Alors que tous s'accordent à reconnaître l'informatique comme un "métier" à part entière et qu'une spécialité ISN (Informatique et Sciences du numérique) a même été créée en Terminale S, la visibilité de la discipline est ici réduite et l'informatique devient une "option". De plus, ce BTS IRIS est reconnu à la fois par les industriels et l'enseignement supérieur (76 % des sondés ont obtenu ou préparent un diplôme Bac+3 à Bac+5).
Comment motiver les futurs étudiants à venir dans une section où informatique et réseaux ne deviennent qu'une option ?

Le volume horaire en informatique :
Pour un contenu pédagogique très peu modifié et pas dans le sens de la modernité, la filière perd entre 3h et 5h hebdomadaires selon les projets, alors que le programme est déjà très dense. Cela représente entre 200h et 330h de moins sur la durée de la formation. C'est énorme, alors que la forte identité informatique, son approche généraliste du domaine et le niveau de connaissance élevé sont, pour les diplômés, les atouts de la filière IRIS.

Le volume horaire en physique :
le programme de physique voit son contenu et surtout son volume horaire s'alourdir considérablement, au détriment de celui de l'informatique. On ne peut que s'étonner de cet état de fait qui n'est une demande ni des professionnels, ni des étudiants continuant leurs études en informatique. S'il en faut pour la culture technique générale du BTS, il est contre-productif d'augmenter le nombre d’heures de physique au détriment de l'informatique.

Le public :
Les étudiants viennent en IRIS essentiellement pour faire de l'informatique, particulièrement les étudiants venant des bacs professionnels. Cette augmentation du volume horaire de la physique risque fort d'avoir des conséquences dramatiques sur l'appétence pour la filière et ainsi sur le recrutement. Avec une telle répartition horaire (moins d'informatique et plus de physique) une forte majorité des anciens étudiants sondés se seraient, selon eux, orientés vers des formations proposant plus d’heures d’enseignement de l’informatique. Cette réforme va donc briser l'équilibre actuel de la filière IRIS qui s'est adaptée dynamiquement au fil des ans aux évolutions des technologies et de la demande des professionnels de l'informatique. Dans le contexte économique actuel, cette réforme est un non-sens. L'informatique est un des rares secteurs où les prévisions d'emploi restent relativement bonnes (l'un des trois meilleurs secteurs avec l'aide à la personne et l'hôtellerie-restauration, source Pole Emploi
10/2012). De plus, les études économiques (dont le rapport de l'inspection générale des finances 2011-M060-02 page 28) montrent que le nombre de diplômés reconnus dans le domaine informatique ne suffira pas à répondre à la demande. Au-delà de la remise en cause du BTS IRIS, ce projet de réforme soulève deux problèmes :
• La manière anachronique de mener la refonte des programmes de la discipline informatique et la composition de la CPC. Le BTS IRIS est de la responsabilité de la CPC n°3: Métallurgie et première transformation des métaux, mécanique, électricité, électrotechnique, électronique. Il y siège un représentant de l'UIMM, mais aucun du SYNTEC ou du MUNCI, les deux principales organisations de la branche informatique.
Certains (comme le MUNCI) se déclarent déjà opposés à cette réforme. Le Conseil Supérieur de l'Education (CSE), réuni le 24 octobre 2012, a par ailleurs émis un avis largement défavorable sur ce projet (3 votes pour, 24 contre, 31 absentions et 10 refus de vote), le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du 15 octobre
2012 également.
• Les rivalités au sein de l’Éducation Nationale entre les électriciens, les comptables, les mathématiciens qui s'approprient et se disputent l'informatique. Il serait grand temps qu'ils se rendent compte que l'enseignement de l'informatique serait bien plus efficace s'il avait une existence propre, affranchie de leurs tutelles. D'ailleurs les conclusions du think tank renaissances numériques dont le rapport a été remis ces jours à Fleur Pellerin vont dans ce sens. En conclusion, il est urgent que ces informations soient diffusées auprès du plus grand nombre et en particulier auprès des acteurs influents dans ce domaine afin que cette réforme soit abandonnée définitivement.

Informations complémentaires:

Les conclusions du think tank sur :
http://www.renaissancenumerique.org/...de-presse.html

Les ressources mises à disposition par le collectif des profs sur :
http://oeil-ouvert.org/drupal7/?q=node/31
Y sont regroupés :
- la Pétition des profs en BTS IRIS ;
- la dernière version du projet de Référentiel pour le BTS SN ;
- les Référentiels actuels des formations BTS IRIS et BTS SE ;
- des Compte-rendus de Commissions Professionnelles Consultatives (CPC) du ministère de l'éducation nationale ;
- une Étude de l'observatoire de la métallurgie (2010) :
"Le métier de technicien électronique" ;
- un Rapport du CEREQ sur le métier de technicien ;

Nous tiendrons, si nécessaire, à votre disposition des centaines de témoignages d'anciens étudiants (plus de 400), collectés grâce à un sondage en ligne.

La description de la formation par l'Onisep se trouve ici :
http://www.onisep.fr/Ressources/Univ...es-techniques/

Le rapport de l'inspection générale des finances cité dans
l'article:
http://www.igf.finances.gouv.fr/webd...11-M060-02.pdf